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Le fascisme et la gauche

30 messages dans ce sujet

Le livre qui dérange l’Amérique

Par Sébastien Castellion

La barrière de la langue est la plus insurmontable pour les idées nouvelles. Depuis bientôt six mois, le premier livre de Jonah Goldberg, Liberal Fascism (Doubleday, 2007), provoque des débats et influence la réflexion politique en langue anglaise, sans que le moindre écho de ces disputes ne soit, à ma connaissance, apparu en français.

Le caractère novateur du livre de Goldberg – dont le titre signifie littéralement « Fascisme de gauche », mais serait mieux traduit par « Le fascisme et la gauche » – est d’autant plus frappant qu’il ne s’appuie sur aucune recherche historique de première main. Goldberg s’est contenté de relire – dans le détail – les sources historiques disponibles. Il y a trouvé des textes sans appel, délibérément négligés par la plupart des historiens, qui obligent à repenser entièrement la présentation habituelle du fascisme.

Pour Goldberg, deux erreurs majeures accompagnent les descriptions du fascisme.

La première erreur a été de réinterpréter trop largement le mot « fascisme » pour l’appliquer à tout ce que l’on trouve indésirable – ou, plus exactement, « tout ce que la gauche n’aime pas ». Des personnalités américaines ont ainsi qualifié de « fasciste » le pouvoir des entreprises privées sur la société, alors que le fascisme historique a toujours imposé aux entreprises de servir les intérêts de l’Etat. A l’inverse, des comportements objectivement proches du fascisme historique ne reçoivent pas cette qualification lorsque, pour une raison ou pour une autre, leurs auteurs sont respectés ou populaires ou s’ils font partie d’une coalition politique de gauche. Goldberg cite l’exemple, assez difficilement contestable, d’importants groupes de représentation des Hispaniques américains, dont l’un a adopté pour slogan « tout pour la race, rien en-dehors de la race » tandis que l’autre s’appelle tout simplement « La Race » (La Raza).

Le renversement du sens des mots provoque des situations assez paradoxales. Par exemple, un dictateur totalitaire et corporatiste comme Castro, très proche du modèle historique du fascisme, ne se verra jamais qualifié comme tel. A l’inverse, des dirigeants respectueux de la démocratie et soucieux de réduire le rôle de l’Etat (deux choses qui les opposent directement à tous les fascismes), comme Thatcher ou Reagan, se sont vus régulièrement accuser de fascisme par des esprits pourtant cultivés et sophistiqués.

Pour sortir de cette confusion, Goldberg propose, sinon une définition unique, du moins une série d’indices qui permettent de reconnaître les mouvements fascistes. Le fascisme n’est pas « tout ce que la gauche désapprouve » : il est un mouvement politique totalitaire et national (mais pas toujours nationaliste), qui cherche à surmonter les divisions nationales en imposant, par la force, une solidarité dont les termes sont imposés par l’Etat. Il est opposé à tous les contre-pouvoirs – économiques, familiaux et religieux, par exemple – qui limitent le pouvoir de l’Etat sur l’individu. Pour cette raison, il est également hostile à un usage excessif de la raison et lui préfère le culte de l’action : le raisonnement, après tout, provoque des débats et des opinions divergentes, dangereuses à la fois pour l’unité nationale et pour le pouvoir des gouvernants. Enfin, le fascisme n’est pas toujours opposé aux élections – mais seulement à condition que ces élections produisent le résultat attendu, sans quoi elles seront truquées ou annulées. Goldberg multiplie les exemples éclairants d’interventions de l’Etat, dans l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste, dans des domaines précédemment considérés comme privés : qualité de la nourriture, organisation des relations entre patrons et employés, etc.

Au-delà de ces points communs, le fascisme peut varier d’un pays à l’autre dans le détail de son idéologie. Le national-socialisme allemand était antisémite et génocidaire, mais le fascisme italien ne l’était pas. Le franquisme espagnol était catholique ; le national-socialisme était fermement anti-chrétien.

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Jonah Goldberg remet à l’heure les pendules de l’histoire

Après avoir rétabli une définition à peu près rigoureuse du fascisme, Goldberg passe à la deuxième – monumentale – erreur historique qui entoure sa présentation. Parce que le fascisme est devenu, à la fin des années 1930 et 1940, l’objet d’une hostilité profonde de la gauche européenne, il est encore aujourd’hui présenté comme un mouvement de droite. Or, Goldberg démontre de manière incontestable que ses origines intellectuelles sont profondément ancrées dans la gauche et dans l’hostilité au conservatisme.

