Vilfredo Posté 13 février 2022 Signaler Posté 13 février 2022 Quelqu’un sait comment c’est Jon Elster? @F. mas @poney @Mégille Un avis?
PABerryer Posté 13 février 2022 Signaler Posté 13 février 2022 Il y a 8 heures, Pelerin Dumont a dit : Enfin, on notera que Simonnot a définitivement du mal avec les détails historiques : Eh bien raté, c'était Arnaud Amaury, le légat pontifical Donc je me tâte pour lire le tome 2 l'Incarnation de l’État , des liborgiens l'ont ils déjà lu? Est-ce plus proche de la partie 1 , présentation d'outils techniques/mathématiques ou de la partie 2 plus centrée sur l'application des concepts à des problèmes historiques? Il est plus que probable que ledit Amaury ne l'ai jamais prononcée cette phrase. Elle n'est dans aucun texte de l'époque et apparait plus de cinquante ans plus tard sous la plume d'un chroniqueur teuton réputé peu fiable. 1
Pelerin Dumont Posté 13 février 2022 Signaler Posté 13 février 2022 il y a 3 minutes, PABerryer a dit : Il est plus que probable que ledit Amaury ne l'ai jamais prononcée cette phrase. Elle n'est dans aucun texte de l'époque et apparait plus de cinquante ans plus tard sous la plume d'un chroniqueur teuton réputé peu fiable. Oui alors je ne veux pas rentrer dans ce débat, je sais qu'on a des doutes sur l'authenticité de cette phrase mais qu'il est probable qu'il ait prononcé un propos allant dans ce sens et que ça correspondait plutôt bien au caractère du bonhomme qui désobeissait aux ordres pontificaux (en plus de faire des rapports orientés et partiaux à des fins de désinformation) pour mener une politique personnelle. Toujours est il que cette citation lui est attribuée à lui et non à Simon de Montfort.
Mégille Posté 13 février 2022 Signaler Posté 13 février 2022 Il y a 8 heures, Vilfredo a dit : Quelqu’un sait comment c’est Jon Elster? @F. mas @poney @Mégille Un avis? Connaissais pas. Il m'a l'air intéressant. Il y a un moment que je suis intrigué par les "marxistes analytiques", mais je n'ai pas encore pris le temps de creuser.
F. mas Posté 13 février 2022 Signaler Posté 13 février 2022 C'est une lecture que j'ai toujours eu l'intention de faire, mais que j'ai toujours repoussée pour des raisons x ou y. La réputation de Elster me semble valoir le coup, mais je n'ai pratiquement rien lu de lui. 1
Vilfredo Posté 13 février 2022 Signaler Posté 13 février 2022 Bon je vais me lancer alors merci. Je vous dirai
Wayto Posté 17 février 2022 Signaler Posté 17 février 2022 J'ai envie de lire un ouvrage de non-fiction par semaine et d'en retenir le maximum. J'étais donc à la recherche de méthodes et tactiques pour atteindre cet objectif, sachant que je lis les non-fictions comme les fictions. Je suis tombé sur cet article de HBR : https://hbr.org/2016/02/how-to-read-a-book-a-week qui propose la méthode suivante : Citation Start with the author. Who wrote the book? Read his or her bio. If you can find a brief interview or article online about the author, read that quickly. It will give you a sense of the person’s bias and perspective. Read the title, the subtitle, the front flap, and the table of contents. What’s the big-picture argument of the book? How is that argument laid out? By now, you could probably describe the main idea of the book to someone who hasn’t read it. Read the introduction and the conclusion. The author makes their case in the opening and closing argument of the book. Read these two sections word for word but quickly. You already have a general sense of where the author is going, and these sections will tell you how they plan to get there (introduction) and what they hope you got out of it (conclusion). Read/skim each chapter. Read the title and anywhere from the first few paragraphs to the first few pages of the chapter to figure out how the author is using this chapter and where it fits into the argument of the book. Then skim through the headings and subheadings (if there are any) to get a feel for the flow. Read the first sentence of each paragraph and the last. If you get the meaning, move on. Otherwise, you may want to read the whole paragraph. Once you’ve gotten an understanding of the chapter, you may be able to skim over whole pages, as the argument may be clear to you and also may repeat itself. End with the table of contents again. Once you’ve finished the book, return to the table of contents and summarize it in your head. Take a few moments to relive the flow of the book, the arguments you considered, the stories you remember, the journey you went on with the author. Que pensez-vous de cette manière d'aborder les livres de non-fiction ? Avez-vous une technique / méthode particulière pour lire les non-fictions ?
