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Propositions pour Contrepoints


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Quand je consulte le site web de Contrepoints sur mobile, la page d'accueil en mode mobile ne donne pas les derniers articles publiés. Il faut que je coche l'option "affichage ordi" de chrome pour voir les derniers articles.

  • 1 month later...
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Le 30/09/2019 à 08:33, Tesla a dit :

Quand je consulte le site web de Contrepoints sur mobile, la page d'accueil en mode mobile ne donne pas les derniers articles publiés. Il faut que je coche l'option "affichage ordi" de chrome pour voir les derniers articles.

 

Avec beaucoup de retard, merci pour le rapport Tesla. 

On s'apprete a enfin bosser sur la maquette, je prospecte en ce moment.

  • 1 month later...
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Une suggestion d'article:

 

Avec les différentes conneries qu'on entend sur Black rock qui serait un fond de pension qui a l'air d'être répété un peu partout par de nombreux politiques, un article qui explique précisément la différence entre

- un fond de pension

- un fond d'investissement

- un gestionnaire d'actifs

 

Parce que typiquement c'est uen question à laquelle j'ai jamais eu de bonne réponse claire et synthétique et je pense qu'un paquet de gens se la posent quand on répond quelque chose comme "c'est pas un fond de pension mais de la gestion d'actifs" 

 

 

Si en plus on a un ou deux tweets épinglés d'un journaliste ou d'un politique en train de dire une connerie c'est cadeau

  • Yea 3
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il y a 44 minutes, Bisounours a dit :

Il y a cet article paru sur CP il y a quelques jours ; l'as-tu lu et répond-il à tes questions ?

 

https://www.contrepoints.org/2019/12/17/360532-blackrock-le-cote-obscur-de-la-reforme-des-retraites

Non mais je viens de le parcourir et cedt orthogonal. Le texte la est sûr les conneries qu'on entend sur blackrock et le complotiste de la gauche mais je pensais plus à la différence fondamentalement technique sur fodns de pznsion/investissement/actifs 

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Il y a 1 heure, NoName a dit :

la différence entre

- un fonds de pension

- un fonds d'investissement

- un gestionnaire d'actifs

BlackRock fait les trois :

BlackRock est une société de gestion d'actifs qui propose un grand nombre de fonds d'investissements (en gestion active, passive, du private equity, de l'immobilier, etc.). Ils proposent aussi des services de conseil pour les pensions : aux entreprises pour gérer la pension de leurs employés ainsi qu'aux individus. En soi, les trois termes peuvent être utilisés interchangeablement, tout le monde comprendra "asset manager" comme il y en a des centaines : BlackRock, Vanguard, Fidelity, Amundi, etc.

Posté
Il y a 10 heures, NoName a dit :

Parce que typiquement c'est uen question à laquelle j'ai jamais eu de bonne réponse claire et synthétique et je pense qu'un paquet de gens se la posent quand on répond quelque chose comme "c'est pas un fond de pension mais de la gestion d'actifs" 


Un fond de pension est un gestionnaire d’actif pour des investisseurs qui ont pour objectif de se constituer une retraite. Ça implique des contraintes légales et stratégiques particulières. Par exemple les fonds de pension Canadiens ne peuvent pas prendre des positions à découvert. 
 

Gestionnaire d’actif est un terme générique qui englobe les fonds de pension, les sociétés immobilières, des hedges funds etc et il peut être lui même investisseur. 
 

Après tout peut être plus ou moins intégré. Les fonds de pensions peuvent investir dans des hedge funds. Les investisseurs peuvent être plus moins passifs, dans la gestion de leur épargne et de leur retraite. Y a des avantages légaux à s’associer, d’une forme ou d’une autre.

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il y a 57 minutes, Raffarin2012 a dit :

Pour info, concernant la version mobile de Contrepoints :

 

- Les vidéos (celles provenant de Youtube en tout cas) ne sont pas optimisées. Je connais une technique pour optimiser sur mobile ET sur desktop, mais c'est du bidouillage.

 

- Par ailleurs, mais là ce n'est qu'une suggestion, il y a 2 camps : de mon point de vue (majoritaire), il est préférable de ne pas justifier le texte sur le web. De mémoire, le Figaro et le Monde ne justifient pas par exemple. Le problème avec la justification web, c'est l'espacement hasardeux entre les mots (flagrant sur le screenshot : voir notamment la première ligne du dernier paragraphe).

 

PS : là je suis sur Brave, mais c'est la même ac Chrome

contrepoints_yt_mobile.jpeg

 

@F. mas @Librekom @Lexington @L'affreux @h16

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Oui c'est la version du site mobile codée par Thomas et pas optimisée sur un certain nombre de choses. La version mobile Marfeel va revenir dans quelques jours

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il y a 59 minutes, Raffarin2012 a dit :

Après, Corcoran ou pas, c'est notre moment. Dans le bus, les rues, les boutiques etc, on se croirait dans la taverne de liborg?

 

 

à ce point ?

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il y a une heure, Raffarin2012 a dit :

Dans le bus, les rues, les boutiques etc, on se croirait dans la taverne de liborg

 

Il y a des jolies personnes et des playmates ? T'habites où déjà ?

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14 hours ago, Raffarin2012 said:

Bon.... Tu me répondras hier donc ? ?

 

J'ai été réglo et ça me déçoit un peu (de ma vie je n'ai vu un tel rejet pour le socialisme et ce partout à Paris).

 

En l'absence d'une réponse de ta part ou de qqun d'autre de l'équipe ce soir, je donne l'exclu à un autre média. Après ça ne concerne que l'exclu, si vous changez d'avis il sera ravi de cumuler avec Contrepoints.

 

Wala, j'ai bien conscience que c'est délicat donc no problemo.

 

Après, Corcoran ou pas, c'est notre moment. Dans le bus, les rues, les boutiques etc, on se croirait dans la taverne de liborg?

 

 

J'ai eu un contretemps. C'est OK pour moi!

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Une bonne occasion de rédiger un article sur la nullité du concept de fémicide.

  • Yea 1
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1 hour ago, Lancelot said:

Une bonne occasion de rédiger un article sur la nullité du concept de fémicide.

Déjà fait ! ;)

  • 1 month later...
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il y a 53 minutes, Raffarin2012 a dit :

Je suis partant pour l'interviewer ms tu es mieux placé que moi--> du coup si tu veux tu peux l'interviewer toi-meme, ca ne me derangerait absolument pas. 

