Lancelot Posté 11 juillet 2020 Signaler Posté 11 juillet 2020 Pour être honnête, à mon avis le message est surtout qu'on peut prouver tout et n'importe quoi avec ces trucs, et donc que les résultats obtenus en disent plus sur les biais (conscients ou pas) des chercheurs qu'autre chose... (note que la vidéo date de juillet 2016, tiens tiens quel autre point commun il y avait politiquement aux États-Unis en 2016 ? ?)
Rincevent Posté 17 septembre 2020 Signaler Posté 17 septembre 2020 Le 06/01/2020 à 21:12, Lexington a dit : Oui c'est la version du site mobile codée par Thomas et pas optimisée sur un certain nombre de choses. La version mobile Marfeel va revenir dans quelques jours (Je hijacke ce post, ne pas hésiter à déplacer cette remarque dans un fil plis approprié le cas échéant.) C'est normal que Marfeel semble déconner ? Symptômes : je suis sur mon mobile Android, je clique sur un lien d'un article de CP datant de quelques années, Marfeel s'en mêle (et l'URL s'en trouve donc modifiée), et on m'affiche que cette page n'est pas disponible. C'est frustrant.
Lexington Posté 17 septembre 2020 Signaler Posté 17 septembre 2020 Il y a 4 heures, Rincevent a dit : (Je hijacke ce post, ne pas hésiter à déplacer cette remarque dans un fil plis approprié le cas échéant.) C'est normal que Marfeel semble déconner ? Symptômes : je suis sur mon mobile Android, je clique sur un lien d'un article de CP datant de quelques années, Marfeel s'en mêle (et l'URL s'en trouve donc modifiée), et on m'affiche que cette page n'est pas disponible. C'est frustrant. Marfeel n'est plus en ligne depuis 6 mois un an donc je ne sais pas te répondre. Vider le cache / forcer un refresh ?
Drake Posté 19 septembre 2020 Signaler Posté 19 septembre 2020 Ça intéresserait Contrepoints un (court) article qui agrégerait ces tweets sur un mode humoristico-dubitatif anti-prohibition : 5 1
Drake Posté 19 septembre 2020 Signaler Posté 19 septembre 2020 Et encore : Avec lien vers "la politique du chiffre". 1
Drake Posté 21 septembre 2020 Signaler Posté 21 septembre 2020 C'est fait (photo CC tirée de wikipédia): Révélation Police, Gendarmerie et narcotrafic : un été sur tous les fronts Que ce soit dans la Creuse, la Corrèze, la Loire ou la Nièvre, des hommes et des femmes se postent résolument en première ligne dans la guerre contre le cannabis. Ils le font fièrement savoir sur twitter. Par Jérôme Morvan. En cette fin août la chaleur est inhabituelle qui, au petit matin déjà, se languit sur les champs moissonnés. Au cœur de la Creuse, le bruit d’un moteur perce le silence de la campagne. Deux phares jaillissent et accompagnent le jour qui s’essaie. Le véhicule s’arrête sur l’accotement dans un crachin de paille sèche. Les visages d’un homme et d’une femme se découpent sous l’éclairage du plafonnier. L’habitacle est silencieux, chacun sait ce qu’il a à faire en attendant les collègues. Une portière s’ouvre et se referme lentement. L’homme s’éloigne de quelques pas, les mâchoires serrées et le regard sombre. L’adjudant Frédéric* vérifie machinalement une dernière fois l’accroche de son chargeur sur son pistolet Sig Sauer SP2022, puis, déterminé, il arme la culasse pour chambrer une cartouche de 9 mm. La brigade de gendarmerie de Sainte-Feyre à laquelle il appartient est surtout connue et appréciée pour ses opérations de contrôle de vitesse sur la nationale 145 et sa gestion sans faiblesse des attestations de déplacements durant le confinement. Mais ce qui se joue aujourd’hui est une affaire d’une autre dimension. - Gaston*, fais pas l’con! T’es encore jeune! Il te reste de belles années. Gaston* maugrée mais il se sait défait. Au contact froid du métal, il sent les menottes et la rigueur de la justice se refermer sur ses poignets. Le lieutenant Sébastien* est fier de l’intervention de ses troupes, menée sans l’appui du Gign. Il tweete aussitôt la « belle saisie » qui ne doit qu’au déploiement des ressources et de l’intelligence de sa brigade : Nitescence inattendue dans la noirceur de l’âme humaine : vue la luxuriance des plants saisis, Gaston* a sûrement respecté l’arrête préfectoral interdisant l’arrosage des cultures, pelouses, plates bandes et jardinières. Peut-être n’est-il pas totalement un monstre. Dans la soirée, la brigade au complet se réunit au Domespace Grill pour une fête dans le respect des gestes barrières. Contrecoup de la tension : c’est une bombance peu raisonnable de pâtés aux patates et de fondu aux frites. Ne pouvant briser le lien forgé dans l’action, les gendarmes décident de se rendre place Bonnyaud à Guéret (sauf Fabienne* qui a tenté le fondu** sur son pâté aux patates et qui est malade), pour un after fraternel jusqu’au petit matin à 21:30. UN CHAMP DE BATAILLE NATIONAL De telles offensives herbicides se répètent quotidiennement partout en France, ici au massif du Pilat, dans la Loire. Le cultivateur n’a pu être interpelé, mais un piège subtil lui a été tendu : La raison d’un tel acharnement contre Cannabis sativa L. demeure cependant obscure. Le chanvre n’intoxique éventuellement que ceux qui le consomme, comme l’orge malté qui donne la bière. Les gendarmes se seraient-ils mépris, confondant avec -par exemple- l’ambroisie, Ambrosia artemisiifolia L., une plante envahissante et allergisante ? (Ambroisie à feuille d'armoise) Et puis, en détruisant la production locale auto-consommée, pourquoi des militaires français se comportent-ils en supplétifs des producteurs mafieux du rif marocain? C’est absurde. PAS LE COUTEAU LE PLUS AFFUTÉ DU TIROIR Il faut dire que la confusion perle d’en haut. Voici comme le ministre de l’intérieur défend l'amende forfaitaire pour usage de stupéfiant de 200 euros (minorée à 150 euros en cas de paiement sous quinzaine), mise en place depuis le début du mois et dont il entend assurer la publicité : Gérard reconnait de lui même que la politique qui découle depuis cinquante ans de la mise en œuvre de la loi de prohibition du 31 décembre 1970 génère "le crime organisé" et la "délinquance du quotidien", elle assurerait même "le financement du terrorisme". La consommation sans la prohibition n'engendre pas les mafias, pourtant, d'après Le Point, c'est le grand retour à la politique du chiffre. UNE DÉMONSTRATION PAR L’ABSURDE DU MAUVAIS EMPLOI DES FORCES DE POLICE? Les propos et les consignes du ministre ont naturellement déclenché l'action des préfets, toujours relayée sur twitter. Ici dans la Nièvre et en Corrèze. Là encore de belles saisies, un sachet de cannabis d’un coté et six têtes florales de l’autre (il faut dire qu'il s’agissait d’une « opérations