Vilfredo Posté 17 février 2022 Signaler Posté 17 février 2022 Il y a 1 heure, Wayto a dit : Start with the author. Read the title, the subtitle, the front flap, and the table of contents. Read the introduction and the conclusion. Read/skim each chapter. End with the table of contents again. A part cette idée saugrenue de lire la conclusion au début, le mec recommande en fait quelque chose comme: regardez le livre, ouvrez le livre, lisez la première page, lisez la deuxième page, lisez toutes les pages entre la deuxième et la dernière, lisez la dernière, refermez le livre. Ce que je pense de sa méthode c'est que sur le principe je comprends pourquoi il dit de regarder la table des matières au début et à la fin, pour vérifier que tu te souviens de l'idée générale de chaque chapitre après avoir terminé le livre, mais je pense que cette technique vaut surtout pour quelqu'un qui lit un livre sur un sujet différent chaque semaine. Ce que je ne fais jamais. J'en pense que ça dépend de la non-fiction (théologie, pop science, histoire, éco, philo, essai politique) mais j'ai surtout tendance à étudier un auteur/un sujet. Tu ne te souviendras pas tant de tel ou tel livre précisément mais tu maîtriseras un sujet, ce qui est toujours plus utile. Après je pars de cette idée qu'il y a des penseurs si géniaux qu'ils valent la peine d'être maîtrisés (et même l'effort est un plaisir). Par exemple on peut se souvenir sur le bout des doigts d'un livre de Carnap sur la physique mais si c'est le seul truc qu'on a lu en épistémologie ça va pas servir à grand chose. Je dis Carnap parce que c'est un philosophe dont les vues sont connues pour être datées en philo des sciences, mais ça vaut pour n'importe quel autre épistémologue ou philosophe si c'est le seul qu'on lit. Et l'expérience qu'on acquiert en maîtrisant un sujet aide ensuite à en maîtriser d'autres. C'est une sorte de knowing how intellectuel. Enfin, c'est un point de vue très personnel, mais on vit dans un monde où on est constamment bombardés de petits faits en tous genres, et l'ambition de maîtriser un auteur, un système ou, plus ambitieux encore, une certaine section d'une discipline, correspond à l'esprit du livre vs l'esprit d'internet: on met la réalité à distance, on n'est pas dérangé, on est seul avec l'auteur. On cherche à construire quelque chose de cohérent, à comprendre et à organiser notre vie. Bref, tête bien faite > tête bien pleine and so on and so on. Donc je commence par les trucs basiques (j'ai pas peur de lire un livre de la collection A Very Short Introduction to... pour commencer: si j'y connais rien, pas la peine de faire semblant) et ensuite il y a plusieurs techniques, mais si tu étudies un sujet, ce qui est quand même mieux que d'essayer de rivaliser avec Bouvard et Pécuchet, je conseillerais de prendre des notes sur un carnet (de moleskine) en lisant, mais pas au début. Parce qu'au début, tu prendras tout en notes (vu que tu connaîtras rien). Après, il y a plusieurs méthodes, compatibles avec les deux approches (l'approche tête bien faite et l'approche tête bien pleine): Tu lis et prends des notes au fur et à mesure, puis tu relis tes notes. Pas au début, parce que si tu progresses par ordre croissant de difficulté, tu vas commencer par rencontrer les idées générales, que tu retrouveras dans tes autres lectures au fil de ta progression. Donc celles-là, tu ne vas pas les oublier, et elles te seront vite familières. Tu fais confiance à ta mémoire. Si tu ne l'as pas retenu, c'est peut-être que ce n'est pas super important. Peut-être que sinon tu retrouveras l'idée mieux formulée ou mieux expliquée ailleurs ou dans un autre livre, et que tu la retiendras à ce moment-là. Quand on lit sur un sujet, les auteurs se contredisent entre eux. Ça aide aussi à se rappeler. Tu lis un chapitre, tu poses le livre, tu essaies de résumer le propos de l'auteur. Tu continues comme ça pendant en gros tout le livre. A la fin, tu essaies de résumer le livre à l'écrit dans un carnet, ou tu fais une mind map, en revenant éventuellement de façon ciblée au bouquin pour les points dont tu te souviens pas après avoir fait tout ce que tu pouvais sur la seule base des souvenirs. Ça peut être utile de laisser ton esprit poser des questions simples en réfléchissant à l'argument de l'auteur. Si tu arrives à répondre en te demandant comment l'auteur répondrait, tu retiens mieux qu'en essayant de faire une sorte de par coeur. Mais c'est un jeu subtil, le but n'est pas non plus de prendre le contre-pied systématique de ce que dit l'auteur. (Liborg va me taper dessus pour celle-là) Surtout pour les livres d'histoire dans mon expérience, tu peux crayonner certains passages clés pour faciliter la remémoration surtout si tu as une mémoire visuelle (c'est mon cas: je peux restituer l'argument de deux pages denses si je m'imagine la page dans ma tête, la manière dont les paragraphes sont agencés etc). Quand je n'ai pas de crayon, je photographie même les pages avec mon portable. Ça marche encore mieux. Pour certains livres comme des classiques, ça peut être une excellente idée de lire en même temps le livre et un commentaire (type Cambridge Companion). 1
