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F. mas

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Everything posted by F. mas

  1. Je suis d'accord, et ce n'est pas en opposition radicale avec ce que j'affirme. La filiation est ancienne, même très ancienne. Ce qui change, c'est la méthode, qui s'inspire des sciences naturelles (de la zoologie) pour classer les types humains, et tout cela dans un but pratique (par exemple repérer les criminels en leur mesurant le crâne). C'est l'exemple type de l'"idéologie scientifique" dont parlait Canguilhem : une pratique politique qui se pare de l'autorité de la science pour s'imposer.
  2. Je viens de regarder la fiche wiki de la physiognomonie et celle de la phrénologie. Il s'agit effectivement de deux pratiques à peu près contemporaines. Je dirai plutôt que c'est bien là une manifestation du scientisme ambiant de la fin du 19ème plus qu'un charlatanisme en bon et due forme.
  3. C'est Schopenhauer qui avait aussi un faible pour la physiognomonie : si tu es laid et bourré de tics, c'est bien parce qu'intérieurement, tu es aussi laid et bourré de complexes.
  4. Non absolument : ce ne fut qu'une parenthèse comme tu le dis. Les institutions et leurs pratiques régulières sont plus de l'ordre du structurel, et gouverner par le coup de force, par l'état d'exception et en considérant la constitution comme un tas de papier tout juste bon à donner à l'exécutif le pouvoir nécessaire pour faire ce qu'il veut en dit long sur la mentalité de mongénéral. Et puis, en économie, Rueff, Pinay et consorts sont passés, les plans quinquennaux sont restés.
  5. Je ne sais pas si on peut mettre le césarisme à l'origine de la mentalité gauchiste actuelle, mais en tout cas, je suis d'accord pour dire qu'il a beaucoup fait pour réduire toute sensibilité libérale à néant dans le pays. La constitution de 46 puis les institutions de la cinquième république le démontrent sans équivoque.
  6. http://www.youtube.com/watch?v=Kdfb_5Q8D0Q&feature=related
  7. L'ambition de Rothbard dans l'éthique de la liberté est de reconstruire une théorie critique qui s'inscrit à la fois dans la tradition de la loi naturelle et plus précisément dans sa toute première formulation individualiste, celle du Second Traité du gouvernement civil de Locke (chapitre 4). Assigner à la loi naturelle un rôle critique, c'est se donner un étalon rationnel pour critiquer la loi positive qui par définition est un arrangement pragmatique lié aux contingences du moment et de l'opportunité. Montrer que les arrangements politiques du moment reposent sur du vent où sont hostiles par essence à la coopération individuelle pacifique est donc de l'ordre de la philosophie (de la réflexion) politique, et pas immédiatement de la pratique (de l'agir). Cela ne veut pas dire que Rothbard ne pense pas la pratique. Il le fait, et ses réflexions sur le sujet sont loin d'être bêtes ou irréalistes (c'est le contenu du chapitre 30 "Towards a Theory of Strategy for Liberty"). La "réduction" qu'il fait répond donc à une ambition précise, qui est celle de toute la sensibilité rationaliste (et aprioriste) libertarienne : ce qui nous est donné est irrationnel ou insuffisamment pensé, va contre nos intérêts une fois posée la primauté de la liberté individuelle, et la philosophie politique a pour tâche de montrer combien est grand l'écart entre ce qui est et ce qui devrait être (si nous étions un tant soit peu rationnel). Rothbard partage avec l'essentiel des libertariens l'idée d'une acceptation "minimaliste" de la politique, qui peut se réduire essentiellement à la justice (entendue comme la détermination des titres de propriété, de leur transferts et de réparations en cas de violation des deux premiers moments), et cela pour que les individus puissent poursuivre leurs desseins singuliers en étant le moins gênés possible par les décisions collectives (assemblées, parlement, arbitraire du Prince ou de la volonté générale). Faire reposer l'ensemble des interactions sociales sur un accord minimal sur la propriété et s'y tenir, c'est donner aux acteurs une marge de manœuvre maximale pour s'occuper de ses propres affaires, ce qui n'est pas si réducteur que ça quand on y pense. De Jasay relève que le grand défaut des théories du libéralisme repose justement sur la limitation du droit de propriété : en le faisant dépendre d'autres fins, elles réintroduisent subrepticement des éléments susceptibles de légitimer des politiques hostiles à la liberté individuelle (qu'on songe aux limitations lockéenne de la propriété par la proviso ou le consentement à la décision majoritaire, ou à l'utilité sociale du plus grand nombre pour les utilitaristes posthumiens). Le terme "propriétarisme" est un peu gênant parce qu'il tend à suggérer une définition étroite (assimilable aux biens externes aristotéliciens et thomasiens) et commune à tous les libéraux du terme, de l'étendue et de la fonction de la propriété. "Property" chez Locke a un sens large : "La vie, les libertés et les biens je les désigne sous le nom général de propriété" (sect 23 Second Traité du gouvernement civil), ce qui est assez logique quand on se penche sur sa théorie de l'appropriation. Dieu donne à ses créatures le monde en commun, qui s'individualise par le travail des hommes : la nature travaillée, c'est-à-dire appropriée, devient en quelque sorte intégrée à l'homme qui l'a travaillé. Voler un écran plat ou une bagnole n'est pas un acte anodin et détachable de la personne volée, puisqu'il y tient, et qu'il a raison d'y tenir parce qu'il a bossé pour les obtenir (ce n'est pas n'importe quel bien, c'est le sien). Au passage, je remarque que pour Locke, la vie est aussi sacrée que les biens ou les libertés parce que son origine tient à la loi naturelle, elle-même de nature divine et donc impérative (Essais sur la loi de nature, chapitre 3). A titre personnel, il me semble que parler de "droit à la vie" est un abus de langage. Il faut qu'il y ait "vie" pour avoir des droits, ce n'est pas possible de la lister comme un attribut attaché à un être "fantômatique". Rothbard et Hoppe reprennent le raisonnement lockien de la propriété de soi que suppose l'appropriation pour lui donner une valeur axiomatique : il faut postuler être propriétaire de son corps et de ses capacités pour reconnaître que ce que nous produisons (dans tous les domaines) nous appartient. Il faut que je postule que mon esprit est à moi quand je raisonne pour dire que c'est moi qui raisonne. Affirmer le contraire est de l'ordre de la contradiction performative, toujours selon cette sensibilité rationaliste-libertarienne d'inspiration lockienne. Ceci posé, rien n'indique qu'une telle affirmation suppose une conception dualiste ou moniste de la nature humaine comme l'a dit Xara. Maintenant, le droit naturel est-il une relation ou un attribut attaché à un sujet, et la première acception est elle-plus pertinente que la seconde ? Sans revenir à la querelle entre anciens et modernes, droit "classique" (aristotélicien) au sens de régime droit ou société ordonnée à la vie bonne et droit "moderne" (post machiavélien et post-hobbésien) comme attributs attachés au sujet, je remarque plusieurs choses : premièrement, l'apparition des droits naturels n'a pas aboli la question du droit naturel (le régime le meilleur est p'tete ben celui qui protège les droits subjectifs), deuxièmement, la justice au sens aristotélicien (et plus largement, celui cicéronien par exemple) suppose les règles étroites de propriété que défendent les libertariens (mais sans forcément partir de la théorie lockéenne de la propriété de soi). Jus sum quique tribuere, le droit (ou la justice) consiste à rendre à chacun ce qui lui est dû, ce qui lui appartient : c'est-à-dire qu'elle demande que la garantie des titres et du transfert de propriété (je m'inspire ici de l'excellent livre d'Anthony de Jasay Justice and its surroundings. Son chapitre 10 distingue deux conceptions concurrentes de la justice. La première étant celle du sum quique -to each, his own-, l'autre étant celle to each, according to…). Vous devriez commencer à lire Anthony de Jasay, qui est à ma connaissance le seul théoricien libertarien (et anarcap ! bien qu'il utilise le terme ordered anarchy) issu de la tradition empiriste "à la Hume". Je suis sûr que vous apprécierez son côté libertarien réactionnaire.
  8. Il n'y a pas dégradation du régime jusqu'à la république bananière aboutie.
  9. On pourrait faire des économies d'échelle en supprimant les organes de l'UE aussi.
  10. Nous sommes totalement d'accord, c'est ce que j'entendais par stade de développement avancé : la conjugaison d'un système de production capitaliste efficace et une superstructure administrative adaptée à son exploitation dans un but de redistribution sociale. Petite précision toutefois, la constitution de l'hyperclasse n'est pas le pur produit de la volonté de ses membres, mais aussi le résultat de cette polarisation (elle est la classe qui va bénéficier en premier lieu de l'extension de l'état monopoleur à des ères géographiques plus vastes, et du coup ne plus dépendre directement des productions nationales pour survivre). Il y a à la fois classe objective (le produit de l'histoire économique) et conscience de classe (se sachant classe, elle agit pour se préserver), quoi. OooOOOh je commence à raisonner et à parler comme un marxiste, moi. Je vais prendre un doliprane.