Mussolini était, avant la Première guerre mondiale, une étoile montante du socialisme italien, rédacteur en chef du journal officiel du parti, Avanti !. Expulsé du parti pour avoir pris parti pour la guerre, il était loin d’être le seul socialiste belliciste en Europe (les députés socialistes allemands, par exemple, votèrent les crédits de guerre). Son hérésie était donc bien limitée, et sa dernière déclaration après son expulsion fut : « je suis et resterai socialiste et mes convictions ne changeront jamais ».

Le national-socialisme allemand – comme son nom l’indique – avait, lui aussi, ses sources intellectuelles à gauche, même si Goldberg estime qu’Hitler lui-même n’avait pas d’idéologie bien définie, à l’exception de sa haine meurtrière des Juifs. La montée des nationaux-socialistes au pouvoir s’est appuyée sur une rhétorique anticapitaliste et antibourgeoise constante et manifestement sincère.

Le programme du parti d’Hitler, en 1920, co-rédigé par Anton Drexler et Hitler, et porté en annexe au livre de Goldberg, appelait notamment à une réforme agraire, à la confiscation des profits de guerre, au partage des profits économiques avec les travailleurs, à l’augmentation des prestations sociales et à l’interdiction du travail des enfants.

L’origine du fascisme à gauche ne diminue en rien la gravité du schisme qui l’a séparé de sa famille d’origine, d’abord graduellement, pendant les années 1930, puis définitivement, pendant la Seconde Guerre Mondiale. Les mouvements de gauche non fascistes ont choisi soit le camp des démocraties, soit celui de l’URSS (deux camps qui se trouvaient momentanément alliés) et le fascisme est devenu l’ennemi irréductible de la gauche occidentale.

Goldberg ne nie pas l’importance de cette séparation. Il montre cependant que l’existence d’une origine commune est très visible, jusqu’au début des années 1930, par les signes de respect et de sympathie mutuelle que s’adressaient les deux camps. Le grand penseur socialiste anglais George Bernard Shaw exprima son admiration pour Mussolini puis Hitler – avant de se ranger derrière… Staline. L’écrivain et socialiste américain H.G. Wells appelait encore, en 1932, les progressistes américains à se comporter en « fascistes de gauche » et en « nazis éclairés », sans que personne n’y ait trouvé à redire. W.E.B DuBois, grande figure de la gauche américaine et précurseur du mouvement de libération des Noirs, faisait encore un éloge nuancé de l’Allemagne hitlérienne en 1937. Et ainsi de suite.

L’auteur montre une coexistence étroite entre idéaux de gauche et idéaux fascistes – une sorte de source commune aux deux idéologies – dans la présidence de guerre de Woodrow Wilson, puis dans l’action économique de Franklin D. Roosevelt, au cours du New Deal des années 1930.

Wilson et son mouvement de « progressistes » partageaient avec les fascistes le mépris des contre-pouvoirs inscrits dans la Constitution américaine et l’éloge du chef, qui, selon ses propres mots, « utilise les masses comme des outils … il fournit le pouvoir, les autres fournissent seulement la matière sur laquelle ce pouvoir agit (…) les hommes sont de l’argile dans les mains du chef habile » (W. Wilson, Les dirigeants, 1890).

Devenu Président, Wilson fut fidèle à ses principes. Après l’entrée en guerre de l’Amérique en 1917, les lois sur l’espionnage et la sédition, de 1917 et 1918, permirent d’emprisonner l’auteur de toute critique du gouvernement, même prononcée dans sa propre maison. Une police secrète de 250.000 membres, la Ligue de Protection Américaine, ou APL, fut créée pour surveiller la population et faire rapport sur les comportements suspects. Environ 175 000 Américains furent ainsi arrêtés, et plusieurs milliers envoyés en prison, pour avoir manqué de patriotisme en paroles ou en actes. Il y a donc une certaine ironie à ce que la gauche américaine d’aujourd’hui, qui prétend craindre le recul des libertés publiques sous Bush, continue à honorer en Woodrow Wilson, l’un des ses pères fondateurs.