ttoinou Posté 17 février 2022 Signaler Posté 17 février 2022 En gros la méthode de lecture classique c'est le parcours en profondeur, lire ligne par ligne https://fr.wikipedia.org/wiki/Algorithme_de_parcours_en_profondeur en général tu t'arrêtes quand t'en peux plus et donc tu rates une bonne partie du livre et la méthode proposée par @Wayto c'est le parcours en largeur https://fr.wikipedia.org/wiki/Algorithme_de_parcours_en_largeur lire les grande lignes puis ne rentrer que dans les sous parties qui nous intéressent. Quand tu t'arrêtes tu auras juste manqué quelques détails 1
Lancelot Posté 17 février 2022 Signaler Posté 17 février 2022 Comment lire un livre ? Ça dépend du livre. 1 1
Pelerin Dumont Posté 19 février 2022 Signaler Posté 19 février 2022 J'ai lu le droit d'ignorer l'Etat de Herbert Spencer (éditions belles lettres), qui regroupe 3 chapitres : Le droit d'ignorer l'etat, L'esclavage futur,et la superstition politique. Le premier parle du droit de rompre le contrat social, i.e de faire secession, refuser les services de protection étatiques et ne plus payer ses impôts. Se faisant, l'individu ne lèse personne puisqu'il continue d'obeir au droit naturel (traduit ici par égale liberté ??) . Il justifie sa position en disant que l'Etat est nécessairement immoral car il existe que pour reprimer les individus vicieux et immoraux : combattre le mal par le mal, il est donc inutile voire pernicieux pour les sociétés vertueuses car il remplacera leurs regles bonnes par des lois moins efficientes qui finiront par corrompre la société initialement vertueuse. Spencer prend soin de rassurer son auditoire pour qui cette idée si radicale peut effrayer/être inconcevable, en disant que c'est à horizon de temps lointain, au fur et à mesure des progrès de la civilisation, les sociétés militaires laisseront place aux sociétés commerciales, et les individus deviendront de plus en plus vertueux et n'auront donc plus besoin de l'Etat. Il ajoute également que les hommes sont si attirés par leurs habitudes qui leur assurent un confort mental qu'ils se débarasseront de l'etat bien après que celui-ci aura cesse d'etre utile. Dans le second chapitre, le plus intéressant, il traite du récent changement de paradigme qui s'opere en cette fin de XIX eme siecle : l'abandon du laissez faire et la progression constante du socialisme. Ils denoncent les whigs/faux libéraux qui ont rejette les principes du liberalisme pour faire de la sociale démocratie. Pour denoncer les mesures socialistes emplies de bonnes intentions mais qui mènent à la ruine de la civilisation , Spencer utilise la même notion de ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas de Bastiat (en citant des exemples sur la loi des pauvres ou la nationalisation des chemins de fer) mais aussi la notion physique de moment politique : les défenseurs d'une loi pensent que les effets de celle ci s'arrêtent la où leur esprit trace une limite imaginaire. Se faisant, ils négligent le grand angle/la vue génerale : les précédents créés, la superposition de lois allant dans une direction donnée créera un moment difficile à arrêter, qui in fine changera de fond en comble les principes fondateurs de la communauté (ici l'abandon du libéralisme au profit du collectivisme). Citation En même temps ceux qui regardent le courant récent créé par a legislation comme désastreux et qui voient que le courant futur le sera davantage gardent le silence dans la conviction qu'il est inutile de raisonner avec des gens en état d'ivresse politique. Mais où même donc ce moment politique créés par le socialisme ? À l'esclavage dans un futur proche. On retrouve ainsi la route de la servitude d'Hayek Citation Pourquoi appeler ce changement (socialisme d'etat ) l'esclavage futur? La réponse est simple : Tout socialisme implique l'esclavage Il decrit précisément la croissance de