Mégille Posté il y a 9 heures Signaler Posté il y a 9 heures La tradition libérale, à ma connaissance, a plutôt peu été concernée par l'immigration, mais il me semble que la plupart des thèmes et des arguments classiques du libéralisme se prolonge assez naturellement de ce coté là. Je propose ici de traiter justement de ce qu'est, peut être, ou doit être, une pensée libérale de l'immigration, ancrée dans les valeurs et les postulats généraux du libéralisme, plutôt que de parler de cas particuliers et de l'état de la politique politicienne comme on le fait dans l'autre sujet du sous forum "politique, société, etc...". Spoiler alert : je pense que l'immigration n'est pas un sujet perpendiculaire au libéralisme, et que la seule position cohérente à ce sujet n'est ni l'autarcie démographique (anti-immigrationnisme), ni l'hospitalité publique (qui prolonge la charité publique), et encore moins l'immigration "choisie", c'est à dire planifiée, mais bien une ouverture maximale des frontières aux trajectoires individuelles. Bref, arguments en vrac incoming. Le jeu est de s'appuyer autant que possible sur ce qu'on trouve déjà dans notre canon, plutôt que de faire intervenir d'autres valeurs supposées complémentaires. Le premier, et principal, argument, est que la responsabilité est individuelle, que la violence de l'état ne doit pouvoir être exercée qu'à l'encontre d'individus s'étant rendus responsables de maux fait aux autres, et que l'immigration, même lorsqu'on veut la criminaliser, n'est en elle-même qu'un crime sans victime. Le simple fait de traverser une frontière, pour un individu, n'est une agression envers personne, et si mon nouveau voisin est dérangé par ma résidence précédente, ça n'en fait pas plus ma victime que s'il est incommodé par la vue de mon visage. Ceci se généralise aux inquiétudes sécuritaires. Quand bien même il y avait plus d'agresseurs au sein d'une certaine communauté que dans le reste de la société, ce n'est toujours que sur les criminels individuels que la coercition devrait pouvoir être exercée. Et chasser hors du territoire, ou interdire préventivement l'accès au territoire, à un individu, est évidemment une coercition. On objecterait peut-être à ceci que le libéralisme est le choix d'une nation, dans un pays, envers ses concitoyens, et que ça n'engagerait rien envers l'étranger. Je vois deux réponses nécessaires à ça. La première est que les principes du libéralisme, dans les traditions jusnaturalistes aussi bien qu'utilitaristes, ont toujours eu une portée universelle, et que c'est bien ce qui les rends opposables à l'état de facto, aussi bien que ce qui en fait une base, ou au moins un parallèle nécessaire, à la pensée libérale des relations internationales. Un libéralisme que pour les français, ou que pour les anglais, ou encore, un libéralisme qui autoriserait les guerres d'agression, serait un libéralisme aussi incomplet et myope que celui d'un ancien esclavagiste jeffersonien. L'autre réponse, plus bastiatienne, est que réduire les libertés de l'individu étranger, c'est aussi réduire les libertés de ses concitoyens individuels. Interdire à un étranger d'être hébergé, d'acheter, de vendre, de travailler, d'embaucher, et de s'associer de n'importe quel façon avec son concitoyen, c'est toujours à la fois interdire à son concitoyen d'héberger un étranger, de commercer avec lui, de l'embaucher ou d'être embauché par lui, et de s'associer avec lui. De là découle aussi une réfutation évidente des arguments anti-migratoires d'ordre économique (qui ne concernent pas la redistribution), qui sont tout à fait identiques aux arguments pour le protectionnisme, et qui ne méritent pas vraiment qu'on s'y arrête. A chaque, c'est toujours le même "deux gains pour une perte" de Bastiat dont il est question, la perte du national mis en concurrence avec l'étranger étant doublement compensé à la fois par la gain de l'étranger, qu'il soit venu sur le territoire ou non, et par le gain de l'autre national qui a préféré faire affaire avec l'étranger, peu importe que ce soit pour lui vendre, lui acheter, l'embaucher, ou quoi que ce soit d'autre. De là, par l'analogie habituelle entre le marché et le "marché des idées", on doit tirer une réponse aux inquiétudes d'ordre culturelle, idéologique ou religieuse. Une idée qu'on juge mauvaise doit être combattu par de meilleurs idées, et ne peut être combattu que de cette façon. A moins d'être profondément antilibéral, on admettra que c'est de cette façon qu'on doit s'opposer aux idées émanant de ses concitoyens aussi bien qu'aux idées importées - ce serait ridicule, de la part d'un libéral, d'envisager la censure des livres étrangers. Il serait donc assez incohérent, de la part d'un libéral, de vouloir mettre l'appareil d'état au service de la correction des idées et des moeurs non-coercitives (y compris concernant la planification de "l'intégration" d'immigrés) d'un individu sous prétexte qu'il les a ramené, avec lui, d'ailleurs. Je trouve tout ceci presque trivial. Et il me semble qu'un libéralisme qui ferait des concessions à l'anti-immigrationnisme serait aussi libéral qu'un libéralisme faisant des concessions au protectionnisme, au planisme, au paternalisme ou à la censure.