 

Mieux placé ? Ah bon ? 

Je pense plutôt qu'on peut procéder ainsi et ce sera plus simple : je peux te proposer qq questions qui ont trait à ce qu'il écrit, et tu peux y ajouter qq questions plus dans ce que tu as en tête. 

 

Qq questions sur sa façon d'écrire / l'univers qu'il a créé

- déjà, compte-tenu de l'univers foisonnant qu'il a créé, d'où tire-t-il son imagination ? 

- quand il a commencé sa série sur la Polity et tout l'univers qui l'entoure, il avait déjà une idée précise de l'état de l'art technologique de l'univers dans lequel il faisait évoluer ses perso, ou a-t-il inventé au fur et à mesure, en fonction des besoins ? 

- l'univers qu'il décrit - où la notion de transhumanisme est laaargement dépassée, les morts peuvent vivre bien après la mort, la limite entre humain, intelligences artificielles, mélange des deux et autres golems est complètement floue -  est-ce un univers qu'il redoute, qu'il craint, ou qu'il appelle de ses voeux, ou simplement ce qu'il imagine être une suite logique (ou au moins possible) de la tendance qu'on observe déjà actuellement (et donc il est neutre vis-à-vis de ça) ? 

 

Plus politique

- dans l'univers humain qu'il décrit, les I.A. jouent un rôle prépondérant comme orientant/président à la destinée humaine et donc se plaçant hiérarchiquement au-dessus des humains. Les autres univers sont des colonies très hiérarchisées (chef de gang, dictateur à la tête, typiquement), soit sont colonisées par les ennemis des humains (pradors) et donc là encore basés sur une hiérarchie du plus fort. N'y a-t-il aucune place pour des univers "anarchiques" où règne d'abord le marché et le capitalisme le plus strict ? (ce serait un challenge d'écriture, peut-être ?)

 

Avec ça, y'a de quoi faire un gros article joufflu ! 

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Tu peux ajouter une question gourmande : qu'est-ce qui nous attend pour les prochains opus ? (sneak peek peut-être ? miam)

  • Yea 1
  • 2 months later...
  • 4 weeks later...
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Je suis peu intervenu sur les fils dédiés au Covid, alors je me venge en un bloc : attention 3000 mots. Beaucoup d’éléments vus ailleurs, et depuis longtemps, mais agrégés et avec des rappels et des analyses perso plus de vrais morceaux de nostalgie sixties. Et puis France Inter fait encore un podcast sur le même sujet aujourd'hui. A la rédaction de voir si cela peut intéresser les lecteurs de Contrepoints.

 

Titre à choisir (ou à modifier), du type : 

L’évolution de la société française à 50 ans d’intervalle révélée par la pandémie

ou

 

A l’épreuve de la pandémie : la société française à cinquante ans d’intervalle 

 

Révélation

 

 

Le Covid-19 a ravivé dans les médias et sur les réseaux sociaux le souvenir des trois grandes pandémies grippales du XXe siècle, la grippe dite « espagnole » de 1918-1919 (qui fit plusieurs dizaine de millions de morts), l’ « asiatique » de 1956-1958 (plusieurs millions de morts) et la grippe « de Hong Kong » entre 1968 et 1970 (plus d’un million de morts). Cette dernière affecte la France durant l’hiver 1969-1970 dans une certaine indifférence médiatique et politique. Son bilan national, de 30 000 à 40 000 morts, est pourtant du même ordre de grandeur que celui attendu de l’actuelle épidémie de coronavirus. Si la crise sanitaire actuelle n’est pas entièrement dénouée, les réactions collectives antagonistes à cinquante ans d’écart sont déjà révélatrices de deux contextes et deux sociétés différentes. 

 

 

Été 1969, en pleine Révolution culturelle, Mao Zedong, qui pour sécuriser son pouvoir a lancé des troupes fanatisées à l’assaut de l’ennemi intérieur, doit encore faire face à son meilleur ennemi extérieur, Léonid Brejnev. Alors que les deux leaders se disputent l’hégémonie du bloc communiste, les incidents de frontières se multiplient. Le paroxysme de la crise est atteint au mois d'août le long de la frontière sino-soviétique du Xinjiang. Des combats font plusieurs dizaines de milliers de victimes et la tension s'accroit au point que l’Union soviétique envisage une frappe préventive de l’arsenal nucléaire de la république populaire de Chine.

 

En Occident, le contexte est plus apaisé.

 

Aux États-Unis, le président Richard Milhous Nixon, entré en fonction en début d’année, entame une politique de retrait progressif des troupes du Vietnam. Le 20 juillet à 23 h 45, alors qu’il suit depuis la Maison-Blanche la retransmission télévisée du premier atterrissage sur la Lune, il s’entretient en direct avec les astronautes de la mission Apollo 11. 

 

Le massacre début août à Los Angeles de Sharon Tate et d’autres innocents par des membres de la « Famille », la secte de Charles Manson, déclenche une stupeur médiatique internationale. Une fracture dans un été plutôt « peace and love » ; quelques jours après le drame a lieu dans l’état de New York le festival de Woodstock, apothéose du mouvement hippie, marqué par les performances de Jimi Hendrix ou de Carlos Santana et le rassemblement de plus de 400 000 spectateurs. Une semaine plus tard en Angleterre, Bob Dylan et les Who - entre autres - se produisent au festival de l'île de Wight où ils réunissent près de 150 000 spectateurs. 

 

Ce même été en France, Georges Pompidou tourne la page de la geste gaullienne. Lui aussi nouvellement élu, il inaugure son mandat de manière moins éclatante que le président américain. Pas vraiment un événement destiné à marquer l’Histoire, mais une simple dévaluation du franc de 12%, conséquence logique des accords de Grenelle négociés un an auparavant. La mesure est mise en œuvre par Valéry Giscard d’Estaing de retour au ministère des finances.

 

Si les français ne méconnaissent pas la vague folk, rock, soul et blues, le hit parade des vacances reste dominé par des gloires plutôt nationales, Johnny Hallyday, Georges Moustaki et Mireille Mathieu. A la rentrée, en septembre, les lecteurs de Franquin peuvent trouver en librairie le septième album de Gaston Lagaffe, « Un gaffeur sachant gaffer », d’abord publié en épisodes dans Le Journal de Spirou. Les cinémas jouent « La Horde sauvage » de Sam Peckinpah et « Que la bête meure » de Claude Chabrol.

