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Anton_K

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Everything posted by Anton_K

  1. Le sujet m'intéresse, donc je prends le temps de rédiger un long post. D'abord question de la simplification du Français n'est pas qu'un enjeu démagogique et de gentillesse sociale, ni un plan d'abrutissement des masses, il y a un peu de géopolitique là dessous. La langue c'est l'influence. Le Français n'est parlé que dans les cercles où il a toujours été parlé : universitaires du domaine des Lettres (Oxford est LE bastion international de la francophonie universitaire), diplomatiques, mondains. Evidemment la fin des aristocraties européennes a éloigné le Français est affaires économiques et financières. Jusqu'ici, l'Etat a eu un moyen totalement inefficace voire néfaste de maintenir la francophonie : subventionner le maintient de la francophonie dans les sphères de pouvoir des pays sur lesquels elle a une influence, notamment en ex-indochine mais surtout en Afrique. Or dans les deux cas c'est perçu par l'opinion comme une réminiscence coloniale. Donc clairement toute politique volontariste de ce point de vue est à mon avis vouée à l'échec, d'autant que je ne vois pas la légitimité de l'Etat à se mêler de pratiques linguistiques. Les anglais n'ont d'ailleurs pas gagné leur suprématie linguistique par des mesures conscientes en la matière. Pour être influente, une langue doit être à la mode, et pour devenir à la mode dans un contexte non-aristocratique, il faut qu'elle soit impliquée dans des pratiques en développement, et pour cela, il faut qu'elle soit flexible et surtout facile. Or la langue française est au contraire complexe et contrôlée par un conseil qui publie ses mesures dans le journal officiel, c'est dire. Evidemment il n'y a pas de loi, mais un certain conservatisme. Ensuite la difficulté de la langue influe sur le transfert des cerveaux. Pour en venir plus précisément à notre sujet sur la simplification, la question c'est : peut-on justifier le conservatisme linguistique ? Traditionnellement on a tendance à considérer, sur un modèle déclinologique, que la complexité de la langue est proportionnelle à sa capacité signifiante. On juge de cette capacité en considérant la déclinaison et la conjugaison, donc la langue n'a pas une vocation pratique de communication mais une vocation d'adéquation aux lois du réel. On dit qu'une langue simple est une langue moins logique et donc moins parfaite, avec en arrière plan le projet de grammaire générale des Lumières et le mythe du langage idéal avec le Latin comme dernier modèle. L'idée était qu'une langue riche en cas et en conjugaison avait une approche plus adéquate du réel car ses catégories grammaticales étaient plus précises, on comprenait les cas comme des catégories logiques. G. Frege a montré de façon assez convaincante que la logique de la grammaire n'était pas une logique objective et qu'on ne pouvait pas distinguer au sein de l'évolution d'une règle de grammaire, entre la part de rigueur logique et la part "communicationnelle" de l'usage. Autrement dit il n'y a pas de raison de penser que les règles de grammaire aient un impact sur l'intelligibilité des relations logiques, et pas de raisons de penser que ce soit la recherche de la vérité qui dirige son évolution plutôt que les règles de l'usage et de la communication. Si d'autre part on accepte un postulat darwinien de continuité, difficile de ne pas donner la priorité à l'usage, ou en tout cas impossible de donner à la langue une destination naturelle. Quoi qu'il en soit, logique et grammaire sont deux choses bien distinctes aux règles bien distinctes, et aucune étude scientifique de la langue ne peut poser la question d'un "langage parfait", car on ne peut dire si son critère est logique (c'est la position de Saussure). Partant de là, peut-on défendre le conservatisme linguistique ? On peut le défendre pour des raisons esthétiques, mais enfin dans ce cas ce n'est l'affaire d'aucune autorité, surtout pas de l'Etat. Autrement dit quand on comprend le sens d'une expression (qu'on comprend ce à quoi elle fait référence) mais qu'on s'offusque d'une faute d'orthographe, rien de moral ou de scientifique là dedans, c'est purement une question de goût. (Le seul cas où il y a une impératif scientifique de la construction linguistique, c'est pour la recherche logique même, ce qui justifie la création de langues formelles, mais ce n'est pas notre objet). D'autre part, il faut se défaire de l'idée que l'instruction doive avoir un pouvoir normatif sur l'usage de la langue en général. Au maximum, une professeur de physique a une autorité normative sur le "bien dire physiquement", autorité issue de conventions propres à sa discipline, de façon a assurer la communicabilité des savoirs. Autrement dit la langue est affaire de