l'Etat porté par des chefs populaires qui appellent à l'intervention de l'Etat, des journalistes qui relaient leurs idées car le public préfère des mensonges agréables aux vérités dures à admettre, et des politiciens qui veulent gagner les élections à tout prix ou doivent s'incliner devant la volonté du chef du parti. Spencer souligne aussi le rôle de l'instruction obligatoire qui créent des citoyens dociles et developpent chez les basses classes sociales des besoins intellectuelles qu'ils ne sont pas en mesure de satisfaire et appellent donc l'Etat à l'aide. De plus, la démocratisation des emplois public permise par l'instruction des masses veut dire que tout citoyen peut espérer devenir fonctionnaire et a donc moins d'incitation à s'opposerà une augmentation du périmètre de l'Etat ou des impôts (de plus Spencer note que les coalitions de groupes privés ont intérêt à l'extension de l'etat et peuvent facilement peser sur les decisions du législateur en ce sens car les gains sont privés et les coûts collectifs donc la société dans son ensemble a du mal à s'y s'opposer ) . Par ailleurs, Spencer pense que la chute de l'empire romain a été causée par la fiscalité trop lourde, les laboureurs desertant leurs champs pour rejoindre les Barbares et qu'il faut se garder de supposer que l'on peut transformer les hommes via les institutions car les ne sont pas une alchimie politique qui changent magiquement les hommes de plomb en or. Enfin le dernier chapitre parle de la superstition politique : la croyance dans la toute puissance d'un Etat démiurge, sans limites qui prévalaient dans les monarchies s'est reportée sur les républiques. Autrement dit, la forme de souveraineté/fondement du pouvoir a changé (le droit divin est devenu souveraineté populaire) mais la forme de gouvernement/l'exercice du pouvoir est demeure la même : les républiques sont tout autant tyranniques et puissantes que les monarques absolus d'antan. Citation La grande superstition de la politique d'autrefois c'etait le droit divin des rois, la grande superstition politique d'aujourd'hui c'est le droit divin des parlements. L'huile d'onction semble t il a glisse sans qu'on y prenne garde d'une seule tête sur celles d'un grand nombre les consacrant eux et les decrets C'est à rapprocher de la citation d'Hazzlit : "Aucune foi au monde n’est plus tenace ni plus entière que la foi dans les dépenses de l’État." Il développe aussi l'idée que le Droit naturel est non seulement antérieur au droit positif des états (en prenant l'exemple de tribus amérindiennes ou asiatiques) , non seulement il existe indépendamment de lui mais il lui donne egalement sa légitimité : Sans le Droit Naturel les lois ne sont que la volonte arbitraire du souverain Citation Lorsque que cette splendeur divine qui entoure le roi et qui a laisse un reflet autour du corps héritier de son pouvoir aura complètement disparu [...] on verra que ce comité d'administration n'a aucune autorité intrinsèque" "Les lois qu'il publie ne sont pas sacrées en elle même, mais tout ce qu'elles ont de sacrées elle le doivent à la sanction morale[ qui dérive des lois de la vie humaine] " "Et voici le corollaire : quand elles sont dépourvues de cette sanction morale elles n'ont rien reçu de sacrées et peuvent etre recusees de droit" "La fonction du libéralisme dans le passe a ete de mettre une limite aux pouvoirs des rois. La fonction du vrai liberalisme dans l'avenir sera de limiter le pouvoir des parlements" Pour ma part, j'ai très apprécié la lecture de cet ouvrage, bien loin des clichés de darwinisme social attaché à leur auteur (sans doute pour discréditer ses vues minarchistes à moindres frais). Certains passages m'ont rappelé Bastiat et ont conservé toute leur pertinence vis à vis de la situation actuelle. 2
Rincevent Posté 19 février 2022 Signaler Posté 19 février 2022 Et bien tu es prêt pour livrer à Contrepoints un bel article, il te suffit de remanier quelques formulations et le tour est joué pour faire la publicité de cet auteur injustement méconnu. 1
Pelerin Dumont Posté 19 février 2022 Signaler Posté 19 février 2022 il y a une heure, Rincevent a dit : Et bien tu es prêt pour livrer à Contrepoints un bel article, il te suffit de remanier quelques formulations et le tour est joué pour faire la publicité de cet auteur injustement méconnu. J'en serais honoré mais qu'entends tu par remanier ? Rendre le texte plus concis ou soigner plus l'écriture ? Et une fois le changement réalisé je l'envoie à la rédaction via leur site? ?