  11. Il faut croire pour vivre au sens le plus plat du terme : croire que les actions que je pose produisent les mêmes effets, considérer que les lois de la physique que j'ai respecté hier auront les mêmes effets demain, etc. Tout ça doit être considéré comme acquis pour vivre le plus ordinairement du monde, sans être forcément vérifié (ou vérifiable), puisque ce qui nous intéresse dans notre vie pratique, ce n'est pas de savoir de quoi est constitué le marteau que je possède, mais de l'utiliser. Ce que je dis n'a rien de très original, c'est même du David Hume en plus mal écrit. Autrement formulé, rien ne nous autorise à affirmer que le monde dans lequel nous vivrons demain sera essentiellement identique à celui d'hier, mais un moment il faut arrêter de se retourner la tête et il faut bien vivre avec. Ca marche très bien comme ça d'ailleurs. "Fonctionnement véritable" n'est effectivement pas une expression très heureuse, puisqu'elle suggère que les croyances sont d'emblée fausses ou des brouillons d'un arrière monde plus vrai. Or, certaines croyances sont vraies, d'autres fausses, certaines utiles, d'autres pas. Pour la distinction entre croyance et croyance vraie, je pense à la définition de la connaissance que E Griettier va pécher dans le Théétète de l'ami Platon. Une croyance est vraie ou un individu peut tenir X pour vrai si X est vrai, l'individu croit X, l'individu est justifié à croire X. Le problème se déplace vers l'expression "X est vrai", et sur les moyens de vérifier la vérité de X (ou sa fausseté). Mais là, on entre dans des querelles épistémologiques sans fins (et d'ailleurs toujours en cours…).
  12. La thèse est de Jean Baechler (Le capitalisme, 2 vol, 1995, Gallimard). Elle me semble à moi tout à fait plausible, étayée et argumentée : la période qui part du 5ème siècle au 10ème siècle a failli voir disparaître l'Occident (sous la pression barbare, la maladie, de l'Islam conquérant, etc.). La population régresse, les villes héritées de l'Antiquité sont moribondes (Rome passe quand même de 2 millions à 20 000 habitants, et demeure la ville la plus peuplée d'Europe),et les échanges s'effacent au profit d'économies de subsistance fondées sur les productions communales. L'Occident ne doit son salut que grâce à l'Eglise (qui conserve tant bien que mal l'héritage romain) et à la féodalité (qui permet de contenir l'insécurité par la généralisation du serment vassalique) jusqu'à l'embelli post Xème siècle (et la renaissance de la ville médiévale, et de son avatar le bourgeois). Vous pensez à Jacques Heers ? Ceci étant dit, on s'éloigne du sujet, à savoir la religiosité. J'ai proposé le terme "mentalité" ou "pensée magique" en lieu et place de celui de "religiosité", parce que je pense que ce dernier terme entraîne une confusion possible entre "religion" et "sentiment religieux" Or, il n'y a que les romantiques et les catholiques libéraux du 19eme pour considérer toute religion comme un sentiment. Mais c'est une source intarissable d'erreurs, de contresens, de malentendus et tout, et tout. Par contre, je pense que nous faisons reposer la plupart de nos actes sur des croyances (et pas forcément des croyances vraies) : il n'est pas possible de connaître le fonctionnement véritable de l'intégralité de ce qui nous entoure, nous adoptons donc les croyances qui nous permettent de vivre sans trop se poser de question (ce qui permet, il faut bien le dire, d'économiser un temps précieux). Un exemple : personne ici n'a fait l'expérience véritable de l'existence de Jupiter, ou s'est atteler à revérifier les théories de Copernic, Newton et leurs successeurs. On leur fait confiance, on se contente d'acquiescer à leur autorité et de vivre en se disant qu'ils ont raison. Pour le réchauffement climatique, c'est un peu la même chose : plusieurs scientifiques se querellent sur le sujet, et c'est ceux qui semblent avoir le plus d'autorité qui remportent les suffrages des non-spécialistes. C'est humain, tout le monde fait ça à propos des champs de compétence qu'il ne maîtrise pas. Ce qui est désolant, c'est de voir qu'à aucun moment, les opinions dissidentes ne sont prises en compte et mises sur le même plan que leurs concurrentes. Et cette stigmatisation devrait quand même soulever des interrogations sur le consensus qui semble s'être constitué sur le sujet.