conventions de goûts ou de communicabilité, mais ce n'est pas une affaire politique, ça ne l'est que par l'erreur qui consiste à confier l'instruction au pouvoirs publics, accidentellement donc. Il n'y a aucune raison d'assurer des conventions linguistiques hors de domaines de pratique précis. Evidemment si vous ne savez parlez dans dix ans qu'un français simplifié par l'éducation publique, vous serez peut-être tout à fait apte à faire des études universitaires. En revanche si vous essayez d'entrer en relation avec d'autres personnes, dans un domaine dans lequel ces personnes ont conventionnellement choisi de conserver un français plus classique (c'est à dire de parler une autre langue si l'on veut), non pas par soucis d'efficacité mais en vertu d'autres valeurs, eh bien vous vous ferez rejeter sur le motif des "manières" et de l'absence de "savoir faire linguistique", et ce sera légitime. D'où l'intérêt de rester instruit en langues, mais c'est un savoir faire, une technique à apprendre, exclusivement tributaire des conventions au sein desquelles on veut agir, et ces conventions peuvent être régies par l'utilité ou par un standard esthétique plus "élevé". Il n'y a pas donc obligation, mais stratégie pratique. Si on veut être constructiviste, on peut imaginer une politique linguistique au service de l'influence française à l'étranger (ce qu'encore une fois ni l'Angleterre ni les USA n'ont fait). Si on refuse de l'être, et je pense que c'est pour beaucoup notre cas, alors l'Etat n'a rien à faire dans le domaine de ces pratiques.
  2. Seuls les Sith sont si absolus. Petit rappel sur les lois emblématiques. (edit : bon tout est dans le lien librairal en fait) On ne peut ignorer le populicide vendéen, mais il faut admettre que la révolution a ouvert une période de liberté juridique et de prospérité inédite dans la France rurale et qui a duré presque un siècle. Or la France rurale en 1890 c'est encore plus de 75% des Français, que l'état continuera à chérir de manière assez libérale jusqu'en 14. J'y pense, si vous ne l'avez jamais vu, je vous conseille le documentaire d'Orson Welles sur le pays Basque.
  3. Tu rigoles mais ce sociologue qu'ils avaient invité s'appelle François Dubet, et c'est un type qui est défavorable à la notation et au classement des élèves avant 16 ans et qui est favorable au droit au diplôme pour n'importe quel élève inscrit dans une filière. D'autre part en effet ces socialistes sont très mal à l'aise avec l'idée qu'il existe aussi une éducation privée. Soit ils l'ignorent (ce qui leur évite de comprendre que si leurs réformes passaient l'école publique se viderait, d'autant que le phénomène a déjà commencé), soit ils inventent en effet des mécanismes tordus pour freiner la compétitivité du privé, en faisant "raquer les riches", (je vous assure que c'était pourtant pas une réunion du front de gauche) ou en imposant des quotas selon la CSP des parents, etc… Bref déprivatiser le privé, comme s'il allait gentiment se laisser faire.
  4. Un ami gaullien m'a invité à un débat sur l'avenir de l'éducation, et j'ai été un peu trompé sur la marchandise, il s'agissait en fait d'un colloque constructiviste d'ingénierie sociale organisé par le MJS sur le thème : comment créer l'égalité par l'éducation. Mais bon, je suis resté. Au final, l'intervention d'un sociologue au constat plutôt lucide et réaliste quand à la débâcle du système éducationneux français, au delà même des pignoufferies égalitaristes, notamment dans la comparaison avec l'étranger, fut plutôt édifiante. J'ai par exemple appris que les grandes fac américaines privées sont statistiquement "socialement plus accessibles", bien que payantes, que les grandes écoles françaises gratuites et publiques. Pour le reste du débat c'était facepalm jusqu'à la fin. J'ai compris plusieurs choses : - l'égalité consiste à vouloir que tout le monde accède à science po et à cette "élite" des humanités absolument fantasmée. - Les socialistes conçoivent l'éducation comme un système fermé à somme nulle, où ceux qui réussissent sont les assassins de ceux qui échouent. - En entendant le chef de file des MJS proposer de supprimer les grandes écoles, en l'entendant vomir les méchantes élites qui se reproduisent qu'entre elles, et au fur et à mesure qu'il nous faisait comprendre que lui aussi sortait d'une grande école mais n'avait qu'un job pourri payé le SMIC, je me suis rendu compte que j'étais en présence d'une pure création de la méritocratie française qui, frustrée de ne pouvoir intégrer, à cause de son irréductible classe-moyennité les fameuses élites qu'on lui avait fait miroiter toute sa jeunesse, se retournait contre son bienfaiteur avec amertume, dans un nihilisme étatique plus délétère encore que l'étatisme qui se contentait de conserver dans son fonctionnement une touche aristocratique. Bref tout cela est bien triste.