 

Le monde en proie à la pandémie

 

Concerts, festivals, vie sociale et professionnelle ne semblent pas affectés de préoccupations sanitaires particulières. Rétrospectivement, peu semblent se soucier de la pandémie de grippe en cours, ni s’en souvenir aujourd’hui, alors qu’il sera difficile aux historiens d’ignorer la propagation du coronavirus comme l’événement majeur de l’année 2020, phagocytant l’énergie et l’attention du monde entier. Le seul épisode du confinement a touché cette année un nombre de personnes (plus de quatre milliards) supérieur à la population mondiale de l’époque. 

 

Causée par une souche H3N2 du virus de la grippe A, descendant probable du H2N2 qui a provoqué la pandémie de 19571, la maladie est apparue en Chine2 en 1968. Mais elle y passe inaperçu dans le chaos qui y règne. Elle doit atteindre Hong Kong, alors colonie britannique, pour être remarquée en contaminant rapidement près de 500 000 personnes, soit près d'un habitant sur six (d’après ce bulletin de l’OMS paru en 1969).

 

Le virus s’attaque au système respiratoire. L’infection pulmonaire s’accompagne de frissons, de fièvre, de douleurs et de faiblesse musculaires. Ces symptômes disparaissent en quelques jours mais les cas les plus aigus sont mortels. Comme pour toute contamination virale, la qualité de la réponse immunitaire est déterminée par l’âge, le passé infectieux, le patrimoine génétique et l’état de santé préalable du malade. Alors que la maladie reste diffuse et ne touche qu'un nombre restreint de personnes au Japon, elle est répandue et mortelle aux États-Unis où elle tue plus de 50 000 personnes en l'espace de trois mois durant l’hiver 1968-1969 (sur un total de 100 000 morts environ au niveau national d’après le CDC).

 

Elle semble disparaitre avec l’été mémorable que nous venons d’évoquer. En octobre, le consensus scientifique émis lors de la conférence internationale sur la grippe de Hong Kong réunit par l’OMS à Atlanta conclut à la fin de la pandémie. Le virus resurgit pourtant au cours du nouvel hiver avec une grande virulence, mais en Europe cette fois ci. 

 

Un système sanitaire saturé dans une France insouciante 

 

En 2005, la journaliste Corinne Bensimon, dans un article de Libération intitulé « 1968, la planète grippée » évoque les conséquences de la grippe de Hong Kong qui se développe donc en France aux mois de décembre 1969 et janvier 1970. Elle interroge des témoins de l’époque. Le professeur Dellamonica était âgé d'une vingtaine d’années lorsqu’il travaillait comme externe dans un service de réanimation de l'hôpital Edouard-Herriot à Lyon ; il se souvient :

 

« On n'avait pas le temps de sortir les morts. On les entassait dans une salle au fond du service de réanimation. Et on les évacuait quand on pouvait, dans la journée, le soir. » 

 

« Les gens arrivaient en brancard, dans un état catastrophique. Ils mouraient d'hémorragie pulmonaire, les lèvres cyanosées, tout gris. Il y en avait de tous les âges, 20, 30, 40 ans et plus. Ça a duré dix à quinze jours, et puis ça s'est calmé. Et étrangement, on a oublié. »

 

Laconiquement, la presse rapporte bien des désorganisations importantes des services publics, des transports et des écoles dus à l’exceptionnelle morbidité, mais sur le ton badin du « marronnier » (le terme est employé par France Soir). 

 

Il faut lire le Monde comme on lit la Pravda, entre les lignes, pour comprendre l’ampleur et la gravité de la situation. La nouvelle de l’alitement du chancelier Willy Brandt révèle que l’Allemagne est touchée. Un billet du 31 décembre, toujours relevé par Corinne Bensimon, s’amuse des conséquences de la grippe en Angleterre : célébrités hospitalisées (l’hôpital devient « le dernier salon ou l’on cause »), queues devant les pharmacies pour les livraisons d’aspirine, pannes d'électricité faute de techniciens ou lignes de métro interrompues faute de conducteurs.

 

Comment comprendre le peu de réaction d’alors comparé à la crise actuelle?

 

Personne n’enquête vraiment dans les hôpitaux, n’agrège les données et ne donne l’alerte. Un reportage de l'Ortf du 10 décembre 1969 annonce qu’ « un français sur quatre à la grippe » et conclut, après l’énumération des symptômes bénins: « somme toute, après trois jours de grogs, d’aspirine et d’édredon bien chaud cela n’est pas si désagréable! ». Une telle communication n’incite pas à des mesures prophylactiques drastiques et la sous-information, du public et sans doute du pouvoir, fut certainement la première cause de l’apathie apparente qui accueillit la pandémie.

 

S’il est devenu banal d’accuser twitter, par exemple, de complotisme ou de diffusion de fake news, le temps de l’Ortf nous rappelle que le partage d’expériences ou d’informations en réseau, en direct et sans (trop de) filtres, est bien supérieure à une diffusion centralisée de type top-down, particulièrement quand le sommet est lui même dans le brouillard.

 

Plus largement en termes de solutions et de capacités nouvelles, la technologie et la richesse accumulées en un demi-siècle (le PIB par habitant triple en volume) ont rendu possible l’inimaginable, comme advenu l’âge d’or de « l’an 2000 » rêvé dans les années soixante, certes avec deux décennies de retard. Vente en ligne, ravitaillement au drive, échange de données informatisées ou télétravail, autant d’éléments de résilience économique qui ont permis un fonctionnement social en mode dégradé plus que viable. Si la France embourgeoisée et tertiarisée redécouvre périodiquement le rôle central du monde ouvrier dans le système de production, sa disparition de moitié (de 40% à 20 % de la population active) s’avère source d’adaptabilité ; tel bureau d’études réalise qu’une ingénieur peut continuer à se connecter pour créer des maillages en éléments finis depuis son salon, alors que l’on est pas fraiseur ou chaudronnier à distance. 

 

La salarisation (associée au chômage partiel étendu) et la fonctionnarisation du monde du travail ont aussi aidé à l’acceptation sociale des mesures d’exception. Les indépendants, aujourd’hui réduits à moins de 10% de la population active, qui observent l’érosion de leur trésorerie depuis le début du confinement, étant plus susceptibles de s’alarmer de ses conséquences de long terme. 