d’envergure ») : Les préfets sont des hauts fonctionnaires soumis au devoir de réserve, ils exécutent les ordres. Leur seul moyen d'exprimer une opposition éventuelle passe visiblement par l'exhibition de ces opérations pathétiques. Des contrôles aléatoires où tous sont suspects qui offrent le spectacle d’une police d’occupation dans un pays colonisé par sa propre administration. Dans un État de droit, les forces de police assure la protection des liberté individuelles, elle ne se battent pas contre la population pour des crimes imaginaires. Sur twitter les commentateurs acerbes, indignés du mésusage des forces de police ou amusés ne s'y sont pas trompés, mais pour l'heure Gérald n'a pas percuté. Il continue d'être satisfait de lui même. * Tous les prénoms ont été modifiés. L’ensemble du paragraphe n’est de toutes façons qu’une œuvre de fiction, grossier plagiat du style de Sophie Noachovitch du « Nouveau détective ». Quelle que soit l'incrédulité qu'ils peuvent susciter, sont en revanche vrais : l'ensemble des tweets cités et la nomination de Gérald Darmanin au poste de ministre de l’intérieur. ** il s’agit bien du fondu creusois (n. m.) 3
Drake Posté 21 septembre 2020 Signaler Posté 21 septembre 2020 @F. mas, j'envoie l'original par mail à la rédaction. 2
NicolasB Posté 21 septembre 2020 Signaler Posté 21 septembre 2020 On 9/19/2020 at 3:40 PM, Drake said: Ça intéresserait Contrepoints un (court) article qui agrégerait ces tweets sur un mode humoristico-dubitatif anti-prohibition : Saint Julien Molin Molette c'est à côté de chez moi... Plus au sud de l'Ardèche, dans les années 80, on m'a raconté que la gendarmerie survolait la forêt en hélicoptère à la fin de l'été et balançait de l'herbicide dans les zones bien vertes qui avait été arrossées pour laisser pousser des plantes qui n'étaient pas locales...
Ultimex Posté 21 septembre 2020 Signaler Posté 21 septembre 2020 Très bon. Deux menues coquilles peut-être : GIGN et non Gign (il me semble). il y a 46 minutes, Drake a dit : Gérard reconnait de lui même que la politique qui découle depuis cinquante ans de la mise en œuvre de la loi de prohibition du 31 décembre 1970 génère "le crime organisé" et la "délinquance du quotidien", elle assurerait même "le financement du terrorisme". La consommation sans la prohibition n'engendre pas les mafias, pourtant, d'après Le Point, c'est le grand retour à la politique du chiffre. Gérald plutôt, non ?
Drake Posté 21 septembre 2020 Signaler Posté 21 septembre 2020 Merci. Oui il y avait pas mal de fautes, mais a priori corrigées dans la version envoyée.
F. mas Posté 21 septembre 2020 Signaler Posté 21 septembre 2020 8 minutes ago, Drake said: Merci. Oui il y avait pas mal de fautes, mais a priori corrigées dans la version envoyée. Arf, comme je n'ai pas pu attendre, j'ai copié collé la version du forum; Dis-moi quelles fautes tu as repérer pour que j'aille plus vite. Et il est excellent ce billet.
Drake Posté 21 septembre 2020 Signaler Posté 21 septembre 2020 il y a 1 minute, F. mas a dit : Arf, comme je n'ai pas pu attendre, j'ai copié collé la version du forum; Dis-moi quelles fautes tu as repérer pour que j'aille plus vite. Et il est excellent ce billet. Version corrigée : Révélation Police, Gendarmerie et narcotrafic : un été sur tous les fronts Que ce soit dans la Creuse, la Corrèze, la Loire ou la Nièvre, des hommes et des femmes se postent résolument en première ligne dans la guerre contre le cannabis. Ils le font fièrement savoir sur twitter. Par Jérôme Morvan. En cette fin août la chaleur est inhabituelle qui, au petit matin déjà, se languit sur les champs moissonnés. Au cœur de la Creuse, le bruit d’un moteur perce le silence de la campagne. Deux phares jaillissent et accompagnent le jour qui point. Le véhicule s’arrête sur l’accotement dans un crachin de paille sèche. Les visages d’un homme et d’une femme se découpent sous l’éclairage du plafonnier. L’habitacle est silencieux, chacun sait ce qu’il a à faire en attendant les collègues. Une portière s’ouvre et se referme lentement. L’homme s’éloigne de quelques pas, les mâchoires serrées et le regard sombre. L’adjudant Frédéric* vérifie machinalement une dernière fois l’accroche de son chargeur sur son pistolet Sig Sauer SP2022, puis, déterminé, il arme la culasse pour chambrer une cartouche de 9 mm. La brigade de gendarmerie de Sainte-Feyre à laquelle il appartient est surtout connue et appréciée pour ses opérations de contrôle de vitesse sur la nationale 145 et sa gestion sans faiblesse des attestations de déplacements durant le confinement. Mais ce qui se joue aujourd’hui est une affaire d’une autre dimension. - Gaston*, fais pas l’con! T’es encore jeune! Il te reste de belles années. Gaston* maugrée mais il se sait défait. Au contact froid du métal, il sent les menottes et la rigueur de la justice se refermer sur ses poignets. Le lieutenant Sébastien* est fier de l’intervention de ses troupes, menée sans l’appui du GIGN. Il tweete aussitôt la « belle saisie » qui ne doit qu’au déploiement des ressources et de l’intelligence de sa brigade : https://twitter.com/guendarmerie23/status/1298561832597192704 Nitescence inattendue dans la noirceur de l’âme humaine : vue la luxuriance des plants saisis, Gaston* a sûrement respecté l’arrête préfectoral interdisant l’arrosage des cultures, pelouses, plates bandes et jardinières. Peut-être n’est-il pas totalement un monstre. Dans la soirée, la brigade au complet se réunit au Domespace Grill pour une fête dans le respect des gestes barrières. Contrecoup de la tension : c’est une bombance peu raisonnable de pâtés aux patates et de fondu aux frites. Ne pouvant briser le lien forgé dans l’action, les gendarmes décident de se rendre place Bonnyaud à Guéret (sauf Fabienne* qui a tenté le fondu** sur son pâté aux patates et qui est malade), pour un after fraternel jusqu’au petit matin à 21:30. UN CHAMP DE BATAILLE NATIONAL De telles offensives herbicides se répètent quotidiennement partout en France, ici au massif du Pilat, dans la Loire. Le cultivateur n’a pu être interpelé, mais un piège subtil lui a été tendu : https://twitter.com/Gendarmerie_042/status/1306502336936841216 La raison d’un tel acharnement contre Cannabis sativa L. demeure cependant obscure. Le chanvre n’intoxique éventuellement que ceux qui le consomme, comme l’orge malté qui donne la bière. Les gendarmes se seraient-ils mépris, confondant avec -par exemple- l’ambroisie, Ambrosia artemisiifolia L., une plante envahissante et allergisante ? https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/04/Ambrosia_artemisiifolia_10444.jpg/580px-Ambrosia_artemisiifolia_10444.jpg (Ambroisie à feuille d'armoise) Et puis, en détruisant la production locale auto-consommée, pourquoi des militaires français se comportent-ils en supplétifs des producteurs mafieux du rif marocain? C’est absurde. PAS LE COUTEAU LE PLUS AFFUTÉ DU TIROIR Il faut dire que la confusion perle d’en haut. Voici comme le ministre de l’intérieur défend l'amende forfaitaire pour usage de stupéfiant de 200 euros (minorée à 150 euros en cas de paiement sous quinzaine), mise en place depuis le début du mois et dont il entend assurer la publicité : https://twitter.com/GDarmanin/status/1302254136294072320 Gérald reconnait de lui même que la politique qui découle depuis cinquante ans de la mise en œuvre de la loi de prohibition du 31 décembre 1970 génère « le crime organisé » et la « délinquance du quotidien », elle assurerait même « le financement du terrorisme ». La consommation sans la prohibition n'engendre pas les mafias, pourtant, d'après Le Point, c'est le grand retour à la politique du chiffre. https://twitter.com/LePoint/status/1306542741103489024 UNE DÉMONSTRATION PAR L’ABSURDE DU MAUVAIS EMPLOI DES FORCES DE POLICE? Les propos et les consignes du ministre ont naturellement déclenché l'action des préfets, toujours relayée sur twitter. Ici dans la Nièvre et en Corrèze. Là encore de belles saisies, un sachet de cannabis d’un coté et six têtes florales de l’autre (il faut dire qu'il s’agissait d’une « opération d’envergure ») : https://twitter.com/Prefet58/status/1306284288313380864 https://twitter.com/Prefet19/status/1306577496213684224 Les préfets sont des hauts fonctionnaires soumis au devoir de réserve, ils exécutent les ordres. Leur seul moyen d'exprimer une opposition éventuelle passe visiblement par l'exhibition de ces opérations pathétiques. Des contrôles aléatoires où tous sont suspects qui offrent le spectacle d’une police d’occupation dans un pays colonisé par sa propre administration. Dans un État de droit, les forces de police assurent la protection des liberté individuelles, elle ne se battent pas contre la population pour des crimes imaginaires. Sur twitter les commentateurs acerbes, indignés du mésusage des forces de police ou amusés ne s'y sont pas trompés, mais pour l'heure Gérald n'a pas percuté. Il continue d'être satisfait de lui même. https://twitter.com/GDarmanin/status/1307244808268898305 * Tous les prénoms ont été modifiés. L’ensemble du paragraphe n’est de toutes façons qu’une œuvre de fiction, grossier plagiat du style de Sophie Noachovitch du « Nouveau détective ». Quelle que soit l'incrédulité qu'ils peuvent susciter, l'ensemble des tweets cités sont en revanche authentiques. ** il s’agit bien du fondu creusois (n. m.) 1 2
Rincevent Posté 21 octobre 2020 Signaler Posté 21 octobre 2020 Le 17/09/2020 à 16:53, Lexington a dit : Marfeel n'est plus en ligne depuis 6 mois un an donc je ne sais pas te répondre. Vider le cache / forcer un refresh ? Il s'agit d'articles linkés par l'appli mobile LinkedIn, ce n'est probablement pas une question de cache. Je pense que l'appli n'est pas au courant que Marfeel n'est plus en ligne, justement.
Mégille Posté 27 octobre 2020 Signaler Posté 27 octobre 2020 J'ai un article contre le confinement pour Contrepoints sous la main. Si il vous va (ça parle un tout petit peu d'avortement, mais pas trop), il pourrait s'appeler "confinement, liberté et violoniste", ou quelque chose comme ça. Révélation On peut s'opposer aux mesures hygiénistes coercitives, au confinement en particulier, pour plusieurs raisons. La première, très mauvaise et avec laquelle on voudrait amalgamer toute opposition, consiste à nier la gravité et la tragédie que représente cette pandémie. Une autre, au moins légèrement meilleure, consiste à nier l'utilité des coercitions, dont l'efficacité est difficile a évaluer. Une troisième encore consiste à insister sur la gravité des conséquences de cette politique. En effet, la crise économique qui va en suivre risque d'engendrer une famine massive (Oxfam estime que 121 millions de personnes pourraient en être victimes), affaiblir notre système de santé à long terme, donc nous rendre plus vulnérable aux prochaines épidémies (c'est la pauvreté due à la guerre qui a rendue la grippe espagnole 100 fois pire que la covid, et c'est à ceci que nous exposent des mesures de guerre), etc. Sans nier la gravité de la covid, sans même douter de l'efficacité des mesures, et sans parler de leurs conséquences, il est aussi possible de s'opposer aux coercitions au nom de la liberté elle-même. C'est ce que j'aimerais esquisser ici. Cette position est souvent accusée d'irresponsabilité, d'égoïsme et de manque de considération envers la vie d'autrui, c'est ce qui a été reproché à Nicolas Bedos. Mais je tiens à montrer qu'il est possible de défendre ce parti non par simple hédonisme, mais au nom d'un devoir de respect pour la liberté d'autrui. La philosophe Judith Thomson, dans A defense of abortion, cherche à défendre le droit à l'avortement sans pour autant avoir à nier toute forme de valeur à la vie du fœtus. Une célèbre expérience de pensée de cet essai est tout à fait extrapolable à la situation actuelle, voir même, y est encore plus appropriée : « l'argument du violoniste ». Thomson nous invite à imaginer la situation suivante : « Vous vous réveillez le matin et vous vous retrouvez dos à dos au lit avec un violoniste inconscient. Un célèbre violoniste inconscient. Il a été découvert qu'il souffrait d'une maladie rénale mortelle, et la Society of Music Lovers a examiné tous les dossiers médicaux disponibles et a constaté que vous seul avez le bon groupe sanguin pour l'aider. Ils vous ont donc kidnappé, et hier soir le système circulatoire du violoniste a été branché sur le vôtre, afin que vos reins puissent être utilisés pour extraire des poisons de son sang ainsi que du vôtre. Le directeur de l'hôpital vous dit maintenant: "Écoutez, nous sommes désolés que la Society of Music Lovers vous ait fait ça - nous ne l'aurions jamais permis si nous l'avions su. Mais quand même, ils l'ont fait, et le violoniste est maintenant branché sur vous. Débrancher vous serait le tuer. Mais tant pis, ce n'est que pour neuf mois. D'ici là, il sera guéri de sa maladie et pourra être débranché de vous en toute sécurité." » Thomson avance que s'il serait indéniablement très gentil de consentir à rester branché neuf mois au violoniste... Mais que ce n'est pas un devoir moral pour autant. En effet, il s'agit de votre corps et de votre sang, vous avez et