  5. Le texte de loi (http://www.senat.fr/leg/ppl09-682.html) est extrêmement vague sur les données à fournir, en fonction de quel genre de service… Il faut suivre l'affaire de près.
  6. Oui, je veux parler des données de la seconde puce, dont on dit bien qu'elle contiendra les données nécessaire à "l'identification sur les réseaux sociaux", c'est à dire les mots de passe (et donc permettra l'accès aux messageries privées qui en dépendent, je ne pense pas trop extrapoler en disant cela) et certainement des coordonnées bancaires, puisqu'il est question de transactions. Obligatoire pour se connecter aux sites administratifs, ça veut dire que cette histoire de fonctionnalité "optionnelle" c'est tout simplement un mensonge, puisque les inscriptions sur les listes électorales par exemple se font depuis cette année sur des sites gouvernementaux.
  7. Un autre risque n'est-il pas que pour bénéficier de prestations de service public on doive prendre l'option évoquée en article III, et qu'on doive donc renoncer à ces services (tout étant forcé à continuer de la payer) si on refuse d'utiliser la synchronisation fichier biométrique-réseaux sociaux-coordonnées bancaires (puisqu'il est question de "faciliter les transactions"), c'est à dire si on se refuse à filer ses codes et mots de passe à l'état ? Ou j'interprète mal le texte ? Des réjouissances en perspective.
  8. Navré que tu le prennes comme ça, mon but n'est pas de donner des leçons mais rigoureusement l'inverse, de montrer que tous les jugements en termes ethnique ou raciaux, jugements sur quelqu'un selon ses caractéristiques, qui déterminent bien l'action individuelle, ne sont pas racistes, et donc ne suscitent aucune leçon. Autrement dit il y a différentes manières de ne pas aimer "les noirs", "les belges", "les juifs" (je mélange les critères à dessein) ou que sais-je, et toutes ne sont pas des racismes. Peut-être que c'était déjà une évidence pour toi, tant mieux. Quand tu dis "juger quelqu'un", le problème c'est que ça ne désigne aucun type de jugement précis, d'où mon intention de différencier des types de jugement, comme quoi c'était peut-être pas tant que ça de l'enfoncement de porte ouverte.
  9. Pourtant j'ai acquis de façon très honnête tout ce dont j'ai besoin pour l'écouter et qui n'était pas contenu dans ce que j'ai piraté (puisque ce que j'ai piraté n'est qu'un programme). C'est ce que j'appelle la fonction de performance, remplie en l'occurrence par un baladeur ou un ordinateur. Ce sont un peu des orchestres personnels universels si l'on veut. Je ne suis pas sûr de comprendre ce que tu veux dire par "protégée dans sa forme précise". ça voudrait dire que pour toi un poème ne serait protégé par un droit d'auteur que sous la forme imprimée par l'éditeur ? Je ne peux pas vraiment te répondre parce que je n'ai pas envie d'anticiper sur ce que tu comprends par là, il faudrait que tu développes. Or on ne peut pas concevoir l'idée "possédée" (ou incarnée si tu veux) par la machine comme un acte mental saisi par une conscience, pourtant elle performe la partition stockée sur son support physique, ou la lecture si c'est une machine à lire. Ensuite il faut distinguer incarnation au sens du support, et performance. Le support : CD, feuille, disque dur, cerveau. La performance : Lecture mentale dans la conscience, Lecture à voix haute, jeu de musiciens, lecture du morceau par l'ordinateur, etc. Et bien vu ma définition de ce qui peut être une marchandise possédée, vendue ou volée, j'en fais une analyse qui consiste simplement à différencier information et support. Idée, au sens de concept, et oeuvre au sens de discours sont dans tous les cas des informations, au sens où je les différencie du support. Si pour toi oeuvre = idée incarnée, alors c'est la pertinence même de l'idée d'oeuvre comme un type de marchandise que je conteste, pour moi on ne peut vendre que des supports. J'ai l'impression que la différence est nécessaire parce qu'à l'évidence l'idée est indépendante du support, elle peut être fixée sur plusieurs supports différents, c'est pourtant la même idée (qu'elle soit écrite sur une tablette de cire, sur un CD Rom, sur un DVD, que sais-je encore). Or les idées ne peuvent être vendues parce que leur re-copie n'engage pas d'effort, cf supra. Quelle distinction tu ferais, toi, entre oeuvre et idée?