 

Zeitgeist, espoir et apocalypse

 

Les données du système d’information ne commandent pas mécaniquement les décisions individuelles, elles sont interprétées à travers un système de valeurs perméable à l’esprit du temps. 

 

La guerre, par exemple, a-t-elle conduit à la dévaluation du prix de la vie humaine? En 1969, toute personne de plus de trente ans a connu l’occupation. La guerre d’Algérie qui prend fin en 1962 est plus proche encore et ses pertes militaires s’élèvent à 25 000 morts. De quoi relativiser la pandémie comme fléau absolu qui viendrait occuper la totalité de l’espace psychique et médiatique. A moins que, considéré autrement, la paix dans un contexte de croissance économique et d’accès à la consommation de masse ne soit vécue comme un paradis relatif où s’oublie la prudence.

 

Globalement, l’éthos de la société pompidolienne ne semble pas marqué de préoccupations hygiénistes et sécuritaires délirantes. Tout le monde fume, comme l’attestent les actualités ou la production cinématographique de l’époque (même en tenant compte du placement de produit alors habituel de l’industrie du tabac). Si depuis 1956 les élèves les plus jeunes sont sevrés de leur ration de vin -ou de cidre ou de bière suivant les régions- les cantines scolaires continuent de servir de l’alcool aux plus de quatorze ans jusqu’en 1981. Les accidents de la route semblent eux aussi vécus avec fatalité : au cours de la décennie 1960, l’augmentation continue de la circulation porte le nombre de victimes de 8 000 à 15 000 morts par an (contre moins de 3 500 morts aujourd’hui), les réactions institutionnelles sont plus tardives. 

 

En 1969, l’espérance de vie s’établie à 67 ans pour les hommes et 75 ans pour les femmes, contre 80 et 85 ans aujourd’hui. La hausse de l’espérance mathématique d’années de vie perdues joue certainement un rôle dans la perception d’un danger qui affecte surtout les personnes âgées. Le premier être humain qui devrait vivre 1000 ans est déjà né, parait-il, et l’on devrait mourir bêtement à 80 ans d’un virus codé sur huit kilooctets? Voilà qui est difficilement acceptable. 

 

En contraste, la société française des années soixante semble donc plus fataliste et moins inquiète ; deux états complémentaires pour toutes les philosophies eudémonistes qui invitent à se pénétrer de l’inéluctabilité de la mort comme condition du carpe diem. L’avenir est vu aussi avec plus d’optimisme, ce fatalisme n’a rien de morose. Rétrospectivement, la présidence de Pompidou fut ainsi marquée par un volontarisme et une politique de modernisation industrielle confiante en l’avenir. Alors que nous bénéficions de conditions de vies plus faciles et moins précaires, alors que l'humanité vient de vivre sa meilleure décennie, nos contemporains semblent plus portés à l’anxiété. 

 

Nourri par la fiction, films d’épouvante compris, l’imaginaire collectif s’est familiarisé à l’idée d’une crise de grande ampleur, du virus échappé du laboratoire au mal global à dimension mystique. Fictions qui trouvent des points d’intersection avec le réel à chacune des alertes successives (Sras, H1N1, Ebola) qui acclimatent la population au scénario du pire. 

 

Mais le fait nouveau est surtout la transformation du mouvement écologiste en une force politique à l’idéologie millénariste et pénitentielle, nourrie de culpabilité collective. Le nouveau credo semble avoir converti en France et en Europe les élites politiques et administratives, tous partis confondus. Depuis 1970, cinquante ans de prédictions apocalyptiques ont à l’usure fini par dessiner ces toutes dernières années un arrière-plan de fin des temps.

 

Sur le plan religieux, le confinement prend dans cette perspective la dimension d’un rite apotropaïque collectif, auquel il est important que chacun se conforme avec précision. Depuis la Rome antique ou l’Inde brahmanique, il faut prendre garde à ce que chaque détail soit opéré correctement, le malheur punissant une omission ou une erreur commise dans le culte. La danse de la pluie doit être dansée à l’unisson dans l’oblation du bon sens et la mortification collective. La gendarmerie corrige - sur dénonciation souvent -  l’acheteur de biscuits, le cycliste ou le randonneur solitaire. En 1970, neuf français sur dix sont baptisés dans le culte catholique. Après cinquante ans de déplétion des fidèles sur un marché des idéologies plus ouvert et compétitif, même le pape, qui évoque une « vengeance de la nature », en est réduit à une régression animiste pour espérer glaner quelques conversions, voire une simple attention. L’air du temps est bien à l’expiation. 

 

La prise de décision du confinement de 2020

 

Sur le plan scientifique, au terme d’une chronologie chaotique3, l’OMS qualifie le Covid-19 de pandémie le 11 mars. Elle préconise au delà de mesures prophylactiques évidentes une stratégie centrée sur les tests de la population, fréquents et à grande échelle, suivis de l’isolement des malades (« We have a simple message for all countries: test, test, test » date du 16 mars).

 

Il y a alors autant d’avis que de médecins, autant de modélisations que d’épidémiologistes. Des personnages émergent du bruit médiatique, comme le professeur Didier Raoult qui minimise la pandémie. La modélisation qui guide finalement les réponses publiques (d’après cet article de Nature traduit ici en français) est le modèle de l’Imperial College de Londres développé par une équipe de premier plan dirigée par Neil Ferguson. Ses conclusions -à défaut de son code source- sont publiées mi-mars et elles sont plus qu’inquiétantes.

 

Il s’agit d’un modèle à agents naïfs, i.e. incapables d’ajuster spontanément leurs comportements. Il est alarmiste et promet en cas d’inaction plusieurs centaines de milliers de décès au Royaume-Uni et à la France, plus de deux millions aux États-Unis. Le Covid-19, par ses conséquences d’ampleur biblique, s’apparenterait donc plus à la grippe espagnole de 1918 qu’à la grippe de Hong Kong. Ferguson s’est révélé dans ses prédictions imprécis ou très éloigné de la réalité par le passé, mais cela ne signifie pas que son modèle ne soit clairvoyant cette fois-ci. 

 

Par un saisissement soudain, au vu des images sinistres des salles de réanimation saturées de la Lombardie et des premières remontées des praticiens hospitaliers français, qui voient mourir leurs premiers patients, on change radicalement de modèle. Les décisions prises dans la crainte de la damnatio memoriae infligée en 2009 à Roselyne Bachelot4, réhabilitée depuis, sont réévaluées. La peur d’une sur-réaction coûteuse cède la place à la peur de la sous-réaction meurtrière, si ce n’est la peur de l’apocalypse sanitaire. 