Vilfredo Posté 19 février 2022 Signaler Posté 19 février 2022 Méconnu? A la limite oublié, parce que jusqu'en 1939, c'est le sociologue le plus lu en Europe avec Durkheim et Weber. Nietzsche, Bergson, tout le monde lit Social Statics, ses trucs sur Darwin et The Man vs the State. Que j'avais trouvé médiocre, enfin j'en ai rien retenu. C'est un peu du Rothbard en moins catchy, ce qui est un peu aussi la manière dont je vois la clique Mises/Hazlitt/Bastiat. Il y a quelque chose de plus à en tirer que l'Etat c'est mal, l'individu c'est bien, le plus fort survit, et la dichotomie colossalement fine société tribale/société industrielle? Il y a 1 heure, Pelerin Dumont a dit : Il développe aussi l'idée que le Droit naturel est non seulement antérieur au droit positif des états (en prenant l'exemple de tribus amérindiennes ou asiatiques) , non seulement il existe indépendamment de lui mais il lui donne egalement sa légitimité : Sans le Droit Naturel les lois ne sont que la volonte arbitraire du souverain Littéralement la définition du droit naturel moderne depuis au moins deux siècles à l'époque de Spencer. Il y a 1 heure, Pelerin Dumont a dit : la même notion de ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas de Bastiat Si l'idée c'est il y a des trucs qu'on voit et des trucs qu'on ne voit pas, c'est une idée assez banale. Comme dirait Confucius, bof. Il y a 1 heure, Pelerin Dumont a dit : des clichés de darwinisme social attaché à leur auteur (sans doute pour discréditer ses vues minarchistes à moindres frais). Heu non il n'y a pas de complot anti-Spencer organisé par les anti-libéraux. Suffit de lire ce qu'en disent Schumpeter pour l'économie et Mayr pour la biologie (respectivement dans l'Histoire de l'analyse économique et dans The Growth of Biological Thought). Citation The vacuousness of Spencer's theory is evident from his definition: "Evolution is an integration of matter and concomitant dissipation of motion; during which the matter passes from an indefinite, incoherent homogeneity to a definite, coherent heterogeneity; and during which the retained motion undergoes a parallel transformation" (1870: 396). The stress on matter, movement, and forces in this and other discussions of evolution is a typical example of an inappropriate eighteenth-century-type physicalist interpretation of ultimate causations in biological systems, and has nothing to do with real biology. What little Spencer knew of biology in 1852 when he published his first essay on evolution was based on Chambers' Vestiges and on Lyell's refutation of Lamarck. Like Chambers, Spencer derived his concept of evolution from an analogy with ontogenetic development, the growth of the individual organism. It was transferred by him from these teleonomic phenomena to a teleological principle affecting the principles of progress adopted by Condorcet and other philosophers of the Enlightenment. Spencer's ideas contributed nothing positive to Darwin's thinking; on the contrary, they became a source of considerable subsequent confusion. It was Spencer who suggested substituting for natural selection the term "survival of the fittest," which is so easily considered tautological; it was likewise he who became the chief proponent in England of the importance of the inheritance of acquired characters (in his famous controversy with Weismann). Worst of all, it was he who became the principal spokesman for a social theory based on a brutal struggle for existence, misleadingly termed social Darwinism (Hofstadter, 1955). It would be quite justifiable to ignore Spencer totally in a history of biological ideas because his positive contributions were nil. However, since Spencer's ideas were much closer than Darwin's to various popular misconceptions, they had a decisive impact on anthropology, psychology, and the social sciences. For most authors in these areas, for more than a century after Darwin, the word "evolution" meant a necessary progression toward a higher level and greater complexity, which is what it had meant to Spencer rather than to Darwin. This must be stated emphatically in order to dispel a long-standing myth. Unfortunately, there are still a few social scientists who ascribe this Spencerian type of thinking to Darwin. Il est pour beaucoup dans la mauvaise interprétation de la sélection naturelle de Darwin et qui généralise les vues de Darwin à une théorie de la société donc très littéralement le darwinisme social. C'est aussi comme ça que le présentent les historiens de la biologie comme Pichot. Il va faire de l’épigenèse le modèle d’une théorie générale de l’évolution au sens propre, en se positionnant explicitement contre Comte. Il s’appuie sur la loi de von Baer qui veut que le développement organique soit un passage de l’homogène à l’hétérogène. Il en infère notamment l’idée que toutes les espèces doivent commencer par une homogénéité, donc un ancêtre commun. Il généralise ensuite la notion d’évolution et de passage de l’homogène à l’hétérogène à l’ensemble des domaines de l’activité humaine. Il reproche à Darwin ses explications "strictement" biologiques, alors que Spencer situe sa compréhension de l’évolution à l’échelle philosophique. On peut même considérer que c'est Spencer et pas Darwin l'inventeur du terme d'évolution dans ce sens. Spencer avait déjà publié plusieurs articles sur le sujet avant même 1859. Mais il n'a aucune contribution scientifique de valeur: il est l'incarnation de tout ce que les gens n'ont pas compris dans Darwin. Il y a 1 heure, Pelerin Dumont a dit : Pour denoncer les mesures socialistes emplies de bonnes intentions mais qui mènent à la ruine de la civilisation , Spencer utilise la même notion de ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas de Bastiat (en citant des exemples sur la loi des pauvres ou la nationalisation des chemins de fer) mais aussi la notion physique de moment politique : les défenseurs d'une loi pensent que les effets de celle ci s'arrêtent la où leur esprit trace une limite imaginaire. Se faisant, ils négligent le grand angle/la vue génerale : les précédents créés, la superposition de lois allant dans une direction donnée créera un moment difficile à arrêter, qui in fine changera de fond en comble les principes fondateurs de la communauté (ici l'abandon du libéralisme au profit du collectivisme). Ben pour le coup j'ai une vibe Rothbard (sa critique de la mathématisation de l'économie) et j'ai envie de dire que si on enlève le jargon physicaliste très positiviste 19e siècle, c'est un truisme pur: les gens ils voient pas toujours toutes les conséquences de leurs actions.