vous gardez la liberté d'en faire ce que vous voulez quand bien même la vie d'un autre, ici le violoniste, est en jeu. Si jamais on tend à croire que l'on aurait bien ce devoir de rester alité plusieurs mois pour sauver le violoniste, le croirait-on toujours si jamais il s'agissait de plusieurs années ? A moins de croire que l'on a ce devoir même s'il faut rester branché pendant une vie entière, on reconnaît que le droit à la vie du violoniste n'implique pas de notre part un devoir de le sauver à tout prix. Il ne s'agit pas d'une défense d'un droit de tuer le violoniste : seulement d'une défense d'un droit de jouir de sa liberté, même lorsque ça implique de ne pas le sauver de la mort (certains reconnaîtront là une position identique à celle de Murray Rothbard et de Walter Block, dite « évictionniste »). Face à la pandémie, nous sommes tous dans une position comparable à celle de la victime : nous sommes soudainement, contre notre gré, comme « branchés au violoniste », et contraint de restreindre nos activités, voire de rester seul chez soi, pour ne pas risquer la vie des autres. Évidemment, que ce soit dans le cas de l'avortement ou, ce qui nous intéresse, de la pandémie, il y a plusieurs limites à l'analogie. Une limite que pourrait montrer un défenseur des coercitions hygiénistes est que celles-ci sont moins lourdes que ne le serait de rester aliter neuf mois, branché au système sanguin d'un autre. Je ne pense pas que cette objection puisse-t-être retenue. Risquer constamment d'être assignée à résidence, presque du jour au lendemain, sur une simple décision de l'exécutif, sans débat public ; laisser au gouvernement le pouvoir de décider qui est « essentiel » et qui est superflu ; interrompre de force la carrière ou les études d'innombrables personnes ; tout ceci n'est pas anodin, même si les fonctionnaires et les retraités (c'est à dire la moitié de l'électorat français) ne s'en rend pas forcément compte. On pourrait aussi parler des violences policières liées au port du masque et des rumeurs de camps de concentration pour cas-contact au Canada, qui si elles ne sont pas réelles, pourraient très bien le devenir. De plus, les politiques anti-covid s'échelonnent déjà sur près de 9 mois et vont très certainement les dépasser, peut-être même dureront-elles plusieurs années (ce qui serait assez habituel pour une épidémie, d'autant plus que les mesures visent essentiellement à la ralentir). Une autre limite de l'analogie, cette fois encore plus en la défaveur des politiques hygiénistes, est qu'il y a bien plus d'une seule personne branchée au violoniste. En effet, ce n'est pas la moitié de l'humanité qui risque la mort et qui est susceptible d'être sauvé. En France, c'est tout au plus quelques dizaines de milliers de personnes. Coercer plusieurs dizaines de millions de personnes pour les sauver revient à brancher un millier de personnes à un seul violoniste et à exiger de chacune d'entre elles qu'elle reste à sa place, au risque simplement d'augmenter la probabilité de le faire mourir. Ou, dit autrement, ce n'est pas la vie d'un violoniste tout entier que nous avons entre les mains, mais seulement un millième de cette vie. Voilà qui devrait rendre encore plus évident -précisément mille fois plus- le droit de se « débrancher ». Encore une limite de l'analogie avec notre situation présente doit être soulignée. Chacun d'entre nous, lorsque nous sommes face au choix de porter un masque ou non, d'obéir aux recommandations et à la loi, ou non, sommes dans la position du pauvre homme qui se réveille branché au violoniste. D'ailleurs, beaucoup de ce que l'on nous demande représente un coût minime – porter un masque lorsque c'est utile, éviter les grands rassemblements, etc. L'altruisme étant une très belle chose, je ne peux qu'encourager chacun à se soumettre, volontairement, à ces menus sacrifices afin de contribuer à protéger les autres. Mais en tant que citoyens susceptibles d'approuver ou non les mesures du gouvernement, la position qui nous correspond dans l'expérience de pensée est tout autre : nous sommes dans la peau des admirateurs du violoniste, et tous ceux qui approuvent et qui cherchent à justifier les politiques hygiénistes, voire même qui en demandent encore plus, tous ceux là sont dans la peau des kidnappeurs qui ont branché l'innocent au violoniste. Si l'on a bel et bien un droit sur nous même et sur notre corps, c'est que l'on a un devoir de respecter ce droit chez les autres. Et si celui qui décide librement de protéger les autres sans y être moralement ou légalement obligé peut être félicité pour sa bonté, il n'en est rien en ce qui concerne celui qui use de la violence (ou simplement, qui collabore avec lui) pour imposer une contrainte inique aux autres, aussi bonnes que soient ses intentions. Ce n'est pas trop long ? Et s'il faut des sources, voilà l'article de Thomson : https://spot.colorado.edu/~heathwoo/Phil160,Fall02/thomson.htm Et voilà la page de Oxfam qui annonce plus de 100M de gens possiblement touchés par la famine : https://www.oxfam.org/fr/communiques-presse/dici-la-fin-de-lannee-12-000-personnes-pourraient-mourir-de-faim-chaque-jour
F. mas Posté 27 octobre 2020 Signaler Posté 27 octobre 2020 Hello Mégille, tu peux envoyer tout ça sur la boite de la rédaction ? >>> redaction@contrepoints.org
Mégille Posté 27 octobre 2020 Signaler Posté 27 octobre 2020 il y a 22 minutes, F. mas a dit : Hello Mégille, tu peux envoyer tout ça sur la boite de la rédaction ? >>> redaction@contrepoints.org Ok, c'est fait. 1
Drake Posté 27 octobre 2020 Signaler Posté 27 octobre 2020 il y a 45 minutes, Mégille a dit : J'ai un article contre le confinement pour Contrepoints sous la main. Si il vous va (ça parle un tout petit peu d'avortement, mais pas trop), il pourrait s'appeler "confinement, liberté et violoniste", ou quelque chose comme ça. Masquer le contenu Ce n'est pas trop long ? Et s'il faut des sources, voilà l'article de Thomson : https://spot.colorado.edu/~heathwoo/Phil160,Fall02/thomson.htm Et voilà la page de Oxfam qui annonce plus de 100M de gens possiblement touchés par la famine : https://www.oxfam.org/fr/communiques-presse/dici-la-fin-de-lannee-12-000-personnes-pourraient-mourir-de-faim-chaque-jour Débrancher vous serait le tuer Vous débrancher serait le tuer
Mégille Posté 27 octobre 2020 Signaler Posté 27 octobre 2020 il y a 4 minutes, Drake a dit : Débrancher vous serait le tuer Vous débrancher serait le tuer Merci ! J'ai eu la flemme de traduire le passage moi-même, j'ai glissé sur la faute de l'ami google trad sans la remarquer...