 

Comme l’impréparation est totale, ni masques, ni tests, le confinement devient à l’inspiration de l’Italie et dans l’urgence la moins mauvaise des solutions. Il convient simplement d’abriter la responsabilité du gouvernement derrière l’écran d’un comité d’experts ad hoc, et de saturer le déconfinement de règles arbitraires qui prouvent sa maitrise technique. 

 

La sortie de crise

 

Le virus H3N2 de la grippe de Hong-Kong n’a pas subitement disparu, même après l’hiver 1969. Il est en fait toujours en circulation aujourd’hui, considéré comme l’une des souches de la grippe saisonnière. Logiquement, il n’y eu pas de bouleversement, pas d’annonces grandiloquentes de refondation du système mondial. La mortalité exceptionnelle, qui fut finalement perçue, décida simplement les pouvoirs publics à encourager la recherche, la veille sanitaire et la vaccination des personnes à risque. 

 

Arès la crise aucun responsable n’eu à encourir de réelles conséquences politiques ou juridiques, alors que la recherche des coupables et de leur châtiment, pas nécessairement immérité, est devenu la norme. Contrecoup pour la classe politique de son paternalisme, dont l’inflation législative est un symptôme, d’une ère nouvelle du micro-management qui ne laisse aucun domaine de la relation contractuelle ou de la vie privée indigne de l’attention du législateur ou de l’administration. A cinquante ans d’intervalle, la population française est beaucoup plus instruite et, pour ceux qui veulent s’en donner la peine, mieux informée dans une société ouverte où les possibilités d’autonomie individuelle et de choix de vie personnels n’ont jamais été aussi élevées. Dans le même temps, elle n'a jamais été autant taxée et encadrée. En cas de crise, il est normal, et peut-être nécessaire, que des consignes strictes s'appliquent à un peuple infantilisé. 

 

 

(1) Les virus grippaux de type A sont classés selon leurs protéines de surface («H» pour hémaglutinine et «N» pour neuraminidase), protéines qui jouent un rôle fonctionnel dans l’entrée dans la cellule hôte et qui sont reconnues par le système immunitaire. Comme le nouveau virus de 1968 a conservé la même protéine N2, les personnes qui avaient été exposées au virus de 1957 ont apparemment conservé une certaine protection.

 

(2) L’anthropologue James C. Scott rappelle que l’émergence de pandémies originaires de Chine n’est pas spécifique à l’époque moderne, il la date… de plusieurs millénaires. «  [La] génération de nouvelles zoonoses trans-spécifiques a prospéré au fur et a mesure que les populations humaines et animales augmentaient et que les contacts à longue distance devenaient plus fréquents. Ce processus continue aujourd’hui. Rien d’étonnant, donc, à ce que le sud-est de la Chine […], à savoir probablement la plus vaste, la plus ancienne et la plus dense concentration d’humains, de porcs, de poulets, d’oies, de canards et de marchés d’animaux sauvages du monde, soit une véritable boîte de Pétri à l’échelle mondiale propice à l’incubation de nouvelle souches de grippe aviaire et porcine. », Homo Domesticus, Yale University 2017, édition française : La découverte 2019, p. 118.

 

(3) L’OMS publie son premier bulletin sur les flambées épidémiques consacré au Covid-19 le 5 janvier dernier. Le 10 elle pense « qu’il n’y a pas de transmission interhumaine ou que celle-ci est limitée » pour se déjuger le 22. Le 30 elle publie un avis « d’urgence de santé publique internationale », le sixième en quinze ans, soit un tous les deux ans et demi.

 

(4) L’ampleur de grippe H1N1 de 2009, qui causa environ 320 morts en France en six mois, avait été mal estimée. Des syndromes inhabituellement sévères chez de jeunes adultes avaient éveillé le spectre de la grippe espagnole. Le coût des mesures prises, supérieur à 800 millions d’euros, avait été reproché ex post à Roselyne Bachelot, ministre de la santé.

 

 

 

 

Posté
5 minutes ago, Drake said:

Je suis peu intervenu sur les fils dédiés au Covid, alors je me venge en un bloc : attention 3000 mots. Beaucoup d’éléments vus ailleurs, et depuis longtemps, mais agrégés et avec des rappels et des analyses perso plus de vrais morceaux de nostalgie sixties. Et puis France Inter fait encore un podcast sur le même sujet aujourd'hui. A la rédaction de voir si cela peut intéresser les lecteurs de Contrepoints.

 

Titre à choisir (ou à modifier), du type : 

L’évolution de la société française à 50 ans d’intervalle révélée par la pandémie

ou

 

A l’épreuve de la pandémie : la société française à cinquante ans d’intervalle 

 

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Le Covid-19 a ravivé dans les médias et sur les réseaux sociaux le souvenir des trois grandes pandémies grippales du XXe siècle, la grippe dite « espagnole » de 1918-1919 (qui fit plusieurs dizaine de millions de morts), l’ « asiatique » de 1956-1958 (plusieurs millions de morts) et la grippe « de Hong Kong » entre 1968 et 1970 (plus d’un million de morts). Cette dernière affecte la France durant l’hiver 1969-1970 dans une certaine indifférence médiatique et politique. Son bilan national, de 30 000 à 40 000 morts, est pourtant du même ordre de grandeur que celui attendu de l’actuelle épidémie de coronavirus. Si la crise sanitaire actuelle n’est pas entièrement dénouée, les réactions collectives antagonistes à cinquante ans d’écart sont déjà révélatrices de deux contextes et deux sociétés différentes. 

 

 

Été 1969, en pleine Révolution culturelle, Mao Zedong, qui pour sécuriser son pouvoir a lancé des troupes fanatisées à l’assaut de l’ennemi intérieur, doit encore faire face à son meilleur ennemi extérieur, Léonid Brejnev. Alors que les deux leaders se disputent l’hégémonie du bloc communiste, les incidents de frontières se multiplient. Le paroxysme de la crise est atteint au mois d'août le long de la frontière sino-soviétique du Xinjiang. Des combats font plusieurs dizaines de milliers de victimes et la tension s'accroit au point que l’Union soviétique envisage une frappe préventive de l’arsenal nucléaire de la république populaire de Chine.

 

En Occident, le contexte est plus apaisé.