Pelerin Dumont Posté 19 février 2022 Signaler Posté 19 février 2022 il y a 12 minutes, Vilfredo a dit : Schumpeter pour l'économie Schumpter se contente de dire que Spencer est adepte du laissez faire naïf et que c'est rien qu'un anti etatiste forcené et débile parce qu'il refuse l'intervention de l'Etat dans les transports, les services postaux ou l'education. Autant j'aime beaucoup Schumpeter autant celui ci a tendance à tomber dans la critique facile et superficielle (ce qui est le cas ici) Edit : les gens ils voient pas toujours toutes les conséquences de leurs actions. -> ce n'est pas simplement que les lois ont des effets pervers indesirables mais qu'elles impriment une tendance plus générale qui changent les idées, la façon dont les individus perçoivent et analysent les problèmes et les solutions à adopter. Petit à petit l'Etat va donc s'approprier de plus en plus de missions et de domaines car les individus l'appelleront par imitation et transposition des mesures précédentes.
Rincevent Posté 19 février 2022 Signaler Posté 19 février 2022 il y a 46 minutes, Pelerin Dumont a dit : J'en serais honoré mais qu'entends tu par remanier ? Rendre le texte plus concis ou soigner plus l'écriture ? Et une fois le changement réalisé je l'envoie à la rédaction via leur site? ? Soigne l'écriture, notamment introduction et conclusion, puis mail à redaction@contrepoints.org il y a 47 minutes, Vilfredo a dit : Méconnu? A la limite oublié, parce que jusqu'en 1939, c'est le sociologue le plus lu en Europe avec Durkheim et Weber. Oui, oublié. 1
Rübezahl Posté 19 février 2022 Signaler Posté 19 février 2022 Il y a 1 heure, Vilfredo a dit : c'est un truisme pur: les gens ils voient pas toujours toutes les conséquences de leurs actions. en fait, on ne voit déjà pas l'arborescence préalable à un événement (alors que ça serait faisable de gratter un peu) ... alors imaginer qu'on puisse même songer qu'il y a une arborescence après. C'est l'un des reproches principaux que je fais aux gauchistes et constructivistes de tous poils, cette réduction débilissime d'un historique foisonnant à l'avant-dernier truc visible avant un événement. Et en arrosant de pognon cette unique cause, on va magiquement résoudre le problème. Dire qu'on est en 2020 et il y a encore des gens pour n'avoir pas conscience de cela. edit : sinon CP a publié cet article : https://www.contrepoints.org/2014/08/17/177364-le-droit-dignorer-letat-par-herbert-spencer
Pelerin Dumont Posté 19 février 2022 Signaler Posté 19 février 2022 il y a 25 minutes, Rübezahl a dit : edit : sinon CP a publié cet article : https://www.contrepoints.org/2014/08/17/177364-le-droit-dignorer-letat-par-herbert-spencer Cela parle juste du premier chapitre, le moins intéressant imho donc je pense que cela vaut quand même le coup, j'enverrais l'article et la rédaction decidera ? 1
Rübezahl Posté 19 février 2022 Signaler Posté 19 février 2022 Mon post n'était aucunement pour te dissuader. Plutôt trop que pas assez. Et l'article est de 2014. 1
Mégille Posté 20 février 2022 Signaler Posté 20 février 2022 Spencer n'a rien révolutionné, mais il reste un figure assez importante de son époque. Il est l'un des premiers à chercher à intégrer l'évolution au sein d'une vision plus large du monde, à essayer de comprendre ce que peux être un monde dans lequel Darwin a raison. Parallèlement, Bergson et Haeckel, même s'ils étaient sans doute meilleurs que Spencer respectivement en philo et en bio, ont tous les deux aussi eu leur lot d'idées débilounettes concernant l'évolution, c'était une étape nécessaire pour la digestion d'une idée aussi lourde. Je n'aime pas ce terme de "darwinisme social", qui est une invention journalistique gauchiste tardive visant à mettre les libéraux et les nazis dans le même panier (peut-être pour se venger de "totalitarisme" qui les ranges possiblement eux avec le nazisme). D'une part parce qu'il a rarement une définition très précise (s'il s'agit simplement de s'inspirer de Darwin pour une théorie sociale, alors il faut aussi y intégrer Engels et Kropotine). D'autre part parce qu'elle induit un peu en erreur. Il me semble que chez Spencer, cette évolution de la société résulte d'une sélection des institutions et des manières de faire plus que des individus en eux même (peut-être que je me trompe, je n'ai pas lu beaucoup de lui non plus). Quoi qu'il en soit, il