Quant à Franklin Roosevelt, il n’est pas seulement l’auteur de la politique de redistribution et de grands travaux du New Deal ; il reconnaissait lui-même la parenté entre sa politique économique et celle de Hitler (en ajoutant « mais nous faisons ces choses de manière ordonnée »…). Les nationaux-socialistes retournaient d’ailleurs le compliment : Goldberg a retrouvé un article du Völkischer Beobachter félicitant Roosevelt pour avoir «éliminé la frénésie incontrôlée du marché ». Comme en Allemagne – mais avec plutôt moins de succès en termes de croissance – l’économie fut redémarrée par une augmentation artificielle des prix et la mise en place d’un contrôle étatique sur l’économie afin de donner une priorité absolue au redémarrage de l’emploi, même improductif. Des commerçants furent jetés en prison pour avoir osé vendre à des prix plus bas que ceux ordonnés par le gouvernement. Le père Christopher Coughlin, un démagogue aujourd’hui considéré comme l’un des rares authentiques fascistes américains, soutenait Roosevelt jusqu’en 1934 et fut pressenti un moment pour le poste de Secrétaire au Trésor (ministre des Finances).

Tous ces exemples ne font certes pas de Wilson ou Roosevelt des fascistes, mais ils montrent qu’il n’y eut longtemps pas de distinction claire entre les ambitions de la gauche moderne (une extension démocratique des pouvoirs de l’Etat pour aider les plus défavorisés et éclairer les populations) et le programme fasciste d’extension autoritaire de ces mêmes pouvoirs, pour imposer à la société une solidarité forcée et faire taire les dissidents par la force ou l’intimidation.

Ce passé refoulé a-t-il encore un intérêt dans le monde contemporain ? Oui, répond Goldberg, parce que l’ignorance ou le refus de l’histoire réduisent les capacités de résistance de la gauche contemporaine à la tentation autoritaire ou totalitaire. Des brutes totalitaires, comme Castro, hier, ou Chavez, aujourd’hui, n’ont rien d’autre à faire que d’entonner quelques thèmes de gauche pour obtenir l’absolution, et souvent l’admiration, des partis occidentaux de la gauche démocratique.

Pour prendre un autre exemple, la gauche de langue anglaise, au début du vingtième siècle, était massivement favorable au mouvement eugéniste, qui visait à réduire, par la force, la natalité des groupes « inférieurs » ; si la liste de ces groupes varie d’un auteur à l’autre, elle comprend, le plus souvent, à la fois des classes sociales, des groupes raciaux (Sidney Webb cite par exemple « les Irlandais et les Juifs ») ainsi que les simples d’esprit. Goldberg aligne longuement les citations accablantes de Woodrow Wilson, George Bernard Shaw, John Maynard Keynes, Sidney et Beatrice Webb, Aldous Huxley… La gauche d’aujourd’hui a certes abandonné cette idéologie, qu’elle partageait à l’époque avec les fascistes, mais elle continue à placer dans son panthéon les eugénistes les plus répugnants – comme Margaret Sanger, pionnière de la libération sexuelle et avocate d’une politique d’avortement des bébés noirs pour limiter la croissance de la population noire américaine.

Parce qu’elle refuse de reconnaître ce cousinage fasciste dans son passé, la gauche contemporaine reste vulnérable à la tentation totalitaire. Dans le débat des idées, les propositions qui tendent à éliminer totalement l’adversaire viennent presque toujours de penseurs de gauche. On peut compter dans cette catégorie les appels à l’éradication des religions ; à la fin de l’autorité des parents sur leurs enfants ; à la suppression des classes les plus riches par la création d’un impôt confiscatoire ; à la suppression de l’Etat d’Israël comme Etat des Juifs ; ou, tout simplement, à « changer le monde » (ce qui ne peut pas se faire sans faire disparaître, par définition, le monde actuel)… Plus récemment, au nom de la lutte contre le changement climatique, on a vu se multiplier les imprécateurs exigeant que des civilisations entières changent radicalement leur mode de vie et que l’Etat impose ces changements par la force.

Derrière toutes ces ambitions de réformes radicales (portées par des hommes et des femmes qui se croient l’opposé exact des fascistes historiques) rôdent inévitablement, si l’on voulait les prendre au sérieux, le mépris de l’autre, la menace de la contrainte et de la violence, qui définissent l’atmosphère d’une société fasciste. Ceux qui avancent ces propositions ne le voient pas – ou, le plus souvent, font semblant de ne pas le voir. Mais si la gauche s’imposait à elle-même le devoir de mémoire qu’elle exige des autres, une parenté claire apparaîtrait entre ses dérives d’hier et celles où elle risque de s’engager demain.

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Article intéressant à lire, merci pour le lien Gadrel.

L'auteur a tout à fait raison de rappeler les caractéristiques historiques des fascismes tels qu'ils se sont développés dans l'Europe de l'entre-deux-guerres.