Antoninov Posté 16 février 2021 Signaler Posté 16 février 2021 Quote Il existe d’autres alternatives que le toujours plus d’État. ne me semble pas tout à fait français? https://www.contrepoints.org/2021/02/16/391179-covid-la-liberte-comme-strategie-sanitaire
F. mas Posté 16 février 2021 Signaler Posté 16 février 2021 C'est du journalisme. Le journalisme est approximativement français. Mais je vais rajouter des guillemets 1
Antoninov Posté 16 février 2021 Signaler Posté 16 février 2021 ah désolé, je me referrais aux "autres alternatives"... ?
fm06 Posté 17 mars 2021 Signaler Posté 17 mars 2021 Pour des raisons techniques j'ai temporairement désactivé le bloqueur de publicités de mon navigateur. Quelle ne fut pas ma surprise de voir sur Contrepoints une pub d'illuminés anti-5G. "5G: danger après 55 ans" je trouve que c'est tout de même gonflé comme message. Alors bon, liberté d'expression, tout ça. Reste le fait que pour un lecteur de passage, CP risque d'être vite classé dans les sites complotistes... 1
poincaré Posté 31 mars 2021 Signaler Posté 31 mars 2021 Prochain article pour Contrepoints : pourquoi les jeunes doivent quitter ce pays 4 1
Zagor Posté 31 mars 2021 Signaler Posté 31 mars 2021 il y a une heure, poincaré a dit : Prochain article pour Contrepoints : pourquoi les jeunes doivent quitter ce pays Impatient de le lire.
Rübezahl Posté 1 avril 2021 Signaler Posté 1 avril 2021 Il y a 8 heures, poincaré a dit : Prochain article pour Contrepoints : pourquoi les jeunes doivent quitter ce pays Je pensais justement ce matin à l'ednat qui après la lobotomisation passe maintenant au dressage violent en profitant du masque. 1
VeloDeus Posté 2 avril 2021 Signaler Posté 2 avril 2021 Bonjour. Je signale une initiative intéressante dans le domaine de l'éducation, qui pourrait donner l'occasion d'un bon article. Me contacter si vous êtes intéressés. Une société à but non lucratif devrait annoncer mardi matin le lancement d'un test indépendant de Maths dans la foulée des épreuves terminales de spécialité du bac, à partir de 2022 : une sorte de super-épreuve plus sélective dont les résultats seraient utilisables à l'intérieur du système parcoursup en exploitant la liberté offerte aux candidats de communiquer directement quelques éléments aux formations où ils postulent. Cela risque de tanguer un peu vu la culture soviétique de l'Education Nationale, donc c'est à relayer sans trop appuyer le côté libéral (les membres de l'asso sont en fait de bords politiques très variés mais tous partagent le constat qu'on ne peut pas faire grand' chose d'innovant à l'intérieur du système). La réaction du Mammouth devrait être assez savoureuse. 12 2 1 1 2
Mégille Posté 8 avril 2021 Signaler Posté 8 avril 2021 Voici une forme un peu plus présentable de mes deux posts qui ont plu dans le topic sur l'économie pour noob : Révélation Le véritable problème de la dette publique L'auteur de ces lignes n'a aucune qualification en économie. Le texte qui suit n'a donc aucune autorité, il s'agit uniquement d'une invitation à la réflexion, ainsi que d'une tentative, de la part d'un profane, de synthétiser en aussi peu de mots que possible -mais pas moins qu'il n'en faut- un labyrinthe d'informations dans lequel il est souvent difficile de se repérer. En raison de la pandémie de confinements, la dette publique de la plupart des pays bondit, et quelques commentateurs commencent à faire mine de s'en inquiéter. Mais pourquoi au juste ? Une grande partie de cette dette n'est-elle pas détenue dans le pays lui-même ? Et les états n'ont-ils pas de toute façon la possibilité de faire « rouler » éternellement leur dette, en la remboursant toujours avec plus de dette ? Après tout, les taux auxquels l'état s'endette sont très bas, négatif même, à court terme. Cette position « rassuriste » a for malheureusement quelques angles morts, qu'il convient d'examiner. Si l'état peut, contrairement à vous mortels, faire rouler sa dette, c'est, entend-t-on parfois, en raison de sa potentielle immortalité. Cette hypothèse n'est toutefois pas suffisante. Une entreprise aussi est, en puissance, immortelle, elles sont d'ailleurs nombreuses à être plus anciennes qu'un grand nombre de pays. Pourtant, aucune ne peut se permettre de faire « rouler sa dette » à la façon d'un état. C'est donc autre chose, un pouvoir qui fait défaut aux entreprises, qui permet de s'endetter aussi facilement et à des taux aussi bas : celui, tout simplement, de contraindre par la force les banques à acheter cette dette. Une série de réglementations nationales et internationales (les dernières en date étant les accords de Bâle III, visant à donner plus de contrôle aux états suite à la crise de 2008) font que les banques sont tenue de détenir une certaines quantités d'actifs jugés fiable par l'état, et donc, de la dette d'état, en fonction de l'argent qu'elles prêtent (et donc, créent) sous peine de se voir infliger de très lourdes amendes. Bonne nouvelle, les perfides banquiers, sans doute coupables de spéculation et autre conspiration, seraient donc les seuls auquel le système ne profiteraient pas ! Pas si vite. Non seulement les banques, comme de nombreux groupes d'intérêt, ont leur mot à dire, et souvent une oreille ou deux au gouvernement pour les écouter, mais surtout, cette petite machinerie ne pourrait pas fonctionner sans elles. Les piller sans contrepartie reviendrait tout simplement à menacer leur existence, et donc, le bon fonctionnement du tour de passe-passe. Les banques trouvent leur intérêt dans la promesse, désormais plus officielle qu'officieuse, de se voir racheter leur titre de dette publique par de la monnaie nouvellement créé par les banques centrales, qu'elles peuvent à leur tour multiplier par des prêts. Elles jouissent donc du « seigneuriage », vieux privilège aujourd'hui privatisé, permettant de jouir de prix bas avec un nouvel argent, avant que celui-ci ne provoque de l'inflation en étant dépensé. Ce dont nous devons nous inquiéter à propos de l'endettement de l'état, ce n'est pas de la possibilité qu'un huissier vienne frapper à ça porte. De quelle autorité, par quelle force, viendrait-il contraindre l'état à rendre quoi que ce soit ? Ce n'est pas non plus que ces créanciers perdent confiance en lui et refusent de lui prêter à nouveau, ou encore, n'y consentent qu'à des taux plus élevés – après tous, il peut les forcer à lui prêter, et il passera toujours pour clément à leur égard, puisqu'il pourrait tout aussi bien les piller sans aucune promesse de remboursement. Ce n'est pas non plus que les banques et tout le système financier fasse faillite du fait de cette extorsion, il ne peut pas se le permettre, on peut être certain qu'il créera toujours autant d'argent que nécessaire pour les sauver, comme on l'a vu en 2008. Le problème est bel et bien que plus de dette publique signifie plus de création monétaire. Trois maux majeurs, que l'on a trop souvent tendance à prêter