reste surtout un libéral classique envers et contre tous, il ne prône sûrement pas un règne de la force brute. Il a sa petite place dans l'histoire de l'utilitarisme, aussi. Parallèlement à Sigdwick qui essayait de le combiner avec un "intuitionnisme" (où il mélangeait étrangement philosophie du bon sens et déontologie à la Kant) et un égoïsme rationnel, Spencer essaie plutôt de le radicaliser et de marquer sa différence avec les autres courants, et d'en faire une doctrine strictement rationnelle. Et aussi, malgré le fait qu'il soit surtout un homme de son époque, il a sa petite originalité. En poussant le plus loin possible les idées libérales classiques, il est l'un des premiers, juste après Molinari et sans doute indépendamment de lui, à proposer l'anarcho-capitalisme. (troisième si on compte Belgarrigue) 2
Doctrinaire Posté 25 février 2022 Signaler Posté 25 février 2022 Le 13/02/2022 à 01:02, Rincevent a dit : Je l'avais lu en une soirée, je n'avais pas non plus été impressionné. C'est le format "21 chapitres ultra-courts pour causer histoire" qui veut ça je suppose. D'une manière générale, Simonnot est un excellent économiste (vulgarisateur) mais un piètre historien. "Piètre historien", je trouve ça sévère de ta part. Pour avoir lu la majeure partie de ses ouvrages depuis Homo Sportivus / Juifs et Allemands : pré-histoire d'un génocide je suis toujours impressionné par son érudition historique et la justesse de ses analyses. Bien entendu, c'est une histoire souvent orientée à la manière d'un Nemo, mais qui seras finalement plus bénéfique pour la culture G du lecteur que les livres d'universitaires qui bien souvent, tournent en rond, alors qu'on ne les considère pas comme de piètres historiens (je dis cela en étant moi-même étudiant en histoire).
Rincevent Posté 25 février 2022 Signaler Posté 25 février 2022 il y a 27 minutes, Doctrinaire a dit : "Piètre historien", je trouve ça sévère de ta part. Pour avoir lu la majeure partie de ses ouvrages depuis Homo Sportivus / Juifs et Allemands : pré-histoire d'un génocide je suis toujours impressionné par son érudition historique et la justesse de ses analyses. Bien entendu, c'est une histoire souvent orientée à la manière d'un Nemo, mais qui seras finalement plus bénéfique pour la culture G du lecteur que les livres d'universitaires qui bien souvent, tournent en rond, alors qu'on ne les considère pas comme de piètres historiens (je dis cela en étant moi-même étudiant en histoire). Sévère, oui et non. Une authentique érudition des sources hétérodoxes, ça oui, très certainement. Mais aucune mise en balance entre des courants divergents. Certains sacrifient l'honnêteté historique pour se faire les historiens du régime, lui se fait historien du contre-régime, si tu veux. Ça ne le rend pas meilleur historien, la tâche du vrai historien étant plutôt de faire parler, voire dialoguer, les sources parfois contradictoires. En fait cette impressionnante érudition de sources systématiquement "contrariennes" est très exactement la méthode qu'il attribue (peut-être dans ses Leçons) à Keynes, et dont il explique qu'elle a été essentielle pour frapper à la fois le bourgeois de bonne foi et le spécialiste universitaire à la spécialisation étriquée.
Rübezahl Posté 25 février 2022 Signaler Posté 25 février 2022 J'ai fini into the wild, de Jon Krakauer. Un fait divers : mort d'un vagabond/randonneur en Alaska en 1992. Un très bon bouquin, très documenté sur l'histoire, le contexte, etc. Je le recommande chaudement. Le film https://fr.wikipedia.org/wiki/Into_the_Wild sur la même histoire, est bien aussi
PABerryer Posté 25 février 2022 Signaler Posté 25 février 2022 Je suis dans le Tome 1 de Communisme de Thierry Wolton. C'est passionnant même si j'en connaissais déjà l'essentiel. Bon, cela confirme que le communisme vaut bien le nazisme en terme de saloperie infligée à l'espèce humaine. Point intéressant, l'auteur souligne fortement le fait que les régimes communistes se sont très fortement appuyé sur la nationalisme dans leur démarche de conquête et de conservation du pouvoir. L'auteur utilise le terme de "national communisme".
Vilfredo Posté 25 février 2022 Signaler Posté 25 février 2022 Il veut parler de Mao? Dans le cas de Lénine par exemple j'ai du mal à voir le nationalisme. Wolton n'est pas historien et est assez controversé. Mais je n'ai pas lu son livre.