Je suis en revanche moins convaincu par les relations entre les méthodes fascistes en économie et, disons, le New Deal.

Il faut bien se dire que dans les années 30, suite à un diagnostic infondé sur les causes de la Grande dépression, plus aucun homme politique - de Blum à Van Zeeland, en passant par Hitler, Mussolini ou encore Roosevelt - n'osait défendre le libéralisme économique.

En d'autres termes, l'heure était à la planification tous azimuts.

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si c'est en 1936 que Keynes publie sa Theorie générale.

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Et puis, l'usage abusif du terme "fasciste" (par exemple, en qualifiant ainsi erronément le régime franquiste) est quand même fort marqué… à gauche (comme rappelé en début d'article) - un peu comme voir de l'antisémitisme partout, et surtout où il ne se loge pas.

En outre, je ne suis pas certain que Goldberg soit prêt à qualifier comme telle la politique de Bush en Irak… qui, par certains côtés, ressemble à la guerre en Ethiopie conduite par le Duce.

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En outre, je ne suis pas certain que Goldberg soit prêt à qualifier comme telle la politique de Bush en Irak… qui, par certains côtés, ressemble à la guerre en Ethiopie conduite par le Duce.

En fait, la Guerre d'Ethiopie constitue plus une guerre coloniale menée par un régime fasciste qu'une entreprise intrinsèquement fasciste.

La conquête de l'Ethiopie était déjà l'un des rêves de la Monarchie italienne à la fin du XIXe siècle (cf. le désastre d'Adoua en 1896).

Mussolini a attaqué le très misèrable Etat dirigé par le Negus - qui n'avait pour lui que d'être membre de la Société des nations. Sans cela, qu'on le regrette ou non, l'agression italienne n'aurait choqué personne.

Amusante ta comparaison avec l'administration Bush car je m'étais moi-même déjà dit in petto en 2003 que celle-ci voulait sa guerre aussi sûrement (lisez: sous n'importe quel pretexte) que l'Autriche Hongrie voulait annhiler la Serbie en juillet 1914 … ou l'Allemagne hitlérienne démanteler en 1938 et 1939 la Tchecoslovaquie et la Pologne.

Ce que je ne pardonnerai jamais à l'administration Bush est d'avoir montré à la face du monde que les dirigeants d'une démocratie remarquable comme les USA peuvent mener une politique agressive sous des prétextes fallacieux - se ramenant quelque peu au niveau de ceux du Japon impérial qui, entre 1940 et 1942, voulaient libérer les Indochinois ou les Indonésiens du joug occidental, attaquent en conséquence les flottes européennes et américaine avant de créer des Puppets States de leur allégeance.

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Très bon article. A mettre dans les dents de tout bon gauchiste, histoire de lui rappeler quelques vérités sur les méfaits de son idéologie.

Toutefois, je m'interroge sur l'auteur de cet article, ce Sébastien Castellion, soit disant fils de paysan pauvre amoureux de littérature grecque, né en 1515. Comment cela est possible ?

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En fait, la Guerre d'Ethiopie constitue plus une guerre coloniale menée par un régime fasciste qu'une entreprise intrinsèquement fasciste.

La conquête de l'Ethiopie était déjà l'un des rêves de la Monarchie italienne à la fin du XIXe siècle (cf. le désastre d'Adoua en 1896).

Mussolini a attaqué le très misèrable Etat dirigé par le Negus - qui n'avait pour lui que d'être membre de la Société des nations. Sans cela, qu'on le regrette ou non, l'agression italienne n'aurait choqué personne.

Renzo De Felice parle toutefois de "bond totalitaire" pour décrire la guerre éthiopienne. Le régime mussolinien profita de cet événement pour donner une nouvelle impulsion aux discours et mode de vie fascistes : promotion de "l'homme nouveau", incorporation de terminologies idéologiques dans le langage quotidien, substitution du tutoiement au voussoiement, jugé trop bourgeois (comme dans plusieurs autres régimes révolutionnaires), et législation raciale. Selon Paxton (dans Le Fascisme en action), cette dernière mesure aurait sans doute été plus difficile à appliquer sans les politiques clairement racistes dont les colonisés libyens et éthiopiens étaient alors victimes.

Amusante ta comparaison avec l'administration Bush car je m'étais moi-même déjà dit in petto en 2003 que celle-ci voulait sa guerre aussi sûrement (lisez: sous n'importe quel pretexte) que l'Autriche Hongrie voulait annhiler la Serbie en juillet 1914 … ou l'Allemagne hitlérienne démanteler en 1938 et 1939 la Tchecoslovaquie et la Pologne.