  10. La musique que tu télécharges n'est pas du son, le film que tu télécharges n'est pas de l'image, c'est une information au même titre qu'une idée, destinée à être performée par l'ordinateur ou le baladeur. Une idée ou une information n'est pas nécessairement un objet saisi dans un acte mental, c'est avant tout un programme. C'était la même chose pour le CD, sauf qu'avec le système de CD, l'information était fixée sur le support et voyageait par le support. Maintenant l'information est fixée sur un disque dur et voyage par les réseaux de communication. Quand tu volais un CD, tu volais un support, aujourd'hui le support tu ne le voles pas, tu l'achètes : le disque dur de l'ordinateur ou du baladeur, et la connexion au réseau. Le son et l'image sont le produit de la performance, que ce soit celle du groupe pour le concert duquel tu payes ta place, ou celle de ta carte son achetée avec ton ordinateur.
  11. Tout à fait d'accord. C'est ce que j'avais essayé de montrer dans un article à ce sujet en définissant ce qu'on peut dire "propriété" en fonction du préjudice causé par le vol. Le préjudice du vol consistant en l'effort que le propriétaire doit développer pour reproduire l'objet qu'on lui a volé, on ne peut pas dire que ce qui ne peut être volé puisse être possédé. Or quand on réutilise une idée ou qu'on copie une information numérique, on ne la vole pas à son auteur, il n'a pas besoin de la reproduire, il n'y a donc aucun préjudice. Si ça vous intéresse : http://anzorn.tumblr.com
  12. Le droit d'être un con est effectivement un droit naturel inaliénable. Pas si simple. Tu peux être dit "con" si le fait d'exprimer de la sympathie ou de l'antipathie pour un groupe ou type quelconque de personnes porte en quelque manière sur leur dignité ou autre aspect du rapport moral. Mais dans énormément d'autres rapports affectifs, sentimentaux, de goût, de plaisir, relations qui sont privées et concernent ton droit à entrer en relation avec qui tu veux, énormément de critères qui définissent une personne comme appartenant à un groupe peuvent entrer en jeu. Et si on te demande tes raisons sur un tel choix de relations (pas forcément tes justifications, mais simplement si tu es amené à en parler de ces affects), tu n'es pas un con si tu évoques un critère relatif à l'appartenance à un groupe. Exemple typique de ce dont je parle pour que ça soit tout de suite plus concret : le critère racial de l'attirance sexuelle. J'imagine aisément que cela peut être étendu à n'importe quel groupe ou type humain, distingué par le phénotype ou les traits culturels, qu'on parle de sexe ou d'autres formes de rapports.
  13. Quant à savoir si le droit naturel est une morale, et donc que la constitution est une forme de droit moral ou de morale publique même "négative ou minimale", ou si c'est un substitut au droit des lois pour une société rigoureusement minarchiste, on pourrait en discuter dans un sujet dédié, je pense que c'est un problème crucial pour le libéralisme (surtout dans le contexte américain), mais bien dense et hors sujet ici. Un article sur les positions des candidats sur la question des droits d'auteurs et du commerce de la musique. http://www.ingenieurduson.com/actu/598/Candidats-a-la-Presidentielle-2012-ce-qu-ils-pensent-d-HADOPI Outre la confirmation du fait qu'Hollande est un démagogue sans convictions, je remarque que Bayrou fait le meilleur constat, et il est le seul à faire porter son analyse sur la situation réelle de la musique dans son marché. La licence globale n'est pas une idée stupide dans le cas où on ne parvient pas à faire abandonner l'idée de propriété intellectuelle, puisque la seule dimension de support dans le marché de la musique c'est la liaison à internet.