Pelerin Dumont Posté 25 février 2022 Signaler Posté 25 février 2022 il y a 11 minutes, Vilfredo a dit : Il veut parler de Mao? Dans le cas de Lénine par exemple j'ai du mal à voir le nationalisme. Wolton n'est pas historien et est assez controversé. Mais je n'ai pas lu son livre. De Staline et la Grande Guerre Patriotique/socialisme à un seul pays : Dans les discours officiels, camarades est remplacé par frères et sœurs, l'état socialiste par la patrie russe, références à Alexandre Nevski, Koutouzov, Dimitri Donskoi... L’Église orthodoxe est de nouveau autorisée et mobilisée pour la propagande, Il y a même une anecdote où Staline aurait prononcé "pour la foi, le tsar et la patrie" .
Vilfredo Posté 25 février 2022 Signaler Posté 25 février 2022 il y a 2 minutes, Pelerin Dumont a dit : De Staline il y a 23 minutes, PABerryer a dit : le fait que les régimes communistes se sont très fortement appuyé sur la nationalisme dans leur démarche de conquête et de conservation du pouvoir.
Pelerin Dumont Posté 25 février 2022 Signaler Posté 25 février 2022 il y a 9 minutes, Vilfredo a dit : Le chapitre du livre en question sur le national communisme parle bien de Staline, je n'y suis pour rien ?, peut être @PABerryerfait-il référence à d'autres chapitres ou alors à la conquête du pouvoir par Staline au sein du parti? Edit : dans les premiers chapitres, Wolton divise l'intelligentsia russe en 2 courants : le "slavophile" qui veut se réformer de façon autonome, en se basant sur les valeurs traditionnelles russes et les occidentalistes" qui veulent imiter l’Occident (capitalisme et monarchie institutionnelle pour mettre fin à l'autocratie et à l'économie agraire) , les marxistes étant plutôt du côté des seconds
Vilfredo Posté 25 février 2022 Signaler Posté 25 février 2022 Oui mais moi je parle de Lénine. Et au départ, c'est bien lui qui prend le pouvoir en Russie. Et il le fait contre les nationalistes. Donc bon. Le cas chinois est un peu différent puisque les nationalistes sont dénoncés par Mao comme les lèche-bottes des Occidentaux et que la révolution vient des campagnes. Dans le cas russe, elle vient des villes. C'est d'ailleurs un cas plutôt rare. Généralement quand ça vient des villes ça foire (cf. l'Allemagne). Il y a sans doute des aspects nationalistes dans le communisme (comme dans le cas de Staline) mais pas plus que dans les autres idéologies qui sont au pouvoir et qui ont parfois besoin de faire de la politique. Le nationalisme des communistes me paraît bien opportuniste (dans le cas de Staline justement).
Vilfredo Posté 25 février 2022 Signaler Posté 25 février 2022 il y a 13 minutes, Pelerin Dumont a dit : Edit : dans les premiers chapitres, Wolton divise l'intelligentsia russe en 2 courants : le "slavophile" qui veut se réformer de façon autonome, en se basant sur les valeurs traditionnelles russes et les occidentalistes" qui veulent imiter l’Occident (capitalisme et monarchie institutionnelle pour mettre fin à l'autocratie et à l'économie agraire) , les marxistes étant plutôt du côté des seconds Oui les marxistes s'inspirent de l'Occident. Les Chinois lisaient Bergson, Spencer, Marx et Dewey et ils en ont fait leur chow mein. Et même si on rentre dans le détail des différents courants révolutionnaires du mouvement de 1911 en Chine on trouverait en fait plein de tendances différentes et incohérentes à côté des nationalistes comme les internationalistes de type Kang Youwei et Tan Sitong. Il y a aussi Liang Qichao qui se montre très critique de l'occidentalisation après son voyage à Paris en 1919 et interprète le Paradis de Mencius selon l’idée que le Mandat Céleste repose en fait sur le peuple. Ensuite tu ajoutes les différents sub-courants anarchistes (Liu Shifu, Jiang Kanghu) et tu te rends compte que même dans le cas chinois où c'est largement accepté que Mao était nationaliste, la caractérisation après de ce nationalisme (ses sources intellectuelles et sa mise en pratique) est extrêmement délicate, d'une part à cause de l'apport occidental (typique chez les communistes; ben oui Marx est occidental et il parle de l'Occident) et d'autre part à cause de la haine des structures traditionnelles, qui se manifeste systématiquement par une persécution de la religion locale. Ce qui est assez éloigné du nationalisme tel qu'on le comprend d'habitude quand on lit les grands philosophes nationalistes comme Fichte. Il faut lire l'article de C Furth dans la Cambridge History of China si ça t'intéresse. 1
Messages recommandés
Créer un compte ou se connecter pour commenter
Vous devez être membre afin de pouvoir déposer un commentaire
Créer un compte
Créez un compte sur notre communauté. C’est facile !
Créer un nouveau compteSe connecter
Vous avez déjà un compte ? Connectez-vous ici.
Connectez-vous maintenant