La différence entre ton premier exemple et celui de l'Irak est néanmoins que le moteur de cette guerre est clairement d'ordre idéologique (du genre, étendre l'empire du Bien démocratique). Ce qui rapproche, en réalité, l'agression américaine de ton second exemple.

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Comment se fait-il que le paysage politique en général est répartit en une droite et en une gauche, étant donné que les deux extrêmes sont sensiblement les mêmes, et que sur cette graduation, la représentation de l'Etat est présente à différents degrés mais à tout les niveaux ? l'idée libérale qui serait la véritable opposée à toutes ces dérives n'a pour le coup aucune place ni aucune représentation, comment est née cette malformation ?

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Comment se fait-il que le paysage politique en général est répartit en une droite et en une gauche, étant donné que les deux extrêmes sont sensiblement les mêmes, et que sur cette graduation, la représentation de l'Etat est présente à différents degrés mais à tout les niveaux ? l'idée libérale qui serait la véritable opposée à toutes ces dérives n'a pour le coup aucune place ni aucune représentation, comment est née cette malformation ?

La réponse est en gras.

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Je suis en revanche moins convaincu par les relations entre les méthodes fascistes en économie et, disons, le New Deal.

Il faut bien se dire que dans les années 30, suite à un diagnostic infondé sur les causes de la Grande dépression, plus aucun homme politique - de Blum à Van Zeeland, en passant par Hitler, Mussolini ou encore Roosevelt - n'osait défendre le libéralisme économique.

Dans les années 30, tout le monde n'était pas non plus keynésien : la Old Right était encore bien vivante dans le parti républicain. Par exemple : http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Taft

Tu dois reconnaître que si l'on s'en tient aux questions de politique économique, on ne peut constater la moindre différence entre le fascisme et la social-démocratie.

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La différence entre ton premier exemple et celui de l'Irak est néanmoins que le moteur de cette guerre est clairement d'ordre idéologique (du genre, étendre l'empire du Bien démocratique). Ce qui rapproche, en réalité, l'agression américaine de ton second exemple.

Effectivement, l'agression austro-hongroise est de nature purement nationaliste/stratégique (empêcher que l'attraction serbe ne s'étende et contribue à la dislocation de la Double monarchie) alors que les entreprises hitlérienne … et bushienne sont indubitablement d'ordre idéologique/constructiviste (contribuer à mettre sur pied le Grand Reich et amoindrir les ethnies jugées inférieures dans le premier cas; créer de toutes pièces une démocratie à l'occidentale dans un Orient pourtant bien compliqué).

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Dans les années 30, tout le monde n'était pas non plus keynésien : la Old Right était encore bien vivante dans le parti républicain. Par exemple : http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Taft

Tu dois reconnaître que si l'on s'en tient aux questions de politique économique, on ne peut constater la moindre différence entre le fascisme et la social-démocratie.

Pour la vieille garde républicaine, tu as raison mais elle était largement ringardisée et elle a du reste été hors du pouvoir durant toute la période précédant la Seconde Guerre Mondiale car malencontreusement associée aux recettes qui avaient conduit à la Grande Depression (1).

Ce n'est selon moi pas un hasard si les années 30 voient l'arrivée au pouvoir des New Dealers, de la Social-Démocratie en Suède ou encore du Front populaire, ainsi que, parallèlement la montée des fascismes et militarismes ainsi que la mythologie entretenue autour du Plan quinquennal.

Il faut bien se dire que seuls quelques optimistes pensaient contre vents et marrées que le libéralisme avait un avenir … et ils n'étaient pas au pouvoir.

(1) Du reste, Taft, s'il était un libéral conservateur bien inspiré pour les questions économiques et sociales, semble être passé totalement à côté de la menace que représentait le nazisme par rapport à la sécurité des USA.

Il aura été jusqu'à Pearl Harbor un caillou constant dans la chaussure de Roosevelt, afin d'éviter un engagement dans le conflit européen … qui aurait abouti à abandonner notre continent soit aux nazis soit aux communistes :icon_up:

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Ce livre de Jonah Goldberg m'a pas l'air terrible.

D'après ce que j'ai compris de la thèse en question, ça n'a pas l'air novateur du tout. Ca fait bien longtemps qu'on a montré que la plupart des caractéristiques des régimes fascistes se trouvaient également - et avec beaucoup de force, si c'est pas plus dans certains cas - dans les régimes communistes.