au capitalisme lui-même, sont causés par la création monétaire. Le premier est bien connu des libertariens, il s'agit, à en croire la théorie autrichienne du cycle des affaires (austrian business cycle theory, ou ABCT), de la création, ou au moins de l'amplification, des crises économiques. Nous en diront quelques mots, toutefois, nous tâcherons de ne pas nous y appesantir inutilement. D'une part, parce qu'il existe de nombreuses théories rivales de crises(coût de menu des nouveaux keynésiens, cycle réel des nouveaux classiques, baisse du taux de profit du capital des vieux marxistes, etc), pas forcément toutes mutuellement exclusives d'ailleurs, mais surtout parce que les deux autres mots ne sont pas moins grave, et sont trop souvent ignorés : l'augmentation de la préférence pour le présent, et avec elle, une bonne partie de ce que nous avons pris pour habitude d'appeler « consumérisme » ; et une redistribution inversée, des pauvres vers les riches. Effet Cantillon et ABCT Plus de monnaie signifie des prix plus élevés, tout le monde s'accorde, au moins en grande partie, sur ce sujet. C'est trivial : qu'il y ait une plus grande quantité de monnaie pour une même quantité de richesse, c'est à dire, de bien à acheter avec elle, implique que chaque unité de monnaie permettra d'acheter une plus petite part de richesse. Par contre, ce qui est ignorée de la plupart des écoles d'économie est que l'argent nouvellement créé n'apparaît pas uniformément dans toute la société. L'argent nouveau s'écoule des mains de celui qui l'a créé vers le reste de la société lorsqu'il est dépensé, et fait augmenter les prix de ce qu'il sert à acheter en premier lieu avant le reste. Il y a donc non seulement une augmentation des prix nominaux en général, mais aussi, un changement des prix les uns relativement aux autres. C'est ce que l'on appelle « l'effet Cantillon », en mémoire de cet économiste irlandais du XVIIIe qui prédit l'échec du système de Law [insérer ici un article CP sur le sujet]. C'est à partir de ce même phénomène que Hayek, approfondissant les théories de Mises, prédit la crise de 1929. En effet, distordre les prix fait que ceux-ci cessent de refléter adéquatement, et tous de la même façon, le rapport de l'offre à la demande. Certains biens, parce que le nouvel argent traverse plus vite leur marché, voit leur prix monter bien au delà de la demande pour eux (c'est sans doute aujourd'hui le cas pour l'immobilier en France, peut-être aussi pour les actions Tesla et le bitcoin), alors que d'autres en viennent à nous apparaître comme faussement abondant par le prix se retrouvant relativement plus bas. Les nouveaux investissements obéissent à ces signaux trompeurs, et ne font que faire grossir la bulle. La crise n'est rien d'autre que l'inévitable retour à la réalité, la rencontre de ce qui est réellement demandée par les consommateurs, et de ce qui est réellement abondant ou non. Tout ceci ne doit pas être pris comme une considération technique n'intéressant que le financier et le trader. Outre l'impact individuel du chaumage et de la pauvreté, nous savons que les crises majeurs provoquent souvent des réactions politiques assez dramatiques. Capitalisme de cigale VS capitalisme de fourmi Lorsqu'on lit Max Weber, père de la sociologie allemande écrivant à la fin du XIXè, sur le capitalisme, on ne peut que ce demander si c'est bien du même système économique qu'il nous parle : le capitalisme serait le fruit d'une éthique protestante poussant au travail et à l'épargne, plutôt qu'à l'oisiveté et à la dépense vaine, associés au traditionnel mépris catholique pour la richesse. Difficile d'y reconnaître ce monde d'inlassable consommation où l'on amasse des déchets plus qu'autre chose. Cette évolution est en partie due au succès du capitalisme, ayant rendu plus abondants de nombreux biens. Elle est aussi, nous rappellent les écologistes, due à notre cécité pour les externalités, la destruction des richesses naturelles que nous sommes tous incités à négliger, puisque nous ne payons individuellement qu'une partie du coût que nous infligeons à toutes l'humanité. Mais ce n'est pas tout. Parmi les déformations artificielles des prix causées par la création monétaire, on compte tout particulièrement une modification du prix du temps. En effet, que les prix grimpent nos incites à dépenser (punir les épargnants est d'ailleurs un objectif explicite de la plupart des apologètes de la planche à billets, d'inspiration keynésienne), et inversement lorsqu'ils descendent. Cette dernière perspective, celle de la déflation nous effraie parfois : puisque nous serions toujours incités à attendre avant de dépenser notre argent, nous ne dépenserions jamais, et nous laisserions tous mourir de faim, sans aucun doute. Mais c'est oublier un élément essentiel de l'action humaine, celle de la préférence pour le présent. Qu'un verre d'eau coûte moins cher demain qu'aujourd'hui ne me fera pas me priver d'eau pour la journée, et en outre, que garder de l'argent revienne-t-alors à s'enrichir ne signifie pas que ce soit la meilleure façon de le faire, et qu'il n'y ait pas des investissements d'autant plus rentable. Schumpeter faisait d'ailleurs observer que les périodes de déflation étaient fréquentes au XIXè, en temps de paix (elles ne sont après tout que le symptôme d'une plus grande création de richesse que de monnaie), et que loin d'être des catastrophes, elles étaient souvent l'occasion des dépenses les plus ambitieuses, telles la construction du canal de Suez et des chemins de fer en France. L'évolution du niveau des prix se contente de modifier notre préférence pour le présent. La déflation, en la faisant baisser, nous pousse à voir à long terme, nous détourne des dépenses frivoles et inutiles et nous pousse à n'investir que dans les entreprises qui seront les plus profitables (pour nous et pour les autres) à l'avenir. L'inflation nous invite à faire tout l'inverse. Elle est sans doute profitable pour un pays à court-terme -à l'échelle d'un cycle politique, par exemple- mais à long terme, elle tend à transformer en prophétie auto-réalisatrice le prognostique de Keynes, selon lequel « à long terme, nous seront tous morts ». Que notre société soit vieillissante, et que notre rapport à notre environnement risque de nos causer des soucis à l'avenir, devrait nous faire prendre tout ceci très au sérieux. Si l'ancien capitalisme de laborieuses fourmis protestantes que décrivait Weber était suffisamment riche pour permettre aux cigales bohémiennes de vivre et de jouir dans une relative, et délibérée, pauvreté, une société entièrement construite sur la jouissance immédiate peut difficilement être comparée à autre chose qu'à une nuée de locustes. Robin des bois à l'envers Une troisième plaie de la création monétaire est que cette distorsion des prix et des incitations ne touche pas tout le monde de la même façon. Certains y gagnent, d'autres y perdent, et elle peut