  13. Oooh un marxiste aurait tort parce qu'en ramenant l'ordre politique ou social uniquement à son soubassement économique ("Au moulin à eau correspond la société féodale, et au moulin à vapeur correspond la société bourgeoise" dixit le père barbu) il aurait bien eu du mal à décrypter les sociétés pré-modernes (et à faire la genèse de l'essor du capitalisme, soit dit en passant). La formation des intérêts de classes; des idéologies, puis la dénationalisation des mêmes intérêts toussa, toussa sont des histoires qui se situent au sein du monde moderne, avec la fin des solidarités communales, l'émergence de l'individu et de l'état (et même si on peut trouver des similitudes entre histoire moderne et histoire romaine : après tout, il y a une filiation qui a été faite entre Machiavel lecteur de Tite Live et Marx théoricien de l'antagonisme de classes. Pour le florentin, la république a été vigoureuse et libre à cause de ses querelles intestines entre plébéiens et patriciens, riches et pauvres. La cité est traversée d'"humeurs" aux intérêts inconciliables qu'il s'agit de maîtriser pour le plus grand bien de tous. Ou du Prince. En règle général, Marx est un excellent lecteur des textes classiques -d'Aristote aussi). Maintenant, la division entre gouvernants et gouvernés, et le long cycle de sa mise en place, de son fonctionnement effectif et de son déclin sont des expériences sans doute plus universelle (et onc plus stable dans l'histoire de l'humanité) mais aux contours moins étroits que l'économisme marxiste. Bravo, tu as réussi à dénicher un texte optimiste de Schopenhauer. Bon là, j'exagère. Le désir
  14. J'assume : http://www.youtube.com/watch?v=zdJcFIrp_TE
  15. Qu'on cesse de l'assister, de la materner, de lui confisquer les moyens de son autonomie et les solidarités communautaires réapparaitront. Une remarque en passant : nous avons la mémoire courte, et les médias nationaux ont largement filtré les informations disponibles sur les émeutes de 2005 (qui tout en partant des cités, se sont ensuite étendues aux centres-villes). Je rappelle quand même qu'au bout d'un moment se sont formés des embryons de milices de quartiers exaspérés par le désordre. D'ailleurs, à l'époque, Alain Krivine, résidant dans un coin pourri de Saint Denis, en avait rejoint une (au plus grand étonnement d'une petite partie de ses camarades d'extrême gauche incultes).
  16. A chaque civilisation, chaque stade d'évolution de la culture et de la civilisation correspond des qualités humaines encouragées ou dépréciées. Le courage ou la force physique comptaient sans doute plus quand en lieu et place des machines l'organisation sociale n'avait à disposition que des esclaves, comme sous l'Antiquité. Un exemple parlant, plus lié à la vie de l'esprit : aujourd'hui, la mémoire n'a qu'une importance secondaire parmi les facultés humaines pour une raison aisément compréhensible, à savoir l'existence de substituts techniques. On ne compte plus de tête parce qu'on a des calculatrices, plus besoin de connaître par coeur des pans de notre histoire ou de notre expérience, parce que tout peut se compiler sur livre ou ordinateur. Cela a un effet très concret sur nos contemporains (c'est-à-dire nouzotre). On a une mémoire de poule si on se compare à nos prédécesseurs médiévaux, qui eux faisaient de la mémoire la faculté reine. Certains historiens rapportent par exemple que St Thomas a exactement rapporté les récits des pères de l'Eglise au pape Urbain IV de tête. C'est explicable bien sûr à une époque où l'imprimerie n'existe pas, et que la transmission des connaissances se fait par la copie et le discours. Dire que la mémoire est une faculté plus appréciée au moyen âge qu'aujourd'hui n'est pas rapporté pour critiquer l'époque présente, qui valorise d'autres facultés (en particulier la raison technique), mais juste pour montrer la grande plasticité de l'être humain (comme tu le dis d'ailleurs). Quant à la similarité entre nature et artifice comme environnement humain : là on est pas d'accord. Si nous nous comportions au sein du monde naturel (ce qui nous est donné) de la même manière qu'au sein du monde civilisé, pourquoi aurions-nous quitté le premier pour le second ? Pourquoi fabriquer des outils si nous étions parfaitement adaptable ? Quand je parle de technique(s), je ne veux pas forcément dire Ipod ou la nasa, mais aussi tout simplement un arc, des flèches, une pierre polie. Maintenant, le problème que je pose, c'est que si la civilisation moderne est une sorte de processus de rationalisation de l'existence visant à maximiser le confort de ses membres et d'éliminer la gêne originelle qui est le moteur de ses activités, alors son stade terminal sera atteint le jour où toutes les facultés et ses qualités personnelles seront remplacées par des arrangements techniques lui permettant de ne plus en faire usage (le rêve de Michel Houellebecq ). Sur l'édification morale et le confort : l'expression que