Aussi, il est écrit, que les origines du fascisme et des régimes de gauche sont identiques. Il y a énormément de ressemblance, c'est vrai. Mais c'est au moment de l'amorçage. Ensuite il est bien évident que régimes fascistes et régimes de gauche diffèrent. Hitler après avoir réussi l'amorçage de son arrivé au pouvoir, aura pour premier geste le zigouillage des SA, qui eux, presqu'à eux seul représentaient le mot "socialiste" du nom du NSDAP. L'analogie intellectuelle qui peut exister communément aux deux types de régimes, elle est illusoire en vérité.

Le fascisme s'assoit sur la bourgeoisie industrielle, en faisant mine au départ de la combattre. Le régime de gauche, détruit cette bourgeoisie, conformément à l'idée de départ. Il y a là une différence majeure.

En dernier lieu, l'auteur, prétend différencier le fascisme Italien du fascisme allemand sur la base de "détails idéologiques", pour ensuite écarter ces détails -mineurs parce que détails - et parler de fascisme en général (étape nécessaire au bon déroulement de sa thèse). C'est ridicule. Ces fascisme sont différents parce que d'une essence et d'une substance différente. Parler de fascisme en général n'a pas grand sens.

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[…] D'après ce que j'ai compris de la thèse en question, ça n'a pas l'air novateur du tout. Ca fait bien longtemps qu'on a montré que la plupart des caractéristiques des régimes fascistes se trouvaient également - et avec beaucoup de force, si c'est pas plus dans certains cas - dans les régimes communistes.

De même que ça fait bien longtemps qu'on a établi que les régimes de liberté sont les plus moraux et les plus efficaces. Il faut pourtant le répéter régulièrement.

[…] Parler de fascisme en général n'a pas grand sens.

Si.

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ça m'a l'air bien pamphlétaire, dommage.

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De même que ça fait bien longtemps qu'on a établi que les régimes de liberté sont les plus moraux et les plus efficaces. Il faut pourtant le répéter régulièrement.

C'est vrai. Mais présenter ça comme novateur, c'est de la tromperie sur la marchandise !

Bref plutôt que de lire cet anecdotique Goldberg, je conseil humblement l'original :

Si.

Non ! Cette attitude résulte d'une volonté bien pratique de tout catégoriser et empaqueter. Je crains que ce soit mal comprendre l'histoire. Maintenant oui, dans le cadre d'une discussion triviale ou pour un essai dont la pub sera faite dans le nouvel Obs ou le Figaro, on peut parler de fascisme en général.

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Hitler après avoir réussi l'amorçage de son arrivé au pouvoir, aura pour premier geste le zigouillage des SA, qui eux, presqu'à eux seul représentaient le mot "socialiste" du nom du NSDAP.

Mais pas Hitler ?

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Renzo De Felice parle toutefois de "bond totalitaire" pour décrire la guerre éthiopienne. Le régime mussolinien profita de cet événement pour donner une nouvelle impulsion aux discours et mode de vie fascistes : promotion de "l'homme nouveau", incorporation de terminologies idéologiques dans le langage quotidien, substitution du tutoiement au voussoiement, jugé trop bourgeois.

Du vouvoiement en italien ?

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Le fascisme s'assoit sur la bourgeoisie industrielle, en faisant mine au départ de la combattre. Le régime de gauche, détruit cette bourgeoisie, conformément à l'idée de départ. Il y a là une différence majeure.

On s'assoit dessus pour mieux l'écraser. Cela va simplement plus lentement mais le résultat est le même.

Du vouvoiement en italien ?

La troisième personne sans doute.

Parler de fascisme en général n'a pas grand sens.

C'est vrai mais d'un autre côté, on pourrait en dire autant du socialisme.

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Aussi, il est écrit, que les origines du fascisme et des régimes de gauche sont identiques. Il y a énormément de ressemblance, c'est vrai. Mais c'est au moment de l'amorçage. Ensuite il est bien évident que régimes fascistes et régimes de gauche diffèrent.

En effet. On dirait du Zeev Sternhell de bas étage.

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Tu dois reconnaître que si l'on s'en tient aux questions de politique économique, on ne peut constater la moindre différence entre le fascisme et la social-démocratie.

Cela prouve surtout que le fascisme n'a pas de doctrine économique qui lui soit propre. Dans les années 20, Mussolini faisait par exemple l'éloge de la libre entreprise et de la liberté économique en général, avant de se rallier à une conception plus étatiste de l'économie.

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En effet. On dirait du Zeev Sternhell de bas étage.