donc être vu comme une redistribution de valeur de ces derniers vers ces premiers. Au risque d'étonner les libertariens qui ont pris l'habitude de voir en l'état essentiellement un allié des pauvres et des oisifs contre les riches et les industrieux, à y regarder de plus prêt, ce transfert de richesse semble bien aller dans l'autre sens. La création monétaire profite, d'une part, à l'endetté, qui voit le poids de sa dette se dissiper comme par magie, au détriment de l'épargnant, qui voit la valeur du fruit de ses efforts et de sa prévoyance lui filer entre les doigts. D'autre part, elle profite aux premiers détenteurs du nouvel argent, qui peuvent le dépenser « gratuitement », avant que les prix ne montent, au détriment des derniers, qui voient les prix augmenter avant d'avoir plus d'argent à dépenser. Ceux qui s'endettent le plus sont, d'une part, l'état, d'où cette vaste escroquerie soutenue par lui, et d'autre part, les plus riches et les plus grosses entreprises, les pauvres n'ayant tout simplement pas même pas possibilité de s'endetter autant. Et de plus, les plus riches sont immunisés contre les pertes infligées à certains par cette redistribution, puisque plutôt que d'épargner, ils ont la possibilité d'acheter des actifs dont la valeur augmente plus vite que l'inflation. Les premiers lésés ne sont pas tout à fait les plus pauvres. Ceux-là, par les aides de l'état, bénéficient peut-être de quelques miettes du larcin. Ceux qui pâtissent le plus sont plutôt ceux qui pourraient sortir de la pauvreté par leur travail et leur prévoyance. Il est toujours possible aujourd'hui de devenir riche à partir de peu, comme l'on fait Bezos ou Buffet en Amérique, mais il faut pour cela être à la fois très travailleur et très intelligent, il n'est plus possible de se contenter d'être travailleur et parcimonieux pour ça. Balzac, dans le Père Goriot, nous raconte l'histoire, à l'époque vraisemblable, d'un homme devenu riche en faisant des pâtes, et dont la fortune est dilapidée par des filles ingrates. Aujourd'hui, cette fortune ingrate est pillée par l'état avant même qu'elle ne soit constituée. Cette dynamique n'est que redoublée par l'autre facteur de redistribution, l'ordre distribution du nouvel argent. Les bénéficiaires de celle-ci sont plus difficiles à discerner avec exactitude, puisqu'entre la dette de l'état promise à être rachetée, le prêt de banque centrale et le prêt de banque commerciale, il est difficile de déterminer quand apparaît véritablement le nouvel argent. Toutefois, le plus gros de la masse monétaire étant créé par les prêts des banques commerciales, il semblerait que les gagnants de ce jeu là soient encore les plus gros endettés, les mêmes que précédemment. Tout ceci n'est pas une spéculation hors sol. Que l'on voit les prix de l'immobilier augmenter plus vite que « l'inflation » calculé à partir d'un panier de biens de consommation quelconque signifie que le nouvel argent sert plus à acheter des immeubles que des œufs, et l'acheteur moyen d'immeubles n'est pas l'acheteur moyen de boîtes d’œufs. Nous comprenons aussi ainsi les mécanismes à l’œuvre derrière le creusement des inégalités depuis l'abolition de l'étalon-or du dollar au début des années 70, puisqu'il s'agissait de l'une des dernières barrières contre la création monétaire déraisonnée. [insérer peut-être quelque part par ici wtfhappenedin1971.com ] Nous pouvons aussi comprendre pourquoi, alors qu'il n'y avait jamais eu de centi-milliardaires en dollar US avant 2020, il y en a désormais au moins cinq. Petit bilan : voilà donc le véritable enjeu de l'endettement sempiternel de l'état. Ce « roulement » carbure à la création monétaire, et celle-ci est à l'origine, au moins en grande partie, à la fois des crises économiques, du court-termisme, et d'inégalités injustifiés, puisque causées non par le libre jeu des échanges mais par une redistribution tout particulièrement inique. Et voilà l'article sur le confinement vu à travers un prisme arendtien que j'avais l'intention d'écrire depuis un moment : Révélation Profitons de ce deuxième confinement et demi (non pas qu'il s'agisse d'un demi-confinement, mais bien plutôt qu'il n'y a pas vraiment eu de déconfinement le séparant de celui d'automne) pour réfléchir à la nature du phénomène politique que nous vivons. La tâche est difficile, puisqu'il est sans précédent. Certes, il y a déjà eu quelques quarantaines (inutiles, d'ailleurs) ici et là lors pandémies pour la plupart bien plus terrifiante que celle de notre présente pneumonie, mais il ne s'agissait tout au plus que de quelques villes et de leurs environs, jamais de pays entiers. Il ne s'agit pas d'un geste médical collectif anodin, comme un médicament désagréable à avaler que seul un caprice enfantin pourrait nous faire refuser. De telles politiques sont absolument nouvelles, alors que les pandémies sont relativement banales (les plus de 65 ans connaissent déjà au moins leur quatrième pandémie ayant atteint ou dépassé le million de morts), il s'agit donc, au mieux, d'une incroyable innovation politico-sanitaire. Ou tout du moins, ça en aurait été une s'il s'était agit du fruit de nouvelles découvertes scientifiques, ainsi que d'une délibération politique raisonnable accompagnée de réflexion éthique rigoureuse pour décider de son application. Ca n'a pas été le cas. Rappelons que quelque soit l'état de la recherche et de l'opinion populaire actuelle sur le bien fondée du confinement, à la veille de la pandémie, le consensus scientifique était que les quarantaines sont à éviter en toutes circonstances. [source page 9 ici : https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/329438/9789241516839-eng.pdf entre autre] Et même si de solides éléments scientifiques étaient venu recommander les quarantaines nationales, il ne se serait pas pour autant agit d'une évidence politique. On ne tolérait, il y a peu de temps auparavant, l'usage de la coercition pour des raisons médicales que dans des cas rares et très encadrés – lorsqu'un malade perd son autonomie, et qu'il devient dangereux pour lui-même et pour les autres. Autoriser aujourd'hui une coercition massive, pour des raisons médicales, sur des non-malades, ne coule aucunement de source. Si ce n'est la lumière de la science (à ne pas confondre avec le bruit de bonshommes en blouse blanche à la télé) qui est à l'origine du mouvement mondiale auquel nous faisons face, c'est que celui-ci est d'abord bel et bien de nature politique. C'est de cette façon qu'il a déjà tenté d'être compris par ceux qui lui ont cherché des antécédents du coté du totalitarisme du siècle dernier. On a vu fleurir des citations (souvent approximatives) de Orwell, qui semblaient toutes merveilleusement décrire notre quotidien. Mais si Orwell est un auteur brillant, qui a su dresser un portrait-type des sociétés totalitaires, il n'est pas forcément celui qui a le plus fait attention à leurs subtilités et leurs mécanismes