  14. La loi n'est pas la morale. La loi est objective et publique, donc politique et elle vise l'ordre ou la paix sociale. La morale est individuelle, privée, et vise le Bien. Même si la morale est raisonnable (et qu'on peut donc convaincre moralement), il n'empêche que les choix moraux ne rendent pas de compte au droit, mais à une valeur privée suprême. Donc si faire le Bien c'est outre-passer la loi, alors outre-passons la, mais il faut s'attendre à une confrontation avec l'exécutif. Maintenant, toute la juridiction n'est pas faite de lois, notamment si un Etat se dote d'une constitution fondée sur le droit naturel. Dans ce cas là l'exigence de constitutionnalité suppose qu'assurer l'ordre n'entrera pas en contradiction avec le droit naturel. Donc l'exigence de constitutionnalité c'est précisément ce que tu dis, Tea-party France, ça consiste à ajuster la juridiction des lois à celle du droit naturel. En effet en général la recherche de l'ordre précède le critère de constitutionnalité, qui est discuté en dernier lieu, soit parce qu'historiquement la loi est préexistante, soit parce que la législation est, par une défaillance de la démocratie, le fruit d'une volonté dont les intérêts peuvent entrer en contradiction avec la constitution, cf le Patriot Act, ACTA, etc.
  15. Nous avons la solution au faux conflit Mélenchon-Le Pen. Nous te la donnerons si tu désavoues ton dieu.
  16. Là tu me touches au coeur. Oui, moi aussi… De Cornouaille.
  17. Quand il s'agit de savoir quel type de discours peut considérer l'Homme comme rationnel, on touche au coeur du problème de l'anthropologie comme fondement de la théorie politique. Si cette théorie politique se veut réaliste ou empirique, son anthropologie doit être une science objective. Chez les auteurs modernes, ce qui est déterminant pour la conception de la rationalité des agents c'est de savoir si la raison s'observe "objectivement" ou si c'est une interprétation a posteriori, et pour le contrat c'est crucial puisque ces auteurs entendent tous fonder leur théorie politique sur une anthropologie. Chez Hobbes, pas besoin de définir l'Homme comme raisonnable pour penser le contrat, donc tu peux déjà commencer par le Léviathan pour te défaire de l'optimisme rousseauiste. Son analyse est mécaniste, donc il n'observe rien comme "de la raison" qui dicte aux Hommes un intérêt à suivre, seulement des passions et des efforts de survie qui passent pas la recherche de choses très diverses. Rousseau veut aussi fonder sa théorie politique sur une anthropologie. Mais cette anthropologie suppose que l'Homme est rationnel. Ça pose en effet des problèmes. De manière générale en sciences sociales, présupposer que la raison est un mécanisme à l'oeuvre au même titre que ce qu'on observe comme autres mécanismes de déterminations est une erreur épistémologique à mon avis : la raison s'exerce mais ne s'observe jamais, elle est seconde, au sens d'une construction interprétative du sujet observateur ; et je pense que c'est le meilleur angle d'attaque des théories se voulant descriptives mais supposant aussi des agents rationnels comme le fait Rousseau. Par contre remarque que Ça disqualifie aussi les économies classiques dites "théoriques", puisqu'elles utilisent largement le même présupposé. Si en effet on choisit de fonder une théorie politique sur une anthropologie objective, et qu'on admet qu'on observe rien comme de la raison, on s'en tient à considérer que des natures diverses d'Hommes s'expriment dans des aspirations diverses qui n'ont aucune raison de tomber d'accord. Je te conseille de lire Daniel Dennett si tu veux creuser l'idée que la raison n'est qu'un mode d'interprétation des comportements, mais jamais un mécanisme qu'on peut observer objectivement. Dans La stratégie de l'interprète il explique qu'accorder une raison aux autres n'est qu'une faÇon de prévoir plus facilement leurs comportements, une stratégie pratique mais pas théorique. Et même dans la pratique, cette stratégie n'est pas toujours payante en ce qui concerne les humains, quand on a affaire à des fous, ou des spéculateurs par exemple.
