Adrian Posté il y a 2 heures Signaler Posté il y a 2 heures Citation Mediapart a obtenu des documents attestant de l’incroyable gabegie de ce projet bancal de production de larves d’insectes. Portée à bout de bras par Bpifrance, l’entreprise a englouti au moins 170 millions d’euros d’argent public avant d’être liquidée. [...] La puissance publique a également mis la main à la poche. Toujours selon nos calculs, Ÿnsect a perçu au moins 170 millions d’euros de soutiens publics, dont 130 millions d’euros de la seule Bpifrance [...] Selon un document financier confidentiel que Mediapart s’est procuré, la banque publique d’investissement a octroyé pour 82,2 millions d’euros de prêts obligataires – convertibles en actions – à Ÿnsect. En recoupant avec les comptes sociaux, on peut déduire que Bpifrance a aussi accordé un total de 20,5 millions d’euros de prêts et avances bancaires à l’entreprise et qu’elle y a injecté environ 30 millions d’euros de capital. En 2024, Bpifrance était actionnaire à hauteur de 13,6 % d’Ÿnsect et comptait deux représentants au conseil d’administration. Pour calculer la note totale pour les financements publics du projet Ÿnsect, il faut ajouter 15 millions d’euros de subventions de l’Union européenne, 6 millions d’euros de l’État dans le cadre d’un financement de la dernière chance en 2025, un peu plus de 7 millions d’euros de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), coactionnaire de la société civile immobilière qui possède le foncier de l’usine de Poulainville, 2 millions d’euros de subventions de l’Agence de la transition écologique (Ademe), 2,5 millions d’euros de soutiens des collectivités locales, et près de 5 millions d’euros de crédit d’impôt recherche (CIR) dans les années 2010. Vertigineux. Mais c’est peu dire que ces centaines de millions d’euros injectés n’ont pas ruisselé sur l’activité d’Ÿnsect. Entre 2016 et 2023, la start-up a réalisé un chiffre d’affaires famélique provenant de ses ventes de produits finis à base de larves : seulement 2,1 millions d’euros en cumulé, pour un maximum de 656 000 euros en 2023. 220 000 euros par an en moyenne, c’est moins qu’une boulangerie de quartier ! Au point que la masse salariale – cotisations sociales comprises – représentait en 2023… trente-huit fois le chiffre d’affaires, comme l’a mentionné le média Cafétech. « En fait, on n’a jamais rien vendu car, contrairement aux promesses, il n’y avait tout simplement pas de marché », regrette Anne*, opératrice de ligne de production dans l’usine de Poulainville. Un document de l’administrateur judiciaire rédigé après le dépôt de bilan d’Ÿnsect confirme d’ailleurs « que la commercialisation de larves » a été « anecdotique » durant son existence. [...] En revanche, la direction d’Ÿnsect n’a pas attendu toutes ces années pour arroser de millions d’euros tout ce que la place parisienne comptait de consultants en stratégie et autres conseils financiers et juridiques. Dans les comptes sociaux, la ligne « autres achats et charges externes » a concentré près de 150 millions d’euros de dépenses entre 2016 et 2023, dont 35,8 millions d’euros en 2021, 23,6 millions en 2022 et 31,1 millions d’euros en 2023. Ce seul poste de dépenses – qui a toujours été supérieur à la masse salariale d’Ÿnsect – a été identifié par l’administrateur judiciaire comme à réduire urgemment, car il comprenait des « projets non vitaux » et « des frais de consulting ». Antoine Hubert justifie ces montants importants par le caractère « innovant » et « sans [modèle] comparable » du projet. Sur l’exercice 2022-2023, selon un document obtenu par Mediapart, près de 1 million d’euros a notamment été versé à une poignée de consultants en management de transition. Il y a aussi eu 1,7 million d’euros versés à un cabinet de conseil en stratégie, 2,1 millions à un cabinet de conseil en gestion de propriété intellectuelle ou plus de 2 millions d’euros d’honoraires à des cabinets d’avocat·es. Cette année-là, Ÿnsect a fait appel à près de 1 000 prestataires. La direction d’Ÿnsect n’était pas davantage regardante sur les rémunérations confortables qu’elle versait à ses membres. En 2018, la masse salariale des dirigeant·es était de 887 300 euros, dont 105 733 euros pour le président et 113 520 euros pour le directeur général. À l’époque, le chiffre d’affaires de l’entreprise était de… 85 000 euros. https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/280126/ynsect-une-catastrophe-industrielle-emblematique-de-la-start-nation-boostee-l-argent-public?xtor=CS3-5
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