plus profonds. Pour tout ça, un détour par Arendt et son monumental L'Origine du Totalitarisme s'impose. Je vous propose donc ici quelques considérations, en vrac, sur ce que l'on peut voir de totalitaire -ou non- au sens de Arendt dans nos confinements. Commençons par rappeler qu'un totalitarisme n'est pas un simple autoritarisme classique, puisqu'il s'agit d'un contrôle étroit de chaque aspect de la vie des individus par une bureaucratie devenue omniprésente. Sous ce rapport, nos khmers blancs semblent être les plus purs des totalitaristes. Les lieux où vous avez le droit de vous rendre, les heures auxquelles vos avez le droit de sortir, les motifs sous lesquels vous pouvez rendre visite à vos proches, etc, plus rien de tout ceci n'échappe aux autorités. Qu'il nous manque le leader et l'abolition formelle des institutions démocratiques pourrait être vu comme une atténuation de ce caractère totalitaire – ou bien au contraire, on pourrait juger que nous vivons un totalitarisme plus pur que l'ancien, qui était mêlé d'un vulgaire autoritarisme traditionnel. Remarquons tout de même que ces deux traits, le mépris pour les institutions et le culte du chef, ne sont pas complètement absents. En France, nous avons vu la plupart des décisions prises discrétionnairement par le conseil de défense et le conseil scientifique, contournant ainsi le gouvernement et le parlement. De plus, en France comme ailleurs, il semblerait que les dirigeant voient leur popularité augmenter lors des périodes de contrainte les plus durs. En Argentine, après six mois de confinement, le président a vu son approbation s'élever à plus de 85%. Mais Arendt, à l'affût des discontinuités et des changements qualitatifs dans l'histoire, ne nous permettrait sans doute pas d'identifier de tels traits comme « semi-totalitaires ». D'autres caractéristiques totalitaristes peuvent toutefois nous frapper aujourd'hui. En premier lieu, pour Arendt, à la racine du totalitarisme, se trouve l'isolement et la désolation, c'est à dire, le fait de non seulement être coupé des autres, mais aussi d'être coupé de soi même et de se vivre comme « superflu » (c'est le mot de Arendt, nous dirions plutôt aujourd'hui « non-essentiel »). Toutes les tyrannies, nous dit-elle, fleurissent sur le terreau de l'isolement, et s'assurent d'entretenir celui-ci, mais la désolation permet une domination bien plus grande des hommes, puisque c'est la totalité de leur vie, et pas seulement leur rapport avec les autres, qui tombe sous les griffes du régime totalitaire. La forme de la propagande et de l'idéologie totalitaires telle que décrite par Arendt aussi mérite notre attention. Une fois le régime au pouvoir, nous dit-elle, il n'est plus nécessaire de chercher à convaincre qui que ce soit. Il s'agit seulement de donner, non, décider, des faits, et de présenter la communication du parti comme ni plus ni moins que de la science. Mais d'une science pervertie, toute entièrement tournée vers la prédiction du futur, plutôt que vers l'explication du passé. D'une fausse science irréfutable, qui quoi qu'il advienne y verra une confirmation de ses prophéties. Nous le savons tous aujourd'hui : de toute évidence, même lorsqu'il y a beaucoup de morts lors d'un confinement, c'est que c'est bien la preuve qu'il y en aurait eu encore plus sans lui, et lorsqu'il y en a peu sans confinement, c'est qu'il aurait pu ne pas y en avoir du tout. Inutile, pour le vérifier, de comparer les résultats des pays ayant confinés ou non (mieux vaut éviter de le faire, d'ailleurs, certains s'y sont risqués, et ils n'ont pas tous eu le bonheur de confirmer le bien fondé des dictas de nos médecins-commissaires). Mais tout ceci ne doit pas nous faire négliger les différences importantes entre tout ceci et le totalitarisme ancien. L'apparent maintient du multipartisme et des institutions est une première différence visible, le relativement faible usage de la répression violente en est une autre. Il y a bien quelques cas de passage à tabac par des policiers pour non port du masque, et une impressionnante charge de cavalerie dans une foule en Belgique, mais comparé au volume des normes que l'on nous impose, la faiblesse de la violence pour les faire respecter est étonnante. Elle l'est d'autant plus que pour Arendt, la violence et la cruauté visible est un trait essentiel du totalitarisme, qui a aucun moment ne cache son intention de causer des atrocités. Cette brutalité en vient à être vu comme désirable par un peuple devenu nihiliste et apathique. Aujourd'hui au contraire, c'est la plus grande des mièvreries, dégoulinante de moraline, qui vient justifier l'enfermement. La cruauté de celui-ci, le sort des millions de gens qui sombrent dans la pauvreté, les tentatives de suicide d'enfants, etc, tout ceci est tout simplement oublié, y penser et envisager de le prendre en compte revient à insulter les soignants. Ce mal n'est pas désiré... Mais il n'est même pas accepté non plus, comme on aurait pu le faire s'il s'était agit d'un calcul politique d'un genre habituel. Une autre différence, je ne sais pas si elle est plus subtile, mais il faut Arendt pour la voir, est que le totalitarisme est essentiellement un mouvement. Elle est une masse atomisé, privée de structure, et mise en mouvement par un chef. Il serait étonnant de voir comme un mouvement ce qui consiste justement à immobiliser autant que possible chaque personne. De plus, ce mouvement se présentait comme éternel, et destiné à durer des siècles. Aujourd'hui on contraire, on semble, depuis plus d'un an déjà (et je t'imagine ricaner, lecteur égaré de 2022), persuadé de n'en avoir plus que pour quelques semaines. Peut-être s'agit-il en fait du plus parfait inverse du totalitarisme arendtien. Mais peut-être aussi s'agit-il d'un mouvement analogue à celui de la reine rouge de Lewis Carroll, mais à l'envers. Celle-ci court pour rester au même endroit, parce que dans un monde en constante évolution, c'est la seule façon de rester au même endroit. Cette immobilité, toujours provisoire, est peut-être justement ce que l'on a pressenti comme la façon la plus radicale d'imprimer un changement à la société. Pour le meilleur... ou pas. J'ai vaguement l'intention d'écrire un article sur ce que Foucault et Deleuze auraient pensé du confinement, un autre sur trois problèmes moraux autour du confinement (des trucs bateaux : 1) la liberté est une valeur en elle-même, pas de raison de la sacrifier systématiquement à la santé, 2) calcul utilitariste foireux 3) tramway). Et il y a toujours cette histoire de changement du sens de la "représentation" politique avec les conseils citoyens, qu'il faut que je rédige. Je profiterai des vacances qui viennent pour ça. 3 1
fm06 Posté 9 avril 2021 Signaler Posté 9 avril 2021 Bravo ? Pour illustrer le second article, je me suis permis de retoucher l'image postée par @h16 dans le fil Pandememe. 2
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