Je n'osais pas le dire. On ne voit pas ce que ça appporte de nouveau par rapport aux travaux de Zeev Sternhell et à d'autres plus récents. Tout cela est connu. Si ce n'est en plus, un peu de sématique sur l'évolution du terme, qui sert effectivement de mot-valise pour désigner tout ce que la gauche trouve indésirable et pour occulter ses propres tares.

Par ailleurs le titre du bouquin peut prêter à confusion quant à sa traduction équivoque du terme "libéral", dans la mesure où il pourrait renvoyer à la thématique du "libéralo-fascisme", honteusement inventée par les gauchistes pour le désigner comme ennemi absolu.

Cela prouve surtout que le fascisme n'a pas de doctrine économique qui lui soit propre. Dans les années 20, Mussolini faisait par exemple l'éloge de la libre entreprise et de la liberté économique en général, avant de se rallier à une conception plus étatiste de l'économie.

En fait le premier programme fasciste de 1919 dessinait déjà les contours d'un socialisme corporatiste, nationaliste et progressiste, très proche de ce que Mises appelait "le socialisme des guildes". Il n'y a pas eu d'alliance objective du régime fasciste avec les capitalistes, enferrés dans un système corporatiste où tout le poids de la production, jusqu'au contrôle des prix et du planisme monétaire, reposait entre les mains de l'Etat. L'évolution économique du fascisme allait ensuite vers toujours plus de planisme et d'autoritarisme, ne se distinguant pas de ce point de vue du national-socialisme.

Le programme des fascistes, tel qu'il fut rédigé en 1919, était passionnément anticapitaliste 1. Les « New Dealers » les plus radicaux et même les communistes pourraient l'accepter. Lorsque les fascistes arrivèrent au pouvoir, ils avaient oublié les points de leur programme qui se référaient à la liberté de pensée, de presse et au droit d'assemblée. (…)

Du tas de ferrailles des utopies socialistes rejetées, les savants fascistes récupéraient le projet du « guild socialism ». Le « guild socialism » était très en vogue auprès des socialistes anglais pendant les dernières années de la première guerre mondiale et pendant les premières années qui suivirent l'Armistice. C'était un système tellement impraticable qu'il disparaissait bien vite de la littérature socialiste. Aucun homme d'État sérieux n'avait jamais prêté la moindre attention aux plans contradictoires et confus de ce « guild socialism ». Lorsqu'il fut presque oublié, les fascistes lui attachaient une nouvelle étiquette et proclamaient emphatiquement le corporatisme comme la nouvelle panacée sociale. Le public, à l'intérieur et à l'extérieur de l'Italie, était captivé. D'innombrables livres, des brochures et des articles furent écrits pour glorifier le « stato coroprativo ». Les gouvernements autrichien et portugais déclaraient bientôt qu'ils adhéraient aux nobles principes du corporatisme. L'encyclique papale Quadragesimo Anno (1931) contenait quelques paragraphes, qui pouvaient — mais ne devaient pas nécessairement — être interprétés comme une approbation du corporatisme. En France, ces idées avaient trouvé beaucoup d'adeptes éloquents.

Tout ne fut que bavardage. Les fascistes ne firent aucun essai pour réaliser le programme corporatiste, « l'autodétermination des intérêts économiques ». Ils changèrent le nom des chambres de commerce en conseils corporatistes. Ils appelèrent corporazione les organisations obligatoires des différentes branches d'industrie qui furent des unités administratives pour l'exécution du modèle du socialisme allemand qu'ils avaient adopté. Mais il n'était jamais question de laisser les « corporazione » se gouverner elles-mêmes. Le cabinet fasciste ne tolérait pas que quelqu'un s'ingérât dans son contrôle autoritaire absolu de la production. Tous les plans, visant à l'établissement d'un système corporatiste, restaient lettre morte.

Le fascisme, in "Le chaos du planisme"

http://herve.dequengo.free.fr/Mises/CP/CP_7.htm

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Ronnie et Dardanus : j'avais bien compris qu'il s'agissait vraisemblablement de la troisième personne de politesse, mais appeler ça vouvoiement, voussoiement ou que sais-je, ça me paraît mal approprié.

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Cela prouve surtout que le fascisme n'a pas de doctrine économique qui lui soit propre. Dans les années 20, Mussolini faisait par exemple l'éloge de la libre entreprise et de la liberté économique en général, avant de se rallier à une conception plus étatiste de l'économie.

Il se voulait "pragmatique", ce qui se traduisit in fine par une politique corporatiste et étatiste.