  18. Bon très bien, tu parles physique alors, tu ne parles pas politique. Mais comment peux-tu t'opposer physiquement à ce que l'Etat acquière techniquement, à l'aide de moyens démesurément plus performants que les tiens, le pouvoir de contrôler ta vie ? Parce que cette capacité il l'a déjà, en l'absence de droit, la question du nombre est en fait déjà obsolète. Soit l'Etat veut contrôler ta vie et se fout de la juridiction, et ta liberté n'existe déjà plus. Soit il veut contrôler ta vie et la seule chose qui te sépare relativement de la servitude ou la mort c'est bien une forme de convention et de respect du droit. (Bon j'évacue la possibilité où l'Etat ne veut pas contrôler ta vie). Si tu restes sur le plan de la capacité, tu es déjà foutu. Il n'y a pas le droit sur un plan théorique et illusoire, et le rapport de force dans la réalité. La justice a une efficience. Peux-tu vraiment tenir ton raisonnement jusqu'au bout ?
  19. Si tu as lu le reste de mon post tu dois avoir compris ma position en ce qui concerne la justice. Le fait qu'elle soit imparfaite ne signifie pas qu'on doive refuser ce principe : La justice est la seule défense du citoyen face au gouvernement. Le problème est celui de la partialité voire de la corruptibilité des juges. C'est pourquoi les citoyens doivent élire leurs magistrats, et c'est pourquoi la chose dont nous avons le plus besoin quand il est question de brimade des citoyens, c'est de choisir des juges incorruptibles, le problème n'a pas changé depuis Cicéron, et il ne se règle pas autrement.
  20. Les situations ne sont pas comparables, la séparation des pouvoirs n'existait pas. Par ailleurs je n'ai jamais dit que je considérais qu'on avait fait ça de la bonne façon. En effet, on t'a appris en CM1 que la révolution était un bel élan populaire unitaire et qu'il n'y avait pas d'autre solution voire que c'était la plus festive, mais le comité de salut public c'est pas ce qui me fait rêver le plus, et oui je pense qu'on t'a raconté n'importe quoi. Pour ce qui est de l'affaire Karachi (et du sang contaminé aussi d'ailleurs) il y a des procédures en marche et des enquêtes non ? S'il y a séparation des pouvoirs je n'appelle pas ça de la dictature. Cela ne veut pas dire que la France est une démocratie parfaite et que la situation est satisfaisante, mais je n'en attend pas la perfection, peut être les procédures auront-elle une issue décevante ou que d'aucun la qualifiera d'injuste, que les vrais méchants s'en tireront à bon compte, mais ces procès existent, leur couverture médiatique et leur réception dans l'opinion existent. Je te parle juste typologie histoire d'éviter le lyrisme. La France n'est pas une dictature, point. Si c'est toujours ta réponse à ce que je dis juste avant et que toutes les institutions ne sont qu'illusion même la séparation des pouvoirs, alors tu comprends que nous ne pouvons plus parler ni de politique ni de justice. Alors je me réjouis de l'ésotérisme adolescent que tu évoques, mais il faudrait en prendre la mesure, les frères Wachowsky ont compris le premier mouvement de l'argument du malin génie, mais ils oublient que Descartes (puisque, soyons précis, c'est de ça qu'on parle) le disqualifie pour pouvoir penser la vérité au moins comme convention passée avec soi même, puis les autres. La justice et la république sont des conventions. Tu es libre de les rejeter cela dit, si tu trouves une raison valable, mais il ne sera plus question de droit du tout. En l'occurrence tu montres surtout que leur action ne s'éloigne pas trop de la ligne d'opinion la plus banale et la plus acceptée par tous les partis et tous les bords… Pour l'instant. Je ne dis pas qu'ils sont la mouche du coche, on peut les créditer d'un rôle dans les crises passées, mais je te fais la même réponse qu'à Hagakure, c'est accidentel, et tu ne sais pas ce qu'il en sera demain. S'il existe un document qui exprime précisément la ligne doctrinale d'anonymous, postes-en le lien. Je te l'accorde. Ce plus une question de justice que de morale. C'est face à la justice que les anonymous sont dans une situation ambiguë. Ils n'ont à répondre devant personne car personne n'est responsable de ce que font les anonymous. L'anonymat c'est la fin de la justice. En effet si tu es partisan d'une société sans justice, c'est bien une protection, mais elle est toute relative : en matière de "pouvoir réel", ton identité ils l'auront de toute façon s'ils veulent mettre fin à ta dissidence. Alors à ce moment là tu cracheras toujours sur la protection de justice "blue pill" ? Soyons sérieux, la seule chose qui défend la liberté face au pouvoir du gouvernement, c'est précisément la justice. Il faut donc tenir à la justice.