j'ai employé est mauvaise. J'aurais du parler d'édification spirituelle. Les civilisations pré-modernes n'assignent pas au confort la première place sur le podium, et surtout n'en font pas un moyen pour améliorer la condition humaine en général. Qu'on pense à l'Antiquité ou au moyen âge qui sont ce que J Baechler appelle des "hiérocraties", des régimes fondés sur l'autorité, lui-même dépendant d'un principe transcendant comme source unique de pouvoir. Le régime de l'époque médiévale se pense comme un ordre fixe qui met au bas de sa hiérarchie la classe productive (laboratores), donc les contingences matérielles et tout en haut les oratores, ceux qui retirés dans les monastères prient pour le salut du monde. Baechler remarque aussi que l'une des spécificités du moyen âge, c'est l'absence de système de production (ce qui d'ailleurs entraîne sa très grande instabilité : une organisation sociale sans soubassement économique ne marche pas bien). Pour que les hommes commencent un peu à penser à leur confort, il faudra à la fois que naissent les conditions sociales permettant l'éclosion d'une nouvelle classe sociale en dehors du triptyque soldat-paysan-prêtre, à savoir la bourgeoisie au Xeme siècle, et l'affaiblissement de l'idéologie anti-capitaliste qui depuis Aristote (et véhiculée par le mainstream de l'Eglise) condamne la chrématistique.
  17. C'est vrai qu'il faut raison garder. C'est une grosse émeute, mais ce n'est qu'une émeute. On est encore loin du conflit même de basse intensité.
  18. Est-il plus réaliste de poser la stabilité des capacités humaines dans un environnement qui a changé radicalement sur des millénaires ? Je ne sais pas si l'homme du Moyen âge est en tout point semblable à celui du début du XXIe siècle, même si je suis prêt à lui reconnaître des facultés et des qualités communes, mais, disons, exploitées différemment pour répondre à des enjeux différents. Nos capacités cognitives sont effectivement limitées, et nous n'avons cessé d'inventer des artifices pour y pallier. C'est même le sens de la civilisation occidentale, de nos croyances, de nos habitudes, etc. L'homme fabrique des outils parce qu'il n'a pas de griffes, des vêtements parce qu'il n'a pas de fourrure (sauf Chitah), capitalise les informations qui lui sont utiles pour lui éviter cette gêne originelle qui le met à la merci de la nature, jusqu'au jour où il s'est tellement rendu maître de la nature que le sens de sa dépendance évolue : Une fois le monde complètement arraisonné (pour parler comme un philosophe allemand qui se serait reconnu s'il n'était pas mort), l'homme devient dépendant des techniques qui lui facilitent la vie, lui permettent d'économiser son temps pour se consacrer à d'autres choses que sa survie. Et force est de constater qu'une fois libéré des contraintes liées à sa survie, average joe dépense plus son pognon en écran plat et en cd de Rihanna qu'à lire Chaucer ('tention, je suis conscient d'appartenir à la catégorie des buveurs de bière devant la télé). Selon l'heureuse expression d'Arendt, il remplace le loisir par les loisirs. Ceci dit, la question qui reste en suspens est de savoir si la transformation de l'homme qui suit celle de la technique le change irrémédiablement (comme le pensent par exemple des gens beaucoup plus intelligents que moi : Hegel, Kojève, A. Bloom, R. Rorty, Fukuyama, Derrida…et Philippe Muray) ou pas (Leo Strauss par exemple, pour ne citer que lui). Je penche plutôt pour la deuxième hypothèse, et je me dis que les qualités et les vertus qui ne sont plus exploitées ou vivifiées par notre culture contemporaine sont simplement retournées du statut d'actualité à celui de potentialité (pour parler la langue d'Aristote). Quand je parle d'Idiocracy, je fais référence à l'une des dynamiques de notre civilisation, qui, à la fin du Moyen âge, en privilégiant l'amélioration matérielle des hommes plutôt que leur édification morale (pour le meilleur et pour le pire), a abouti au moment de la révolution industrielle à la révolution de l'égalité et l'entrée dans l'ère des masses. L'"homme masse" selon Ortéga y Gasset n'est nouveau non pas par ses aspirations (comme tu le dis, il est hautement probable que le pékin moyen du 13 eme siècle ne soit pas beaucoup plus finaud que n'importe quel vendeur de téléphone portable d'aujourd'hui), mais plutôt par sa nouvelle visibilité. Les masses, c'est beaucoup de monde avec des aspirations vulgaires (au sens étroit du terme), relativement uniformes et un degré d'éducation lowcost. Et qui en font profiter tout le monde (la culture de masse, la religion de l'égalité, et, il faut bien le dire, la démocratie), même ceux qui n'en veulent pas, ou qui cherchent à s'en préserver un peu (là, c'est moi). Sur la religion, pas sûr qu'on puisse la ramener au merveilleux. Par contre sur ce que je disais à propos de la pensée ou de la mentalité magique, c'est exactement le sens de ce que tu dis dans le post cité par WBell.