PABerryer Posté il y a 8 heures Signaler Posté il y a 8 heures Quelques éléments de réflexions : 1) Le Libéralisme, comme philosophie politique est né dans un monde très différent du notre, ne serait-ce que les concepts avec lesquels nous vivons ont fortement évolués (ex : frontière) voire étaient à peine naissant (ex: nation). Dès lors vouloir trouver dans la Tradition Libérale une réponse définitive à cette problématique me parait bien ambitieux ; 2) Sur l'immigration en tant que telle, cette notion recouvre des réalités extrêmement différentes selon les époques. Au XVII/XVIII, les gens bougeaient, mais certainement pas aux échelles que nous connaissons maintenant. La notion de liberté de circulation n'a pas la même incidence quand elle ne concerne qu'une faible minorité de personne (riches, diplomates ou encore les marchands) ou des populations entières. Même les soi-disantes "invasions" germaniques du III/IVème siècles n'ont concerné que peu de monde (de mémoire de l'ordre de 5% à 10% de la population de l'Empire). Réfléchir sur une position libérale sur l'immigration doit être en capacité de prendre la mesure du phénomène contemporain ; 3) Un questionnement pourrait également se faire sur le fait de savoir si l'immigration est un sujet politique et/ou morale. CAD de savoir s'il concerne d'abord l'individu ou bien la polis, cad la communauté politique. - Si je prends le point du côté politique : je pars du fait que nous vivons dans une société, pas dans l'état de nature. Quelque soit l'échelle que nous envisageons, quartier, ville, province ou État, l'individu appartient et agis au sein d'une société organisée, politique. Dès lors, il revient à cette société de déterminer, selon l'avis de ses membres (oui je pars de l'hypothèse d'une démocratie à peu près fonctionnelle) les règles de fonctionnement de ladite société, en particulier de savoir qui peut ou non participer à cette société politique. Dès lors, il ne me parait pas illibérale que la décision d'ouvrir ou non ses frontières soit une décision qui soit d'abord de nature politique et non morale, quelque soit la décision prise ; - Si je prends le point du côté morale : en quoi existerait-il un droit à immigrer quelque part ? En quoi cette "liberté" serait équivalente au droit à la vie, à la libre expression, à la propriété ? Selon moi, la seule liberté en la matière est la possibilité de partir. Si je m’estime opprimé ou que je considère que le lieux où je vis ne m'offre pas les perspectives auxquelles j'aspire, je dois pouvoir tenter ma chance ailleurs. Par contre, cela ne me donne aucun droit à imposer à un autre territoire de m'accueillir si j'ai décidé que je voulais m'y installer. Pour illustrer mon propos, pensez au logement. Si j'estime que mon logement ne me convient pas, je dois être libre d'en partir, mon propriétaire ne peut me forcer à rester pour que je continue à payer le loyer (impôt), par contre, je ne peux imposer à un autre propriétaire de m’accueillir car cela m'arrange, même si j'offre de payer un loyer. Pour résumer ma position autant j'estime qu'il existe un droit à pouvoir partir (émigrer) car cela participe à la recherche du bonheur, autant il n'existe pas de droit à immigrer qui serait une forme de droit créance incompatible avec le libéralisme. 4) Pour continuer sur l'aspect polis, comme nous vivons en société politique, les droits individuelles doivent forcément avoir une traduction en droit. Bien qu'ils soient consubstantiels à la personne, ils doivent être formalisés en droit, ne serait-ce que pour qu'ils soient reconnus (et non conférés) par l'Etat. Cad que la défense des droits individuels s'inscrivent d'abord dans la relation entre l'individu et l'Etat auquel il appartient. A partir de là, quel est la position de l'immigré ? Si nous sommes dans un Etat un tant soi peu libéral, il est possible de lui reconnaitre la défense de ses droits naturels (vie, liberté, propriété). Par contre, en quoi aurait-il le droit de s'installer sur place même si les lois l'en défendent ? Au nom de quoi pourrait-il imposer sa présence au mépris des règles que se sont donnés les citoyens dudit Etat ? 5) Pour terminer, même dans une hypothèse "open border" se pose la question de l'immigré ne respectant pas les règles locales. Ce que je veux dire par là, c'est que dans une hypothèse de libre marché de l'immigration, se pose la question de la sanction de faillite du nouvel arrivant à respecter les règles en place. En effet, si du simple fait de la liberté absolue d'aller et venir on en tire la conclusion que l'on ne peut, au nom du respect de cette soi-disante liberté, empêcher un immigré de rester alors il n'y a aucune incitation à respecter les règles. De même qu'un squatteur doit pouvoir être viré, un immigré ne respectant pas les règles devrait pouvoir subir le même sort. Je remarque que, en dehors des milieux libéraux, les défenseurs des immigrés sont les même que ceux des squatteurs... Je résumerai ma position ainsi : 1) L'immigration n'est pas un droit naturel de l'individu, le seul qui peut être envisagé est celui de l'émigration ; 2) Dès lors, il appartient à la société politique de déterminer les règles propre à ce sujet dans le respect des droit naturel de chacun (vie, liberté, propriété) ; 3) La position peu aller de l'autarcie à l'open border sans que l'une ou l'autre ne soient, en soi, libérale. Elle est l'expression d'un choix d'une communauté politique ; 4) Quelque soit la position sur l'immigration, si cette dernière est illégale (entrée sans respecter les règles) ou si l'immigré ne respecte pas les règles locales (lois ou coutumes) il doit être expulsé sans que ladite expulsion puisse être considérée comme illibérale. Pour finir, je me rends compte que je suis particulièrement fatigué ce qui peut nuire à mon expression ou ma réflexion. Je la préciserai en fonction de vos remarques, critiques ou réflexions.
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