 

Aux États-Unis, le président Richard Milhous Nixon, entré en fonction en début d’année, entame une politique de retrait progressif des troupes du Vietnam. Le 20 juillet à 23 h 45, alors qu’il suit depuis la Maison-Blanche la retransmission télévisée du premier atterrissage sur la Lune, il s’entretient en direct avec les astronautes de la mission Apollo 11. 

 

Le massacre début août à Los Angeles de Sharon Tate et d’autres innocents par des membres de la « Famille », la secte de Charles Manson, déclenche une stupeur médiatique internationale. Une fracture dans un été plutôt « peace and love » ; quelques jours après le drame a lieu dans l’état de New York le festival de Woodstock, apothéose du mouvement hippie, marqué par les performances de Jimi Hendrix ou de Carlos Santana et le rassemblement de plus de 400 000 spectateurs. Une semaine plus tard en Angleterre, Bob Dylan et les Who - entre autres - se produisent au festival de l'île de Wight où ils réunissent près de 150 000 spectateurs. 

 

Ce même été en France, Georges Pompidou tourne la page de la geste gaullienne. Lui aussi nouvellement élu, il inaugure son mandat de manière moins éclatante que le président américain. Pas vraiment un événement destiné à marquer l’Histoire, mais une simple dévaluation du franc de 12%, conséquence logique des accords de Grenelle négociés un an auparavant. La mesure est mise en œuvre par Valéry Giscard d’Estaing de retour au ministère des finances.

 

Si les français ne méconnaissent pas la vague folk, rock, soul et blues, le hit parade des vacances reste dominé par des gloires plutôt nationales, Johnny Hallyday, Georges Moustaki et Mireille Mathieu. A la rentrée, en septembre, les lecteurs de Franquin peuvent trouver en librairie le septième album de Gaston Lagaffe, « Un gaffeur sachant gaffer », d’abord publié en épisodes dans Le Journal de Spirou. Les cinémas jouent « La Horde sauvage » de Sam Peckinpah et « Que la bête meure » de Claude Chabrol.

 

Le monde en proie à la pandémie

 

Concerts, festivals, vie sociale et professionnelle ne semblent pas affectés de préoccupations sanitaires particulières. Rétrospectivement, peu semblent se soucier de la pandémie de grippe en cours, ni s’en souvenir aujourd’hui, alors qu’il sera difficile aux historiens d’ignorer la propagation du coronavirus comme l’événement majeur de l’année 2020, phagocytant l’énergie et l’attention du monde entier. Le seul épisode du confinement a touché cette année un nombre de personnes (plus de quatre milliards) supérieur à la population mondiale de l’époque. 

 

Causée par une souche H3N2 du virus de la grippe A, descendant probable du H2N2 qui a provoqué la pandémie de 19571, la maladie est apparue en Chine2 en 1968. Mais elle y passe inaperçu dans le chaos qui y règne. Elle doit atteindre Hong Kong, alors colonie britannique, pour être remarquée en contaminant rapidement près de 500 000 personnes, soit près d'un habitant sur six (d’après ce bulletin de l’OMS paru en 1969).

 

Le virus s’attaque au système respiratoire. L’infection pulmonaire s’accompagne de frissons, de fièvre, de douleurs et de faiblesse musculaires. Ces symptômes disparaissent en quelques jours mais les cas les plus aigus sont mortels. Comme pour toute contamination virale, la qualité de la réponse immunitaire est déterminée par l’âge, le passé infectieux, le patrimoine génétique et l’état de santé préalable du malade. Alors que la maladie reste diffuse et ne touche qu'un nombre restreint de personnes au Japon, elle est répandue et mortelle aux États-Unis où elle tue plus de 50 000 personnes en l'espace de trois mois durant l’hiver 1968-1969 (sur un total de 100 000 morts environ au niveau national d’après le CDC).

 

Elle semble disparaitre avec l’été mémorable que nous venons d’évoquer. En octobre, le consensus scientifique émis lors de la conférence internationale sur la grippe de Hong Kong réunit par l’OMS à Atlanta conclut à la fin de la pandémie. Le virus resurgit pourtant au cours du nouvel hiver avec une grande virulence, mais en Europe cette fois ci. 

 

Un système sanitaire saturé dans une France insouciante 

 

En 2005, la journaliste Corinne Bensimon, dans un article de Libération intitulé « 1968, la planète grippée » évoque les conséquences de la grippe de Hong Kong qui se développe donc en France aux mois de décembre 1969 et janvier 1970. Elle interroge des témoins de l’époque. Le professeur Dellamonica était âgé d'une vingtaine d’années lorsqu’il travaillait comme externe dans un service de réanimation de l'hôpital Edouard-Herriot à Lyon ; il se souvient :

 

« On n'avait pas le temps de sortir les morts. On les entassait dans une salle au fond du service de réanimation. Et on les évacuait quand on pouvait, dans la journée, le soir. » 

 

« Les gens arrivaient en brancard, dans un état catastrophique. Ils mouraient d'hémorragie pulmonaire, les lèvres cyanosées, tout gris. Il y en avait de tous les âges, 20, 30, 40 ans et plus. Ça a duré dix à quinze jours, et puis ça s'est calmé. Et étrangement, on a oublié. »

 

Laconiquement, la presse rapporte bien des désorganisations importantes des services publics, des transports et des écoles dus à l’exceptionnelle morbidité, mais sur le ton badin du « marronnier » (le terme est employé par France Soir). 

 

Il faut lire le Monde comme on lit la Pravda, entre les lignes, pour comprendre l’ampleur et la gravité de la situation. La nouvelle de l’alitement du chancelier Willy Brandt révèle que l’Allemagne est touchée. Un billet du 31 décembre, toujours relevé par Corinne Bensimon, s’amuse des conséquences de la grippe en Angleterre : célébrités hospitalisées (l’hôpital devient « le dernier salon ou l’on cause »), queues devant les pharmacies pour les livraisons d’aspirine, pannes d'électricité faute de techniciens ou lignes de métro interrompues faute de conducteurs.

 

Comment comprendre le peu de réaction d’alors comparé à la crise actuelle?

 

Personne n’enquête vraiment dans les hôpitaux, n’agrège les données et ne donne l’alerte. Un reportage de l'Ortf du 10 décembre 1969 annonce qu’ « un français sur quatre à la grippe » et conclut, après l’énumération des symptômes bénins: « somme toute, après trois jours de grogs, d’aspirine et d’édredon bien chaud cela n’est pas si désagréable! ». Une telle communication n’incite pas à des mesures prophylactiques drastiques et la sous-information, du public et sans doute du pouvoir, fut certainement la première cause de l’apathie apparente qui accueillit la pandémie.