  21. http://www.forbes.co…should-you-buy/ Facebook arrive en bourse.
  22. C'est contre-productif parce que ça leur donne l'image d'un groupe hors-la-loi et tout puissant, voire terroriste. Je ne dis pas qu'ils sont terroristes, et ils s'en défendent, mais le fait est que si on voulait faire campagne contre eux, ces trois points seraient assez persuasifs. Soutenir Anonymous est dans tous les cas une démarche irrationnelle puisqu'on ne sait pas à l'avance ce qu'ils veulent et peuvent faire, ils n'ont pas de ligne doctrinale si ce n'est "réprimer les abus" des gouvernements au nom d'une forme de bon sens, by any means necessary, mais qui te dit que ton bon sens est le même que celui de n'importe quel zozo masqué, probablement ater-gauchiste ? Ils affichent certes une sorte de crédo révolutionnaire, mais un tel crédo est précisément irrationnel, ne vise pas un intérêt défini. Et si jamais ce sont à tes intérêts ou à tes opinions qu'ils s'opposent, à qui répondras-tu ? En tout cas en ce qui me concerne c'est contre-productif, parce que je ne soutiendrai jamais un groupe dont je ne peux pas prévoir l'action et à qui je ne peux pas m'adresser, et à mon avis ce sont des conditions minimales pour soutenir a priori un groupe. Un exemple crédible dans une situation comparable ? (Autre que tiré de Vichy, il s'agit pas de jouer sur les mots).
  23. Tu es excessif et lyrique, Godwiner à tout va ne permet pas d'aborder un problème finement. L'Etat français ne tue pas, en revanche il faut montrer qu'il dérive vers la limitation des libertés par la censure et la détention arbitraire. L'Etat peut toujours avoir à en répondre devant la justice. Nous ne sommes pas en dictature, il faut réfléchir aux recours possibles. Et si on ne pense pas que la législation actuelle le permet, il faut écrire aux élus (et à mon avis c'est une bonne habitude à prendre), manifester à la limite, et accessoirement voter… Par ailleurs ce que je critique chez les Anonymous n'est pas leurs motifs, c'est le fait qu'ils choisissent le masque et s'engagent dans des causes sans cohérence et à la limite de la légalité. Cette fascination pour la masse anonyme révolutionnaire qui ne répond de rien et n'a pas besoin de faire le tri entre le juste et l'injuste, ça ne me plait pas, et c'est contre-productif. Julian Assange, on pouvait le l'identifier, le mettre en question, juger de ce qu'il faisait. S'il a été brimé c'est comme individu, et on l'a reconnu comme tel.
  24. Autant je suis circonspect sur les histoire relatives à megaupload (même s'il ne me semble pas qu'on puisse interdire la copie de données de façon cohérente, etc) la loi étant la loi, j'aurai presque tendance à dire que la récréation est terminée, d'autre part l'attitude irresponsable des anonymous m'irrite (anonymes et cachés, donc irresponsables). Autant là c'est autre chose et en effet c'est l'hallucination, il n'y a pas d'ambiguïté sur la violation d'un droit fondamental par la gouvernement. Alors faites le savoir à visage découvert, écrivez des articles, relayez, vous savez comment faire.
  25. Ben pour peu qu'un film arrive à valoir pour autre chose que sa valeur de propagande, il peut être appréhendé comme un objet sensible avant tout, même la posture idéologique qu'il véhicule peut être reprise dans une perspective esthétique. Je suis un grand fanatique des Choeurs de l'armée Rouge, à la limite j'ai même l'impression de les apprécier davantage à leur juste valeur qu'un communiste obnubilé.
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