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Mussolini a surtout cherché le soutient des riches entrepreneurs de l'époque pour l'aider à accéder au pouvoir, ensuite, il affirma qu'il resterait fidèle à l'idéologie communiste.

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Dans la contribution au débat gauche-droite sur le nazisme, je signale la parution d'un livre plus sérieux que le pamphlet de Goldberg, qui enquête sur son caractère révolutionnaire et syncrétique.

Nazisme et révolution : histoire théologique du national-socialisme, 1789-1989

Il faut partir de la révolution française pour comprendre l'épanouissement du nazisme en Allemagne et, hélas, son invraisemblable postérité. Cette thèse, iconoclaste, Fabrice Bouthillon la démontre, grâce à une érudition époustouflante et une plume allègre, dans un livre qui fera date.

C'est en effet la Révolution qui a séparé la Gauche de la Droite, créant ainsi dans toute l'Europe une déchirure politique qui, malgré l'oeuvre unitaire de Bismarck, n'était en fait à la veille de 1914 pas plus surmontée en Allemagne qu'en France. La défaite de 1918, refusée et même niée par beaucoup, a porté à vif la déchirure allemande.

Parce qu'il prétendait réconcilier une valeur de Droite, le nationalisme, avec une valeur de Gauche, le socialisme, le nazisme s'est offert aux Allemands comme la solution, paradoxalement centriste, à ce problème lancinant de la réfection de l'unité nationale, en faisant confluer ces deux héritages sur la personne d'un meneur charismatique. Plus fort encore, Hitler, jusqu'au moment de rédiger son testament politique, est resté dans la ligne de ce centrisme, comme s'il entendait ménager l'avenir.

Bonne émission du Grain à moudre sur le sujet, malgré l'agressivité des contradicteurs :

Fabrice Bouthillon, vous aviez attiré mon attention de lecteur, il y a 7 ans, avec votre Brève Histoire philosophique de l’Union soviétique, et vous récidivez avec votre tout récent essai historico-philosophique, Nazisme et Révolution. Votre thèse est assez simple, résumons-la. Au départ, il y a la Révolution française. Inspirée par l’universalisme abstrait des Lumières françaises, 89 aurait prétendu faire du passé table rase pour reconstruire le contrat social de manière totalement rationnelle, sans tenir compte du passé des peuples, de leur histoire, ni de leurs particularités. On reconnaît là l’écho des thèses conservatrices, qui vont d’Edmund Burke à Hyppolite Taine. A cette prétention rationaliste, qu’il désigne avec mépris de « civilisation », le romantisme allemand a opposé ce qu’il nomme la « Kultur ». La « Kultur, c’est un ensemble de traditions liant des communautés concrètes, des particularismes locaux produits d’une histoire. Et bien sur, la Civilisation est à gauche et la Kultur est à droite.

A vous lire, Fabrice Bouthillon, tous les peuples européens ont, depuis 1789, à répondre à ce défi : comment concilier cette gauche rationaliste et universaliste avec cette droite particulariste ? C’est dans le cadre de cette grille de lecture que vous entendez replacer le national-socialisme qui consiste, à vos yeux, en une addition des extrêmes – là où la solution raisonnable consiste, au contraire, en une union au centre et une soustraction des extrêmes.

La thèse n’est pas nouvelle. Jean-Pierre Faye, dans Langages Totalitaires explorant les pistes explorées par Armin Mohler, montrait de manière convaincante que la doctrine hitlérienne procédait d’une fusion de 4 pôles : une gauche de l’extrême-droite (le courant de la Révolution Conservatrice), une droite de l’extrême-gauche (les nationaux-révolutionnaires), le courant völkisch (populiste et raciste) et le courant bündisch (les Ligues de jeunesse).

Mais votre livre choquera parce que vous poussez Hitler un peu loin à gauche ; à vous lire, le Führer tombe à gauche, en plein délire de réconciliation avec Staline, socialiste national. Vous faites du Führer une espèce de gauchiste d’assemblées générales estudiantines. Au risque de choquer, comme on va le voir.

http://www.franceculture.com/emission-du-g…2011-01-31.html

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Dans la contribution au débat gauche-droite sur le nazisme, je signale la parution d'un livre plus sérieux que le pamphlet de Goldberg, qui enquête sur son caractère révolutionnaire et syncrétique.

Bonne émission du Grain à moudre sur le sujet, malgré l'agressivité des contradicteurs :

http://www.franceculture.com/emission-du-g…2011-01-31.html

Pas mal même si le contradicteur (principal) joue effectivement au flic.

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