 

S’il est devenu banal d’accuser twitter, par exemple, de complotisme ou de diffusion de fake news, le temps de l’Ortf nous rappelle que le partage d’expériences ou d’informations en réseau, en direct et sans (trop de) filtres, est bien supérieure à une diffusion centralisée de type top-down, particulièrement quand le sommet est lui même dans le brouillard.

 

Plus largement en termes de solutions et de capacités nouvelles, la technologie et la richesse accumulées en un demi-siècle (le PIB par habitant triple en volume) ont rendu possible l’inimaginable, comme advenu l’âge d’or de « l’an 2000 » rêvé dans les années soixante, certes avec deux décennies de retard. Vente en ligne, ravitaillement au drive, échange de données informatisées ou télétravail, autant d’éléments de résilience économique qui ont permis un fonctionnement social en mode dégradé plus que viable. Si la France embourgeoisée et tertiarisée redécouvre périodiquement le rôle central du monde ouvrier dans le système de production, sa disparition de moitié (de 40% à 20 % de la population active) s’avère source d’adaptabilité ; tel bureau d’études réalise qu’une ingénieur peut continuer à se connecter pour créer des maillages en éléments finis depuis son salon, alors que l’on est pas fraiseur ou chaudronnier à distance. 

 

La salarisation (associée au chômage partiel étendu) et la fonctionnarisation du monde du travail ont aussi aidé à l’acceptation sociale des mesures d’exception. Les indépendants, aujourd’hui réduits à moins de 10% de la population active, qui observent l’érosion de leur trésorerie depuis le début du confinement, étant plus susceptibles de s’alarmer de ses conséquences de long terme. 

 

Zeitgeist, espoir et apocalypse

 

Les données du système d’information ne commandent pas mécaniquement les décisions individuelles, elles sont interprétées à travers un système de valeurs perméable à l’esprit du temps. 

 

La guerre, par exemple, a-t-elle conduit à la dévaluation du prix de la vie humaine? En 1969, toute personne de plus de trente ans a connu l’occupation. La guerre d’Algérie qui prend fin en 1962 est plus proche encore et ses pertes militaires s’élèvent à 25 000 morts. De quoi relativiser la pandémie comme fléau absolu qui viendrait occuper la totalité de l’espace psychique et médiatique. A moins que, considéré autrement, la paix dans un contexte de croissance économique et d’accès à la consommation de masse ne soit vécue comme un paradis relatif où s’oublie la prudence.

 

Globalement, l’éthos de la société pompidolienne ne semble pas marqué de préoccupations hygiénistes et sécuritaires délirantes. Tout le monde fume, comme l’attestent les actualités ou la production cinématographique de l’époque (même en tenant compte du placement de produit alors habituel de l’industrie du tabac). Si depuis 1956 les élèves les plus jeunes sont sevrés de leur ration de vin -ou de cidre ou de bière suivant les régions- les cantines scolaires continuent de servir de l’alcool aux plus de quatorze ans jusqu’en 1981. Les accidents de la route semblent eux aussi vécus avec fatalité : au cours de la décennie 1960, l’augmentation continue de la circulation porte le nombre de victimes de 8 000 à 15 000 morts par an (contre moins de 3 500 morts aujourd’hui), les réactions institutionnelles sont plus tardives. 

 

En 1969, l’espérance de vie s’établie à 67 ans pour les hommes et 75 ans pour les femmes, contre 80 et 85 ans aujourd’hui. La hausse de l’espérance mathématique d’années de vie perdues joue certainement un rôle dans la perception d’un danger qui affecte surtout les personnes âgées. Le premier être humain qui devrait vivre 1000 ans est déjà né, parait-il, et l’on devrait mourir bêtement à 80 ans d’un virus codé sur huit kilooctets? Voilà qui est difficilement acceptable. 

 

En contraste, la société française des années soixante semble donc plus fataliste et moins inquiète ; deux états complémentaires pour toutes les philosophies eudémonistes qui invitent à se pénétrer de l’inéluctabilité de la mort comme condition du carpe diem. L’avenir est vu aussi avec plus d’optimisme, ce fatalisme n’a rien de morose. Rétrospectivement, la présidence de Pompidou fut ainsi marquée par un volontarisme et une politique de modernisation industrielle confiante en l’avenir. Alors que nous bénéficions de conditions de vies plus faciles et moins précaires, alors que l'humanité vient de vivre sa meilleure décennie, nos contemporains semblent plus portés à l’anxiété. 

 

Nourri par la fiction, films d’épouvante compris, l’imaginaire collectif s’est familiarisé à l’idée d’une crise de grande ampleur, du virus échappé du laboratoire au mal global à dimension mystique. Fictions qui trouvent des points d’intersection avec le réel à chacune des alertes successives (Sras, H1N1, Ebola) qui acclimatent la population au scénario du pire. 

 

Mais le fait nouveau est surtout la transformation du mouvement écologiste en une force politique à l’idéologie millénariste et pénitentielle, nourrie de culpabilité collective. Le nouveau credo semble avoir converti en France et en Europe les élites politiques et administratives, tous partis confondus. Depuis 1970, cinquante ans de prédictions apocalyptiques ont à l’usure fini par dessiner ces toutes dernières années un arrière-plan de fin des temps.

 

Sur le plan religieux, le confinement prend dans cette perspective la dimension d’un rite apotropaïque collectif, auquel il est important que chacun se conforme avec précision. Depuis la Rome antique ou l’Inde brahmanique, il faut prendre garde à ce que chaque détail soit opéré correctement, le malheur punissant une omission ou une erreur commise dans le culte. La danse de la pluie doit être dansée à l’unisson dans l’oblation du bon sens et la mortification collective. La gendarmerie corrige - sur dénonciation souvent -  l’acheteur de biscuits, le cycliste ou le randonneur solitaire. En 1970, neuf français sur dix sont baptisés dans le culte catholique. Après cinquante ans de déplétion des fidèles sur un marché des idéologies plus ouvert et compétitif, même le pape, qui évoque une « vengeance de la nature », en est réduit à une régression animiste pour espérer glaner quelques conversions, voire une simple attention. L’air du temps est bien à l’expiation. 