  19. La Grande Bretagne est en tout cas allée très loin dans le politiquement correct, d'après ce que j'ai pu lire ça où là. Un exemple : il y a quelques mois, j'achète dans un kiosque un journal (le times ? Je ne sais plus, mais pas un truc particulièrement gauchiste) qui faisait état en une de la prise d'assaut d'un immeuble par les forces spéciales pour y déloger un forcené. La réaction de la rédaction(qui organisait un petit débat sur le sujet) a été de polémiquer sur la violence des forces spéciales et ils ont fait écho aux assoces pacifistes qui réclamaient leur dissolution.
  20. Il me semble difficile de nier que certains quartiers ont plus d'immigrés (notamment afro-carribéens pour Tottenham) que d'autres. Par contre, que les foyers d'émeutes se soient étendus à d'autres quartiers, c'est tout à fait possible. J'ai lu quelques articles de la presse britannique allant dans le sens de ce que disait Tremendo. Maintenant, sur ce genre de sujets, il faut toujours prendre des gants avec ce que disent les journalistes. En tout cas, on est pas loin des romans de JG Ballard.
  21. Chitah : la comparaison entre Ipod et astrologie est mal choisie, j'admets. Je voulais simplement souligner le décalage entre les évolutions scientifiques dans tous les domaines de notre existence et la persistance d'une mentalité quasi primitive chez beaucoup de nos contemporains (encore une fois : Idiocracy !). Nick : quand tu dis c'est plus compliqué que ça, tu veux dire que tu penses que Gore et Trichet croient à la camelote qu'ils nous refilent ? C'est ça ?
  22. Il faudrait d'abord qu'on s'entende sur le constat que tu formules : l'effacement de la religion, sur ce que souhaitent les libéraux, et la place de la religiosité à l'ère de la "sortie de la religion", comme dirait l'autre. Je ne suis pas sûr qu'il faille généraliser la "fin de la religion" à l'ensemble de la planète. Elle reste assez vigoureuse un peu partout en dehors de l'Occident, et même en son sein. Je ne pense pas que les libéraux veulent son extinction. Il me semble même que la plupart s'en accommodent assez bien. Plutôt que de "religiosité", qui lie trop étroitement une façon de penser bien particulière ("suivre aveuglément une règle ou un maître") et la religion (qui ne suppose pas forcément la "religiosité ainsi définie), je parlerais plutôt du grand retour à la pensée magique. On est capable à la fois d'utiliser les technologies les plus avancées et de croire aux déclarations les plus rudimentaires, d'avoir un Ipod et d'apporter du crédit à l'astrologie, aux déclarations d'autorité des joueurs de foot et des fonctions de son téléphone mobile. Je pense qu'il y a un élément d'explication à chercher du côté du père Hayek : la société est plus complexe que nos pauvres cerveaux, qui lui a besoin de repères plutôt simples pour que nous puissions agir dans le monde. Du coup, la façon de choisir et de suivre les règles qui nous guident dans nos actions les plus quotidiennes demande l'assentiment sans réflexion (pour économiser du temps). Malheureusement, plus la société se complexifie, plus ces règles simples deviennent difficiles à repérer dans le flot de celles qu'on nous proposent. D'où problème. Enfin bon, je balance ça à chaud, hein…
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