 

La prise de décision du confinement de 2020

 

Sur le plan scientifique, au terme d’une chronologie chaotique3, l’OMS qualifie le Covid-19 de pandémie le 11 mars. Elle préconise au delà de mesures prophylactiques évidentes une stratégie centrée sur les tests de la population, fréquents et à grande échelle, suivis de l’isolement des malades (« We have a simple message for all countries: test, test, test » date du 16 mars).

 

Il y a alors autant d’avis que de médecins, autant de modélisations que d’épidémiologistes. Des personnages émergent du bruit médiatique, comme le professeur Didier Raoult qui minimise la pandémie. La modélisation qui guide finalement les réponses publiques (d’après cet article de Nature traduit ici en français) est le modèle de l’Imperial College de Londres développé par une équipe de premier plan dirigée par Neil Ferguson. Ses conclusions -à défaut de son code source- sont publiées mi-mars et elles sont plus qu’inquiétantes.

 

Il s’agit d’un modèle à agents naïfs, i.e. incapables d’ajuster spontanément leurs comportements. Il est alarmiste et promet en cas d’inaction plusieurs centaines de milliers de décès au Royaume-Uni et à la France, plus de deux millions aux États-Unis. Le Covid-19, par ses conséquences d’ampleur biblique, s’apparenterait donc plus à la grippe espagnole de 1918 qu’à la grippe de Hong Kong. Ferguson s’est révélé dans ses prédictions imprécis ou très éloigné de la réalité par le passé, mais cela ne signifie pas que son modèle ne soit clairvoyant cette fois-ci. 

 

Par un saisissement soudain, au vu des images sinistres des salles de réanimation saturées de la Lombardie et des premières remontées des praticiens hospitaliers français, qui voient mourir leurs premiers patients, on change radicalement de modèle. Les décisions prises dans la crainte de la damnatio memoriae infligée en 2009 à Roselyne Bachelot4, réhabilitée depuis, sont réévaluées. La peur d’une sur-réaction coûteuse cède la place à la peur de la sous-réaction meurtrière, si ce n’est la peur de l’apocalypse sanitaire. 

 

Comme l’impréparation est totale, ni masques, ni tests, le confinement devient à l’inspiration de l’Italie et dans l’urgence la moins mauvaise des solutions. Il convient simplement d’abriter la responsabilité du gouvernement derrière l’écran d’un comité d’experts ad hoc, et de saturer le déconfinement de règles arbitraires qui prouvent sa maitrise technique. 

 

La sortie de crise

 

Le virus H3N2 de la grippe de Hong-Kong n’a pas subitement disparu, même après l’hiver 1969. Il est en fait toujours en circulation aujourd’hui, considéré comme l’une des souches de la grippe saisonnière. Logiquement, il n’y eu pas de bouleversement, pas d’annonces grandiloquentes de refondation du système mondial. La mortalité exceptionnelle, qui fut finalement perçue, décida simplement les pouvoirs publics à encourager la recherche, la veille sanitaire et la vaccination des personnes à risque. 

 

Arès la crise aucun responsable n’eu à encourir de réelles conséquences politiques ou juridiques, alors que la recherche des coupables et de leur châtiment, pas nécessairement immérité, est devenu la norme. Contrecoup pour la classe politique de son paternalisme, dont l’inflation législative est un symptôme, d’une ère nouvelle du micro-management qui ne laisse aucun domaine de la relation contractuelle ou de la vie privée indigne de l’attention du législateur ou de l’administration. A cinquante ans d’intervalle, la population française est beaucoup plus instruite et, pour ceux qui veulent s’en donner la peine, mieux informée dans une société ouverte où les possibilités d’autonomie individuelle et de choix de vie personnels n’ont jamais été aussi élevées. Dans le même temps, elle n'a jamais été autant taxée et encadrée. En cas de crise, il est normal, et peut-être nécessaire, que des consignes strictes s'appliquent à un peuple infantilisé. 

 

 

(1) Les virus grippaux de type A sont classés selon leurs protéines de surface («H» pour hémaglutinine et «N» pour neuraminidase), protéines qui jouent un rôle fonctionnel dans l’entrée dans la cellule hôte et qui sont reconnues par le système immunitaire. Comme le nouveau virus de 1968 a conservé la même protéine N2, les personnes qui avaient été exposées au virus de 1957 ont apparemment conservé une certaine protection.

 

(2) L’anthropologue James C. Scott rappelle que l’émergence de pandémies originaires de Chine n’est pas spécifique à l’époque moderne, il la date… de plusieurs millénaires. «  [La] génération de nouvelles zoonoses trans-spécifiques a prospéré au fur et a mesure que les populations humaines et animales augmentaient et que les contacts à longue distance devenaient plus fréquents. Ce processus continue aujourd’hui. Rien d’étonnant, donc, à ce que le sud-est de la Chine […], à savoir probablement la plus vaste, la plus ancienne et la plus dense concentration d’humains, de porcs, de poulets, d’oies, de canards et de marchés d’animaux sauvages du monde, soit une véritable boîte de Pétri à l’échelle mondiale propice à l’incubation de nouvelle souches de grippe aviaire et porcine. », Homo Domesticus, Yale University 2017, édition française : La découverte 2019, p. 118.

 

(3) L’OMS publie son premier bulletin sur les flambées épidémiques consacré au Covid-19 le 5 janvier dernier. Le 10 elle pense « qu’il n’y a pas de transmission interhumaine ou que celle-ci est limitée » pour se déjuger le 22. Le 30 elle publie un avis « d’urgence de santé publique internationale », le sixième en quinze ans, soit un tous les deux ans et demi.

 

(4) L’ampleur de grippe H1N1 de 2009, qui causa environ 320 morts en France en six mois, avait été mal estimée. Des syndromes inhabituellement sévères chez de jeunes adultes avaient éveillé le spectre de la grippe espagnole. Le coût des mesures prises, supérieur à 800 millions d’euros, avait été reproché ex post à Roselyne Bachelot, ministre de la santé.

 

 

 

 

Hello Drake ! Envoie ça sur le mail de la rédac ;)

Posté
il y a 23 minutes, F. mas a dit :

Hello Drake ! Envoie ça sur le mail de la rédac ;)

Merci, oui c'est fait.

  • 1 month later...
Posté
1 hour ago, Vilfredo Pareto said:

 

Sur les fameux "biais racistes inconscients" dans la conclusion (où on constate aussi à quel point l'histoire se répète) :

 

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